Marie me demande si quelqu'un a inventé dieu parce que si c'est vrai que quelqu'un a inventé dieu, alors c'est qu'il n'existe pas. Si dieu n'existait pas, il faudrait qu'il s'invente tout seul, à partir de rien.
Le maître est alarmiste. Il faut envisager le redoublement. Je suis éffaré. Les grands parents aussi. Lundi, me recevant dans la classe de Marie, il est déjà moins catégorique. Il a préparé pour elle un programme d'aide. C'est le calcul son point faible et chaque soir depuis lundi, nous faisons des additions, des soustractions. Si dieu existe, il faut qu'il s'additionne, se soustrait, se multiplie. Au néant et à l'infini.
J'étais à Sofia la semaine dernière. Je n'ai pas trouvé le temps de déambuler dans les rues. Il y avait de nombreuses réunions au programme et le soir, nous étions conviés à un dîner officiel. Dans le bureau de la présidente du parlement, le portrait monumental d'un évêque de l'église orthodoxe. Lui comme elle nous jaugent, nous toisent. Dieu également.
Lisa, c'est un ange qui passe en trombe, souffle dans toutes les trompettes qui se présentent. Quand elle rit, elle rit aux éclats. Aujourd'hui, le panier à doudou n'était pas assez grand pour contenir son doudou du jour. Car elle en change chaque jour. Aujourd'hui, c'était un hippopotame. Et par la baie vitrée de la salle de classe, l'ange Lisa faisait de grands signes de la main. Je ne crois pas en dieu mais les anges, oui, je crois qu'ils existent.
Il va falloir tailler les haies. Le voisin est passé hier après-midi pour me le signaler. Elles doivent bien avoir atteint les deux mètres quatre-vingt, dit-il. Je chipote, un rien agacé que les voisins ne daignent ici se faire connaître que pour des rappels à l'ordre ou des récriminations. J'ai toujours en mémoire ce mot glissé par une main anonyme sous l'essui-glace pour me sommer de porter les cartons du déménagement à la déchetterie de la commune voisine. Mon dieu, comme les Français sont inhospitaliers.
Nous avons fait la tournée des lacs italiens. Lac Majeur, lac de Cosmes, lac de Garde. Les enfants étaient ravis. Dans la voiture, deux lecteurs dvd, un pour chacune, ont tourné à plein régime tout au long des longs trajets en voiture d'un hôtel à un autre. Cet été, je prévois d'arriver en Grèce par le ferry. Nous embarquerons à Ancona. Souvenir des nuits discos à bord de ces immenses carcasses d'acier. Les femmes sur talons hauts, juchés sur des tabourets en forme de sablier, les hommes pat d'éph, talons d'achille et chemises déboutonnés sur des toisons descente-de-lit, les enfants par grappes autour des machines à sous, les Bee Gees à tue-tête pour "demeurer vivants" dans cette griserie où je commençais à soupçonner que l'amour et le sexe ont partie liée. Aujourd'hui, c'est mon enfance, ce dieu bien vivant, que je projette dans les yeux des enfants: les voir tanguer devant moi de coursive en passerelle, les entendre rire, s'étonner, s'esclaffer, les voir soudain graves, les yeux fixés sur le sillon d'écume que laisse derrière elle la baleine métallique. Et puis la nuit venue, le vent en pleine face, l'immensité en pleine lune, croire en dieu ne serait-ce qu'un instant, une éternité.
Celui qu'inventent les enfants quand ils vous demandent pourquoi, comment, font des grands signes, des grimaces, des caprices, quand ils renversent les boîtes de légos, souffllent dans des bulles d'air, parlent la bouche pleine ou barbouillée d'un jus de glace ou de viande, quand ils dévalent les toboggans, récitent la table des multiplications, conjuguent des verbes imparfaits, quand ils quémandent un bisou sur un bout de peau éraflée, une sucette, une histoire pour dormir, quand ils s'endorment enfin.
Le maître est alarmiste. Il faut envisager le redoublement. Je suis éffaré. Les grands parents aussi. Lundi, me recevant dans la classe de Marie, il est déjà moins catégorique. Il a préparé pour elle un programme d'aide. C'est le calcul son point faible et chaque soir depuis lundi, nous faisons des additions, des soustractions. Si dieu existe, il faut qu'il s'additionne, se soustrait, se multiplie. Au néant et à l'infini.
J'étais à Sofia la semaine dernière. Je n'ai pas trouvé le temps de déambuler dans les rues. Il y avait de nombreuses réunions au programme et le soir, nous étions conviés à un dîner officiel. Dans le bureau de la présidente du parlement, le portrait monumental d'un évêque de l'église orthodoxe. Lui comme elle nous jaugent, nous toisent. Dieu également.
Lisa, c'est un ange qui passe en trombe, souffle dans toutes les trompettes qui se présentent. Quand elle rit, elle rit aux éclats. Aujourd'hui, le panier à doudou n'était pas assez grand pour contenir son doudou du jour. Car elle en change chaque jour. Aujourd'hui, c'était un hippopotame. Et par la baie vitrée de la salle de classe, l'ange Lisa faisait de grands signes de la main. Je ne crois pas en dieu mais les anges, oui, je crois qu'ils existent.
Il va falloir tailler les haies. Le voisin est passé hier après-midi pour me le signaler. Elles doivent bien avoir atteint les deux mètres quatre-vingt, dit-il. Je chipote, un rien agacé que les voisins ne daignent ici se faire connaître que pour des rappels à l'ordre ou des récriminations. J'ai toujours en mémoire ce mot glissé par une main anonyme sous l'essui-glace pour me sommer de porter les cartons du déménagement à la déchetterie de la commune voisine. Mon dieu, comme les Français sont inhospitaliers.
Nous avons fait la tournée des lacs italiens. Lac Majeur, lac de Cosmes, lac de Garde. Les enfants étaient ravis. Dans la voiture, deux lecteurs dvd, un pour chacune, ont tourné à plein régime tout au long des longs trajets en voiture d'un hôtel à un autre. Cet été, je prévois d'arriver en Grèce par le ferry. Nous embarquerons à Ancona. Souvenir des nuits discos à bord de ces immenses carcasses d'acier. Les femmes sur talons hauts, juchés sur des tabourets en forme de sablier, les hommes pat d'éph, talons d'achille et chemises déboutonnés sur des toisons descente-de-lit, les enfants par grappes autour des machines à sous, les Bee Gees à tue-tête pour "demeurer vivants" dans cette griserie où je commençais à soupçonner que l'amour et le sexe ont partie liée. Aujourd'hui, c'est mon enfance, ce dieu bien vivant, que je projette dans les yeux des enfants: les voir tanguer devant moi de coursive en passerelle, les entendre rire, s'étonner, s'esclaffer, les voir soudain graves, les yeux fixés sur le sillon d'écume que laisse derrière elle la baleine métallique. Et puis la nuit venue, le vent en pleine face, l'immensité en pleine lune, croire en dieu ne serait-ce qu'un instant, une éternité.
Celui qu'inventent les enfants quand ils vous demandent pourquoi, comment, font des grands signes, des grimaces, des caprices, quand ils renversent les boîtes de légos, souffllent dans des bulles d'air, parlent la bouche pleine ou barbouillée d'un jus de glace ou de viande, quand ils dévalent les toboggans, récitent la table des multiplications, conjuguent des verbes imparfaits, quand ils quémandent un bisou sur un bout de peau éraflée, une sucette, une histoire pour dormir, quand ils s'endorment enfin.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire