En Angleterre, dans la circonscription de Middlesbrough, il a été demandé aux parents de ne plus emmener leurs enfants à l'école en pyjama. Une question "de décence et de respect pour soi et pour les autres", rapporte The Evening Gazette. Maddison, 8 ans, explique au Gazette ce qu'il en pense: "C'est stupide. Les enfants doivent s'habiller, mais pas les parents." Une parente d'élève n'est pas du même avis: "Les gens ont le droit de mettre ce qu'ils veulent. Je m'habillerais mieux si je devais aller en ville. Pourquoi devrais-je m'habiller mieux ? Je mets mes pyjamas parce qu'ils sont confortables."
Aujourd'hui, Lisa va au zoo avec sa classe. Munie d'un sac à dos pour le repas de la cantine, elle s'est empressée d'en montrer toutes les poches secrètes à Charlotte, son amie mais aussi à quelques autres sagement assis sur un banc de la classe en attendant de rejoindre le bus devant l'école. Le sac à dos appartenait autrefois à Marie. Son nom est inscrit sur la poche du devant. Quand Marie a aperçu le sac posé à côté de Lisa sur le canapé, elle n'a pas manqué d'exprimer son indignation. Lisa de la rabrouer aussitôt de la manière la plus énergique qui soit. "Energique", poussé à l'extrème, n'est que cris, vociférations. J'interviens. Marie boude quelques instants puis parle d'une excursion pour aller voir des grottes. Quelles grottes ? lui demandé-je. Elle n'en sait rien. Ce qu'elle sait, c'est qu'il va falloir prendre le bus et dormir à l'hôtel avec toute la classe. Je suis perplexe, sa mère interloquée mais bon, elle a peut-être mal compris.
"Les masques étaient souvent fabriqués en papier collé. Les yeux étaient des trous très ronds et le nez un simple trait de peinture. On les portait au visage et ils tenaient par un élastique." Je connais ces trois phrases par coeur. C'est la dictée que Marie a eue hier et que j'ai révisée avec elle dimanche. Ce fut laborieux mais nous y sommes parvenus. Le "m" de simple, le "ent" de souvent, les deux "très/trait", le "trou" qui ne prend pas de "t" à la fin, le "ein" de peinture, les "aient" aux verbes.
Je me souviens d'un rêve que je faisais autrefois. A cause d'un examen, il fallait me réveiller tôt le matin mais je n'entendis pas le réveil et quand enfin, j'ouvris les yeux, il était si tard que je n'eus pas d'autre choix que de me précipiter dehors. Mais dans le rêve, les choses ne se déroulaient pas aussi simplement. D'abord, je constatai que j'avais oublié mes affaires, sacoche, stylos, papier, documents, et retournai dans l'appartement pour les récupérer mais une fois ressorti, m'aperçus que j'étais encore en pyjama et donc rebroussai chemin une nouvelle fois. Dans la rue, ayant entretemps enfilé une chemise et un pantalon, je réalisai cette fois que je n'avais pas de chaussures à mes pieds. La panique me faisait perdre tous mes moyens. Je transpirais tellement j'étais angoissé à l'idée d'arriver trop tard. Et la scène se répétait: je suis prêt, j'ai franchi la porte de mon domicile, je dévale les escaliers et une fois dehors, au grand air, passant parmi les passants, je m'aperçois que quelque chose cloche et me voilà revenant sur mes pas, grimpant les escaliers, glissant nerveusement les clés dans la serrure.
Je me réveille en sursaut. J'ai passé tous les examens qu'il fallait il y a bien longtemps. Marie, elle, fait son entrée dans le monde par la porte des salles de classe où se donnent examens, évaluations, concours qui feront d'elles une adulte compétitive ou non. Au fond, il y a d'un côté, le monde des pyjamas; de l'autre celui des tenues de ville, des salles d'examen, des salons, des boîtes de nuit et de jour, des jardins et forêts, des entretiens d'embauche, des mariages et des baptèmes. Ce qui fait peur dans un pyjama, ce qui vaut à ceux qui le portent dans la rue l'accusation d'indécence et de manque de respect d'autrui, c'est qu'il est par excellence la tenue du renoncement, du déni de réalité, de la mise à distance du monde, voire de sa négation. En le portant dans le monde, on semble dire que le monde n'a pas plus de réalité que que les rêves et que l'on peut passer de l'un à l'autre sans habillage, sans maquillage, sans code et rituel. C'est un Anglais justement, Shakespeare en personne, qui disait que nous sommes faits de la matière des rêves. Cherchant nos enfants à l'école en pyjama, on pourrait presque croire que nos enfants ne sont pas réels, que nous ne le sommes pas davantage et que la vie ne vaut pas l'habit.
Le temps a tourné. Il a plu pendant la nuit. Mon pyjama est un kimono car chaque nuit est une lutte. Ceinture noire ou blanche, une lutte inégale, le rêve l'emporte toujours à sa manière qui ne filtre pas tout de suite dans le monde des réalités. Néanmoins, je finirais bien par l'atteindre, cette maudite salle d'examen. Voilà enfin le maître qui se cabre au milieu de la salle. Il lève la main droite. "Prenez vos stylos, ça va commencer" dit-il de sa voix de stentor. Et il commence:
"les masques étaient souvent fabriqués en...."
Aujourd'hui, Lisa va au zoo avec sa classe. Munie d'un sac à dos pour le repas de la cantine, elle s'est empressée d'en montrer toutes les poches secrètes à Charlotte, son amie mais aussi à quelques autres sagement assis sur un banc de la classe en attendant de rejoindre le bus devant l'école. Le sac à dos appartenait autrefois à Marie. Son nom est inscrit sur la poche du devant. Quand Marie a aperçu le sac posé à côté de Lisa sur le canapé, elle n'a pas manqué d'exprimer son indignation. Lisa de la rabrouer aussitôt de la manière la plus énergique qui soit. "Energique", poussé à l'extrème, n'est que cris, vociférations. J'interviens. Marie boude quelques instants puis parle d'une excursion pour aller voir des grottes. Quelles grottes ? lui demandé-je. Elle n'en sait rien. Ce qu'elle sait, c'est qu'il va falloir prendre le bus et dormir à l'hôtel avec toute la classe. Je suis perplexe, sa mère interloquée mais bon, elle a peut-être mal compris.
"Les masques étaient souvent fabriqués en papier collé. Les yeux étaient des trous très ronds et le nez un simple trait de peinture. On les portait au visage et ils tenaient par un élastique." Je connais ces trois phrases par coeur. C'est la dictée que Marie a eue hier et que j'ai révisée avec elle dimanche. Ce fut laborieux mais nous y sommes parvenus. Le "m" de simple, le "ent" de souvent, les deux "très/trait", le "trou" qui ne prend pas de "t" à la fin, le "ein" de peinture, les "aient" aux verbes.
Je me souviens d'un rêve que je faisais autrefois. A cause d'un examen, il fallait me réveiller tôt le matin mais je n'entendis pas le réveil et quand enfin, j'ouvris les yeux, il était si tard que je n'eus pas d'autre choix que de me précipiter dehors. Mais dans le rêve, les choses ne se déroulaient pas aussi simplement. D'abord, je constatai que j'avais oublié mes affaires, sacoche, stylos, papier, documents, et retournai dans l'appartement pour les récupérer mais une fois ressorti, m'aperçus que j'étais encore en pyjama et donc rebroussai chemin une nouvelle fois. Dans la rue, ayant entretemps enfilé une chemise et un pantalon, je réalisai cette fois que je n'avais pas de chaussures à mes pieds. La panique me faisait perdre tous mes moyens. Je transpirais tellement j'étais angoissé à l'idée d'arriver trop tard. Et la scène se répétait: je suis prêt, j'ai franchi la porte de mon domicile, je dévale les escaliers et une fois dehors, au grand air, passant parmi les passants, je m'aperçois que quelque chose cloche et me voilà revenant sur mes pas, grimpant les escaliers, glissant nerveusement les clés dans la serrure.
Je me réveille en sursaut. J'ai passé tous les examens qu'il fallait il y a bien longtemps. Marie, elle, fait son entrée dans le monde par la porte des salles de classe où se donnent examens, évaluations, concours qui feront d'elles une adulte compétitive ou non. Au fond, il y a d'un côté, le monde des pyjamas; de l'autre celui des tenues de ville, des salles d'examen, des salons, des boîtes de nuit et de jour, des jardins et forêts, des entretiens d'embauche, des mariages et des baptèmes. Ce qui fait peur dans un pyjama, ce qui vaut à ceux qui le portent dans la rue l'accusation d'indécence et de manque de respect d'autrui, c'est qu'il est par excellence la tenue du renoncement, du déni de réalité, de la mise à distance du monde, voire de sa négation. En le portant dans le monde, on semble dire que le monde n'a pas plus de réalité que que les rêves et que l'on peut passer de l'un à l'autre sans habillage, sans maquillage, sans code et rituel. C'est un Anglais justement, Shakespeare en personne, qui disait que nous sommes faits de la matière des rêves. Cherchant nos enfants à l'école en pyjama, on pourrait presque croire que nos enfants ne sont pas réels, que nous ne le sommes pas davantage et que la vie ne vaut pas l'habit.
Le temps a tourné. Il a plu pendant la nuit. Mon pyjama est un kimono car chaque nuit est une lutte. Ceinture noire ou blanche, une lutte inégale, le rêve l'emporte toujours à sa manière qui ne filtre pas tout de suite dans le monde des réalités. Néanmoins, je finirais bien par l'atteindre, cette maudite salle d'examen. Voilà enfin le maître qui se cabre au milieu de la salle. Il lève la main droite. "Prenez vos stylos, ça va commencer" dit-il de sa voix de stentor. Et il commence:
"les masques étaient souvent fabriqués en...."
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