25 septembre 2015

Apparitions et voix




Que penser des parents qui ne jouent qu’avec les enfants des autres ?

29 élèves dans la classe de Marie, 24 dans celle de Lisa.

Se pourrait-il que la prof préférée de Marie soit la prof de latin ?

C’est quoi ton animal préféré ? C’est quoi ton chanteur préféré ? C’est quoi ta couleur préférée ? Courir après les préférences et les apparitions.

Quand Marie est née, je me suis dit, j’ai pensé, que, dans le rôle du père, j’étais forcément un imposteur, que tout père était un imposteur par nature. Puisqu’il ne l’avait pas eu dans sa chair, cet enfant, l’enfant.

Sur la route qui longe la résidence, au-dessus de chez nous, la circulation qui est de plus en plus dense. Un dos d’âne serait le bienvenu. Et quelques ânes aussi, ajoute-t-elle.

« Souriez, c’est la rentrée ! » s’écrient des voix d’enfants sur les ondes.

Dans le club de gym, l’homme chauve qui parle à l’homme en mocassins blancs, qui essaie de le convaincre que les migrants ne s’intègrent pas, qu’ils finiront dans nos banlieues, chômeurs, délinquants, terroristes en puissance. « Ce sont des musulmans tout de même ! », assène-t-il, sur un ton définitif. « Et », ajoute-t-il,  « la photo de l’enfant mort, ça ne fera plus pleurer personne, l’opinion publique va basculer quand explosera la première bombe, quand l’un d’entre eux videra son chargeur sur la foule, quand le premier de nos enfants tombera. Aylan, Charlie, Gavroche…et comment s’appelait-il celui du Thalys ? ».  « Il n’y avait pas d’enfants dans le train ! », rétorque l’homme en mocassins blancs, jetant un coup d’œil rapide autour de lui. « Non, ce n’est pas ce que je voulais dire… » reprend l’homme chauve mais à ce moment-là, il semble se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls, qu’on pourrait les entendre, alors, il baisse la voix et je n’entends pas la suite. Je me demande pourquoi il a parlé de « Gavroche ».

En Suisse, on dit « sachet » pour « sac en plastique ». En Suisse mais aussi du côté français, dans l’Ain, peut-être aussi en Savoie.

Le directeur du centre qui referme derrière lui le portail de l’école, va s’éloigner mais me voyant m’approcher, hésite, s’arrête un instant, se penche au-dessus du portail, tend l’oreille alors que je n’ai encore rien dit. « Je suis le père de Lisa », dis-je finalement « et je m’étonne de ne pas la voir sortir… ». Elle n’est pas au centre. Une dame m’assure qu’elle n’était pas en TAP (de 15h45 à 16h30). Le directeur du centre – François, qu’il s’appelle, me dira Lisa plus tard – inspecte les environs de l’école. Pas de Lisa. C’est alors que je l’aperçois derrière la grille de la résidence. Elle m’explique que T. l’a poussée, qu’elle s’est retrouvée dans la mauvaise file, celle des enfants qui ne vont pas en TAP, qui quittent l’école dès 15h45. Alors, elle est restée là, sous l’abribus, à attendre seule devant l’école puis elle a marché jusqu’à la maison, elle a laissé son cartable sur la terrasse, n’a pas frappé à la porte-fenêtre (alors que j’étais à l’intérieur), est retournée jusqu’à la limite de la résidence, du côté qui donne sur l’école, là où je l’ai vue.

Son cartable sur la terrasse, j’étais tombé dessus juste avant de partir pour l’école, en ouvrant la porte-fenêtre. Je me suis dit : comment a-t-elle pu l’oublier là ? Comment a-t-il pu se retrouver là, sur la terrasse ?

Elle a dû être punie, ai-je pensé.

Mais tout s’explique maintenant (pour le cartable).

Elle a versé quelques larmes, le directeur du centre et moi lui ont doucement expliqué qu’elle aurait dû retourner dans l’école, qu’elle ne devait pas rester seule en dehors de l’école, que la prochaine fois...

Les habitants de la Savoie sont les Savoyards mais que sont les habitants de l’Ain ? Il n’y a pas de nom, de gentilé. Ce serait l'un des deux seuls départements français, avec la Loire-Atlantique, sans gentilé. Certains prétendent qu’il faudrait dire les Iniste, d’autres les Aineu, d’autres encore les Aindien. Les Indiens Haineux, en somme.

La mère, seule, me semblait vraie, réelle, pas le père. Puisque cela avait travaillé en elle, puisque l’enfant était dans sa chair, de sa chair.

Pour devenir père, il faut des preuves, elles viennent plus tard, à petites doses.

La voici aujourd’hui rêveuse, végétarienne, qui s’habille en leggins, qui fait du latin, qui pleurniche sur ses cahiers de math, qui se gave d’oréos et de sushis, et que je dépose chaque matin devant un collège.

La voici qui, chaque soir – mais aussi en journée, sur le chemin de l’école par exemple- me demande de faire parler Renardeau, le petit renard en peluche, qui comme elle fait de l’équitation, qui n’a pas faim quand elle n’a pas faim, se raconte des histoires qu’elle entend dans ses rêves.

Les Suisses qui viennent faire leurs courses en France. Les hypermarchés qui s’alignent le long de la frontière. La viande en Suisse empaquetée comme un produit de luxe. Tout y est luxe, tout y est calme, seule manque la volupté. Clichés. Au classement mondial du bonheur, établi par les Nations Unies, la Suisse vient en tête.

« Comment peut-on être Suisse ? » disent les envieux. Et les Suisses eux-mêmes.

Qui, aux toilettes, y trouvant le temps long, y feuillette des magazines, placés dans un petit panier. Lisa, je viens de le remarquer, y a glissé des livres, les siens, des « Lili et Max ».

Rares sont les photos sans les enfants.

Cela fait sourire Lydia, tous ces couples français qui déclarent à qui veulent les entendre qu’ils vont passer un week-end en amoureux, sans les enfants. Alors j’ai cherché des photos de nous deux, en amoureux, sans les enfants.

Lisa qui déclare qu’elle ne croit plus en dieu. Alors, elle dit « quand je croyais en dieu… ». Puis, à la suite d’un documentaire sur Jeanne d’Arc, elle n’est plus très sûre de ne pas entendre des voix.

Le passé commence à se faire un peu de place : « tu te souviens de Varsovie, de ta nounou ukrainienne ? » Non.

La principale adjointe qui m’appelle de bonne heure pour savoir s’il y aura un pot de bienvenue en ouverture de l’assemblée générale des parents d’élèves qui aura lieu demain soir.

L’herbe du jardin qui n’est plus que de la mauvaise herbe, l’été ayant calciné tout ce qu’il y avait encore de bon, de sain. Les deux arbres du jardin, un bouleau et une charmille, qui devront être émondés cet hiver.

Le soleil qui a perdu de sa superbe, les intérieurs qui se refroidissent, « la bohème » de Rimbaud expliqué à Marie. Un autre de Raymond Queneau, puis deux exercices de math. Des cahiers à signer, Lydia qui, dans des fait-tout, fait cuire des confitures de prunes et de mûres puis les met en pots, alignés sur le buffet de la cuisine. Marie qui prépare des brownies, Lisa qui quémande une tablette puis, le soir, nous laisse à la maison pour aller au grand cirque de Genève avec Arthur, ses parents, sa petite sœur.

Lydia qui offre un pot de confiture de mûres à la mère d’Arthur, rentrée déposer Lisa vers minuit.   
Le premier devoir maison en math.

La soirée du mardi passée chez le nouveau président de l’association des parents d’élèves. Double nationalité, Belge et Suisse.

« Sirop », « ruisseau », « autant », « aussitôt », sortie », « beau » et quelques autres : ce sont les mots du jour (pour Lisa). Dimanche soir, elle recopie le poème qu’elle doit apprendre par cœur. Elle commence un dessin, ne le termine pas. Le termine le dimanche suivant. Apprend le poème, le récité à Lydia (dans sa chambre) puis à moi (dans le salon).

Mercredi, première leçon de tennis. Lisa qui n’est pas sur la liste des inscrits, qui y est rajoutée par un homme chauve (pas celui du club de gym) qui coordonne les quatre moniteurs. Son moniteur qui s’appelle Paolo et leur apprend à jouer avec de grosses balles en mousse. Il fait chaud à grosses gouttes. L’été s’en va, s’en vient, l’automne pareillement. Le mercredi suivant, il pleut. Le mercredi d’après, il faut déjà froid. Lydia est venue. Jour de congé pour cause d’Eid.

Des feuilles qui sont tombées, en Suisse comme en France, de chaque côté de la frontière, comme par inadvertance. Bientôt, tout cela sera prémédité. Et les gardiens de pelouse viendront avec leurs râteaux gratter la terre et l’herbe par dessus pour faire des tas et brûler les feuilles et répandre dans l’air la brûlure de l’automne, saison des fins dernières.

G. qui a passé la nuit chez nous. Elles ont regardé des films sur l’écran d’un ordinateur. Lisa s’est incrustée dans la chambre de Marie. Des paquets de chips au vinaigre et des nachos sur un pouf en osier. Le lendemain, dimanche, Marie a voulu accompagner son amie à l’église, pensions-nous, avant de comprendre qu’il s’agissait plutôt d’assister à une séance de groupe pour jeunes ados organisée par un groupe évangélique de la mouvance protestante. La mère de G. nous l’a expliquée dans le vestibule. Marie est revenue avec un exemplaire illustré du Nouveau Testament, heureusement pas trop impressionnée.

Je lui reproche assez de ne pas lire, elle ne va tout de même pas commencer par la Bible.

Un rouge-gorge sur le muret, une apparition.

02 septembre 2015

Vrais et faux départs

C’est la rentrée. Lisa rentre le mardi, Marie le mercredi.

Pour le dernier jour avant la rentrée des classes, nous avons été au centre nautique à une vingtaine de kilomètres d’ici. Après l’iode, le chlore. Les filles ont enchaîné les glissades dans les toboggans. Echappant à la vigilance des maitres-nageurs, Lisa s’est faufilée jusque dans un toboggan réservé aux plus de dix ans. Trois fois de suite, soutient-elle.

Ce soir, il faudra se coucher plus tôt. Et il faudra s’occuper du cartable, le même que l’année dernière : on ne va tout de même pas en changer chaque année, même si celui-ci est aussi usé qu’un fond de culotte.
Arthur et Lisa sont de nouveau dans la même classe. En fait, toutes les amies de Lisa qui n’ont pas toutes la même année étaient dans sa classe, le sont cette année : Laura, Hannah, Alisha (ici sur la photo), Chirine, Salma et bien d’autres (je sais, je devrais dire « tous les amis » puisqu’avec Arthur, ça fait « ils » mais j’applique désormais la règle de la majorité et ici il s’agit de quasi-unanimité). C’est comme si son réseau d’amitiés, pour parler comme on parle dans le monde de l’entreprise, s’était retrouvé en CE2, après avoir été dispersée à l’entrée en CP.

Cette année, le matin de la rentrée, Lisa paraissait intimidée. Elle avait les yeux vagues, manquait de son entrain habituel. Les vacances ont été longues. Elle ne s’y est pas ennuyée. D’autres, elle le sait, n’ont pas eu la même chance. Certains, oui, n’ont pas vraiment quitté l’école, ayant fréquenté le Centre aéré une bonne partie de l’été. Nous faisons partie des privilégiés qui ne sont pas restés, qui ont eu leur cure de dépaysement. Alors évidemment, le retour au pays de l’école est douloureux, du moins, intimidant. A chacun son échelle de pénibilité. Pour eux, la dure réalité, c’est l’école. Se réveiller tôt, se caler de nouveau dans la routine des repas et sommeils à heure fixe, retrouver la cour d’école et ses gardiens, la cantine et ses dames, tomber de nouveau sous la coupe des maîtres et maîtresses, voilà la réalité qui va nous occuper tous jusqu'au début du septième mois de l’année prochaine. Et même revoir les amis, perdus de vue tout un été, fait une impression étrange : ont-ils changé ? Pas vraiment. Grandi, peut-être. La nostalgie, sentiment insolite à cet âge, déplacé, commence pourtant avec ses quelques milligrammes de mélancolie, juste assez pour ne pas être tout à fait à l’aise dans ses chaussures de rentrée, ici, là, maintenant, tout de suite, sous le préau, en file indienne, rejoignant la classe, main dans la main avec Alisha.
Alisha qui, dans le corridor vitré de l’école, voyant Lydia prendre des photos, aurait chuchoté à l’oreille de Lisa : « les mères, ça fait toujours des photos ! ».

Je me mets dans la tête de Lisa. J’y mets mes propres souvenirs, pas plus qu’une émulsion de souvenir. Je n’ai que des images, celle d’une entrée en sixième, en deçà, presque rien, une maîtresse de CP aux cheveux frisotants, et encore, je n’en suis pas sûr. Mais c’est de l’usurpation d’identité. Lisa était juste un peu renfrognée. Et puis toute cette foule, comme si chaque année, il y avait plus d’élèves, plus de parents.  Moi-même, j’en ai des frissons. Jamais aimé les foules, jamais aimé les groupes. Mais voilà que je recommence (à me mettre à sa place). Lydia est venue, a vu (et pris des photos), est partie (au bureau). Maintenant je suis seul à la maison avec Marie qui savoure son dernier jour de liberté. Nous irons au cinéma, c’est promis, le dernier Spielberg, une histoire de dinosaures en liberté que Giulia a déjà vue, me précise Marie. Trop violent pour Lisa, on ne lui en dira rien, elle n’a pas à savoir.

La liste des fournitures de Marie (communiquée dès avant la sortie des classes en juillet) qui s’étale sur deux pleines pages attendra jusqu’à demain quand Lisa aura la sienne. Cette année, c’est une maîtresse pour Lisa, après trois maîtres en Grande Section, CP et CE1. La petite Charlotte, la sœur d’Arthur, entre en maternelle : ce n’est pas une rentrée pour elle mais une entrée. Elle a l’air ravie. Il faut dire que cela fait trois ans, comme le rappelle sa mère, que quatre fois par jour, elle fréquente l’école pour y amener, y chercher, y ramener son frère.
Pour ce qui est du cartable, on continue avec celui de l’année dernière. La liste de Lisa tient une demi-page. Et puisqu’il faut un dictionnaire junior ainsi qu’un Bescherelle, on ira récupérer ceux de Marie qui n’ont jamais quitté sa bibliothèque. J’y ai même trouvé des manuels de CE2.  

Mercredi, c’est le tour de Marie. Les cinquièmes rentrent à 9h00. Les troisièmes, une heure plus tôt. Il y a quatre classes de cinquième. Sera-t-elle, cette année aussi, dans la même classe que Giulia, sa meilleure amie ?
Finalement non. Elle n’est pas déçue. Elle connait un peu tout le monde. Elle me parle d’une Raphaëlle.

Le parking du collège est embouteillé. Les premiers jours, les parents sont nombreux à venir récupérer leur progéniture. Cela se tassera.

Arthur et Lisa
 Il a fait encore très chaud jusqu’il y deux jours. Le jour de la rentrée, le ciel était indécis. Les nuages se retenaient à peine d’arroser parents et enfants regroupés dans la cour.

Aujourd’hui, cela fait cinq ans que j’ai quitté Varsovie pour venir jusqu’ici. Lisa entrait en maternelle, comme Charlotte aujourd’hui ; Marie, en CE1.
Je pense souvent que jamais nulle part je ne me sentirai chez moi. Je ne suis pas ici chez moi, je l’étais évidemment encore moins à Varsovie. Né quelque part, vivant ailleurs, n’ayant rien de fixe si ce n’est l’idée même de déracinement, idée fausse puisqu’il faudrait avoir été de quelque part pour ne plus l’être. L’identité n’est faite que de recoupements. Qu’en sera-t-il pour les filles ? Nées à Varsovie qu’elles ont oublié, Marie un peu moins évidemment. Il est rare qu’on entende du Polonais mais l’autre jour, passait sur mon autoradio une chanson polonaise (j’en ai ramené quelques unes de Pologne) et elle a tout de suite su que c’était du Polonais. Tandis qu’à Lisa, la Pologne n’évoque plus rien. Quand, un soir de la semaine dernière, on prononça devant elle les noms de Salomé et Mila, les deux filles de très bons amis de Varsovie, elle ne savait pas de qui nous parlions.

Pour le renouvellement de sa carte de séjour, il est demandé à Lydia de produire les photocopies des cartes d’identité des enfants ainsi que des certificats de scolarité. La première fois, il avait fallu prouver que les enfants étaient français, les cartes d’identité ne prouvant rien.
Je suis sélectionné pour figurer sur une liste d’experts. On me demande de fournir une attestation de mon diplôme de fin d’études. Je m’aperçois que je n’en ai pas et que la faculté de droit où je l’avais obtenu n’existe plus aujourd’hui.

Marie comme Lisa disent « qui z’ont » ou « qui z’avaient »). Je les corrige. Elles s’en agacent parfois. Je suis vraiment « casse-bonbon ». 
Lisa, interloquée, dit « what ? ». Quand elle veut marquer ou mimer la surprise, elle dit « what ? ».

Il faisait encore chaud ce jour-là. On dormait encore la fenêtre ouverte même si ça ne faisait pas une grande différence. Je suis assis face au jardin, j’entends une voix d’homme qui, en réponse à des cris d’enfant, s’exclame en Italien : « arrivo ! arrivo ! ». Cela vient d’un appartement de l’immeuble voisin. C’est étrange d’entendre des voix dans cet environnement résidentiel tellement policé où la vie est dissimulée dans des intérieurs, tout à l’opposé de l’exubérance sonore des habitats méditerranéens où les intérieurs sont inexorablement aspirés vers l’extérieur, vers les balcons, les pas de porte, les toits. Où l’indiscrétion est une vertu, et le sans gêne une philosophie. Sur cette photo, il ne fait pas moins chaud qu’en Grèce mais le soleil brûle à sec, si l’on peut dire, il n’a pas les mêmes vertus que là-bas où la proximité de la mer l’aromatise en quelque chose, lui instille un arrière-goût suave. Autant en Grèce je m’y abandonne (au soleil), autant ici je l’esquive, recherchant l’ombre comme samedi dernier dans le grand parc verdoyant où les filles et leur mère se sont une fois de plus livrées aux joies de l’accrobranche après avoir pique-niqué dans l’herbe.

Le vrai premier jour de l’année est en septembre, c’est le jour de la rentrée. Le premier janvier ne m’a jamais fait le même effet. C’est plus une convention, un faux plutôt qu’un vrai départ. Tandis que septembre, avec la fin de l’été, le recommencement des classes, marque la fin et le début d’une époque. Dans toute vie, le temps de l’école finit par passer mais les enfants, surtout les siens, le font revenir et avec lui le sentiment que les résolutions se prennent et les vœux se souhaitent en septembre plutôt qu’en janvier.

Lisa n’a pas ce genre de préoccupations. Elle prend le temps comme il vient et les moments comme ils se présentent. En famille, susurre-t-il, en famille, voir un film en famille, les uns sur les autres, mangeant avec les doigts au-dessus de la table basse du salon. L’école, la famille, voilà le programme. L’horloge égrène son tic-tac dans une atmosphère familiale. Ce n’est qu’un objet, de la décoration. Mais il lui faut des piles. Lisa aimerait bien que je fasse marcher l’horloge de sa chambre dont les piles sont déchargées depuis déjà plusieurs mois. Le tic-tac ne la dérange pas. Elle dort par tous les temps.


28 août 2015

Marathon


Kilomètre un. Le stade est vide. La mer est en bas, l’Hymette en haut, et au-dessus, le soleil rogne sur l’ombre au fil des minutes. Je cours en rond, trois cent mètres par tour. La sueur qui coule à partir de la racine des cheveux m’aveugle. Au-dessus des gradins, font irruption deux Kouroï – de κοuρος qui veut dire « jeune homme » - suivie d’une femme en casquette à visière vert transparent, accompagnée de son coach. Après un bref conciliabule, les deux éphèbes se mettent torses nus et entament, à petite allure, un tour d’honneur suivi d’un autre, plus rapide. La femme à visière et son coach s’installent à l’ombre des auvents.

Kilomètre huit. Les enfants passent de l’eau au sable, du sable à l’eau, piochant à tour de rôle dans deux grands seaux en caoutchouc mou remplis de jouets de plage. Léandre aligne toutes ses petites voitures et commence à tracer des routes dans le sable. Lisa et Mélina se prennent au jeu. A trois, pendant que, dans la mer, Marie s’entraîne au crawl, ils s’inventent des histoires où des voitures déposent des personnages dans des maisons, des hôpitaux, des garages, des piscines publiques, puis les ramènent chez eux.

Kilomètre douze. Au fil de la journée, le vent se lève et au bout du chemin de graviers blancs, paraît la mer au « sourire innombrable », ruisselante de reflets. A 11h13 tapantes, les cigales entonnent leur chant. Il n’a pas la stridence qu’il aura tout à l’heure au zénith ; il est d’abord grave, lent, presque nonchalant. On dirait que plane au-dessus de nous, dans les pins et les oliviers, une armée de dignitaires ventripotents et chatouilleux, à l’abdomen barré de stries, aux ailes taillées dans un verre de vitrail. Lisa et Mélina sont déjà réveillées ; je les trouve jouant en silence dans la pénombre de leur chambre. En bas, Isabelle se prépare le petit-déjeuner, allant venant les mains pleines entre la cuisine américaine et la terrasse où la grande table ovale, recouverte d’une nappe cirée vert pomme, est déjà cernée de soleil, sous l’auvent de tuiles disjointes. C’est notre dernier jour ici.

La métaphore du « sourire innombrable » se trouve dans une pièce d’Eschyle, je ne sais laquelle. Je n’ai pas besoin de consulter le carnet où j’ai consigné cette métaphore, il y a plus de vingt ans ; pour je ne sais quelle raison, celle-ci, je l’ai gardée en mémoire. La mer, matinale comme tous les jours, avec le soleil à pourlécher les rubans d’écume, me l’évoque aussitôt. Par contre, c’est il y a seulement quelques jours que j’ai appris qu’Eschyle avait combattu à Marathon, puis dix ans plus tard encore à Salamine.

Kilomètre quinze. Les pins ont des formes bombées pour certains, tabulaires pour d’autres, mais tous ont le tronc qui se ramifie en deux troncs plus petits, formant une fourche qui soutient, à la manière d’un verre à pied, la nasse d’épines et de pommes en grappes. Plus avant, précédant les pins, deux phénix sont aux avant-postes, à quelques pas de la grille qui sépare l’herbe du sable. Chaque fin d’après-midi, la femme du propriétaire des lieux vient mettre en marche le système d’arrosage. Elle passera aujourd’hui à quatre heures récupérer les clés et les lieux tandis que nous rejoindrons Glyfada, pour Marie, Lisa et moi, Kifissia pour Isabelle, Mélina et Léandre.
Christophe a atterri à Indianapolis hier matin. Il y restera jusque début septembre : nouvel employeur, nouvelle fonction, nouvel environnement de travail. Il m’écrit ce matin que ses nouvelles tâches ne sont pas bien passionnantes.

Kilomètre dix-huit. Toujours le matin, les formes montagneuses qui nous font face sur l’autre rive, en Eubée, ont des airs d’éléphant assoupi, la trompe étirée jusqu’au bout des terres, les oreilles repliées. Les coucous, je le remarque ce matin, sont toujours les premiers réveillés. Les premières vagues du jour s’alanguissent sur le rivage. Dans l’eau, les bonnets de bain des premières baigneuses ne se distinguent des bouées que par la couleur, bleus pour les premiers, jaunes pour les secondes, qui délimitent le couloir de mer réservé aux seuls clients du camping voisin. Avec des piaulements plaintifs, un grand oiseau, encombré d’ailes, traverse un rayon de soleil et aussitôt les coucous qui s’étaient tus, se font entendre à nouveau, par dessus les vagues et le lointain vrombissement du moteur d’un petit avion, peut-être un canadair.

Marchent devant nous, en direction du restaurant de poissons, mamie, Isabelle, Lydia, Marie, Mélina et Lisa mais il suffit qu’à ce cortège se joigne Léandre, cinq ans et demi, pour qu’aussitôt ce soit tous et non toutes, ils et non elles. « Toutes » me vient en premier puis je rectifie, puis me ravise. A la tyrannie du masculin ne faudrait-il pas substituer la règle démocratique de la majorité. En cas d’égalité, l’âge ferait la différence. Ce qui demande du doigté.
Kilomètre vingt et un. A bord du ferry, de retour vers Ancône. Beaucoup d’Italiens, beaucoup de Français. Beaucoup de camionneurs, Grecs pour la plupart, qui, sur présentation de leur billet, obtiennent des réductions sur leurs consommations à bord. Marie en reconnaît un, croisé à l’aller, m’assure-t-elle. Le bateau tangue comme rarement en été ; des nuages s’amoncellent au fond du ciel, s’ébouriffent au fur et à mesure qu’ils prennent de la hauteur, finalement barrent l’horizon. Comme à l’aller, nous avons manqué l’heure de la baignade. A notre passage, la piscine n’a pas encore été vidée et l’eau, projetée d’une paroi sur l’autre, éclabousse jusqu'au bastingage ce qui fait rire des enfants et sourire par-dessus ses lunettes de soleil une femme allongée sur un transat, interrompue dans sa lecture. Le lendemain, nous petit-déjeunons d’un croissant chacun. Jus d’orange, yaourt (au miel) pour moi seul. Nos voisins, deux ados, fille et garçon, et leurs parents, sont français. La mère a pris deux cachets pour calmer son mal de mer. Le garçon se vante de vider devant elle sa coupe de mousse au chocolat. La cabine voisine de la nôtre est occupée par une famille italienne. De petits enfants dont l’un, réveillé en sursaut vers les cinq heures du matin, a immédiatement donné de la voix. Au milieu de la nuit, cela ne passe pas inaperçu ou plutôt inaudible. A cinq heures du matin, il fait frais soudain dans la cabine, j’ai remonté la couverture sur Marie – qui, comme à son habitude, avait repoussé draps et couverture au pied du lit – et Lisa – les jambes emmêlées dans le drap comme un candidat à l’évasion qui s’apprêterait à enjamber la fenêtre de sa cellule. Douche le matin dans l’espace exigu de la salle de bain (les filles ne veulent pas en entendre parler). Les nuages sapent les rares rayons de soleil qui traversent le ciel jusqu’à nous comme si, au milieu de l’eau, ils nous avaient choisis, nous et personne d’autre.


Partout, à l’extérieur sur les ponts, mais aussi à l’intérieur - dans le moindre recoin, sous les escaliers, dans la salle des ordinateurs, dans celle des machines à sous (hors service depuis bien longtemps) et peut-être aussi celle des machines tout court, dans les couloirs et dans les salles des étages inférieurs qui séparent les îlots de cabines -, ont dormi, à même le sol, sur des tapis ou sur des matelas gonflables, des centaines de passagers, pour la plupart montés à bord à l’escale d’Igoumenitsa. Des Turcs, des Bulgares, des Hongrois, des Grecs, des cohortes d’immigrés retournés l’été chez eux, retournant maintenant en Allemagne, en Italie, en France ou je ne sais où encore. Des familles entières, avec des enfants en bas âge, des femmes à fichu, des hommes moustachus ou mal rasés, des chiens, des enfants qui courent pieds nus autour de la piscine ou sur les ponts supérieurs où les rafales de vent défient la pesanteur plus que partout ailleurs (rares sont ceux à y avoir dormi). Ce ne sont plus les traversées d’autrefois qui avaient des airs de mini-croisières, avec ses salles de restaurants à nappes blanches et serveurs chics, avec ses salles de danse où, tard dans la nuit, les Bee Gees rivalisaient avec Zorba le Grec, la guitare électrique avec le bouzouki. En ce temps-là, sur les ponts, on ne trouvait pas de migrants, seulement de jeunes aventuriers venus de toute l’Europe du Nord (le Nord commençant en Italie), à barbes fleuries et cheveux longs, des babas cool, en couples ou en bandes ou les deux.

Kilomètre vingt cinq. Nous avons débarqué en début d’après-midi. Aussitôt pris dans un embouteillage au sortir d’Ancône. Progression en accordéon à partir de Parme jusqu’à Milan. Toute l’Italie semble être sur les routes. Les aires d’autoroutes sont bondées. Nous atteignons le Mont Blanc en début de soirée et là, sur les panneaux d’affichage à cristaux liquides, une heure et demie d’attente est annoncée. Je suis tout près de renoncer, de faire demi-tour et de me mettre à la recherche d’un hôtel pour passer la nuit mais je suis déjà dans la file d’attente et craignant que toutes les chambres de tous les hôtels des environs ne soient déjà prises, je renonce à renoncer, je me résigne. Nous ne sommes pas déçus. Il nous faut une heure et quart pour atteindre l’entrée du tunnel puis, une fois de l’autre côté, encore une pour arriver à destination. La plaine du Pô, la vallée d’Aoste, le tunnel du Mont Blanc, la vallée de Chamonix derrière nous, nous déposons en hâte les valises dans le vestibule et allons aussitôt nous coucher. Je dors mal. J’ai encore le bruit du moteur dans les oreilles. Il me faudra quelques jours avant de retrouver mon souffle dans l’air sec et frais de la montagne.
Le Mont Blanc vu d'Italie
Kilomètre vingt huit. Plus tôt en août, Marie annonce sa décision de ne plus manger de viande, sauf du poisson. Elle a lu des articles à ce sujet sur son smartphone. La cruauté des êtres humains envers les animaux la dégoûte. Même le lait des vaches, m’explique-t-elle, nous l’obtenons en retirant le veau à sa mère, en le tuant. Et puis il y a eu ce fait divers, largement relayé sur les chaînes d’infos en continu et sur internet : un riche dentiste américain payant le droit d’abattre un lion, attiré à cette fin hors du parc naturel où il était protégé. Du reste, le chasseur s’est vite retrouvé chassé à son tour mais sur les réseaux sociaux, contraint de fermer son cabinet et de se mettre à l’abri d’éventuelles bonnes âmes vengeresses. L’affaire a pris des proportions invraisemblables. Sur ce, des photos ont commencé à circuler sur la toile, montrant des chasseurs brandissant, tout sourire, leurs trophées de chasse, posant, hilares, à côté de ou carrément assis sur la dépouille d’éléphants aux défenses arrachées, d’hippopotames ou de rhinocéros éventrés (souvent abattus à l’arme lourde).

C’est une lubie, me dis-je, ça lui passera. Mais je n’insiste pas, sachant qu’elle n’a pas tort dans le fond, respectueux des arguments et de l’émotion qu’elle manifeste. Néanmoins, devant son entêtement, je prends le parti de me renseigner : douze ans, lis-je sur différents sites et forums, c’est tôt, trop tôt, pour se passer de viande. Trois semaines après qu’elle ait pris sa décision et que nous l’ayons laissée faire, je la prends à part et finalement, elle se laisse convaincre de manger au moins du poulet.
Léandre, Lisa, Marie, Mélina
Ce n’est qu’un épisode mais ceci mis à part, il est vrai qu’imperceptiblement, les choses se compliquent entre Marie et moi. Nous entrons dans l’ère des incompréhensions et des malentendus. Nombreuses sont désormais les situations où je me surprends à ne pas savoir quoi dire et comment. L’exaspération me gagne, me paralyse. Je ne prends pas le temps du recul, de la psychologie. Elle se cabre, se rebiffe, se referme. Elle craint de décevoir, de ne pas être à la hauteur, et je ne sais comment lui donner confiance, comment l’encourager. C’est ça : je manque de paroles d’encouragement, je suis à court de bienveillance, de mains tendues et quand, sans rien dire, par des gestes, parfois maladroits, elle réclame un peu d’attention, je ne suis pas toujours d’humeur : il me semble que ses réactions ou ses initiatives sont décalées et je ne sais pas prendre sur moi pour me caler dans ses rythmes, dans ses attentes. De fait, j’attends trop d’elle, trop tôt, trop vite. Je crains plus que tout de la voir devenir l’une de ces ados écervelées, confites de frivolité, engluées dans les réseaux sociaux, que je vois ici ou là et qui sont partout offertes en miroir, voire en modèles. Alors je me cogne contre elle et elle se cogne contre moi. Le face-à-face tourne tantôt l’esquive (je n’en  pense pas moins), tantôt aux récriminations (je pense trop haut, trop fort). Je me dis que je suis trop dur avec elle, je me dis que je ne le suis pas assez. Pas assez cohérent peut-être, sans doute, les émotions prenant le dessus. Mais aussi je me rends compte qu’en ce moment, ce n’est pas de moi dont elle a besoin, c’est de sa mère et seule Lydia, ces derniers mois, sait lui parler, la rassurer, la tirer hors de ses cachettes ou de ses humeurs.

Ce doit être dans l’ordre des choses, murmure une voix intérieure, mais qu’est-ce que c’est « l’ordre des choses », demande une autre voix ?
Kilomètre trente. Le réveil de « yaya », ma grand-mère, qu’elle avait placée sur une étagère entre des photos d’enfants et de petits-enfants (il existe même une photo de cette étagère, de ces photos, du réveil) et qui lui servait plutôt d’horloge que de réveil, est encore là aujourd’hui, dans une autre étagère, blanche celle-ci, dans la pièce où mon père a son bureau et où je dors pendant l’été. Il n’y a pas de tic tac. Il ne marche plus depuis bien longtemps. Les aiguilles sont bloquées sur 10h12 d’un jour passé, matin ou soir, personne ne le sait, un jour du temps où ma grand-mère vivait encore.


Aujourd’hui, ma mère est « mamie » pour Marie et Lisa et « yaya » pour Mélina et Léandre tandis que mon père est « dieda » pour toute la famille.
La fenêtre, à côté de laquelle se trouvait l’étagère avec réveil et photos, donnait sur un jardin qui peut-être n’existe plus aujourd’hui. A présent, la fenêtre d’à côté donne sur l’Hymette d’où vient, dit-on, le meilleur miel de Grèce, du miel de thym. Dans «hymette », les Italiens entendirent « matto », fou en Italien, et alors que l’origine du mot n’a rien à voir avec l’Italien, aujourd’hui les Grecs surnomment l’Hymette la « montagne folle ». Y souffle parfois un vent violent qu’on appelle le « scyron ».

Kilomètre trente trois. Tout autour, dans les potagers, travaillent des hommes venus de loin, du Bangladesh ou du Pakistan. Ils tiennent des cabanons sur le bord des routes où ils vendent fruits et légumes. Certains parlent Grec, d’autres savent juste compter en Grec et dire « oui, », « non », « merci », « au revoir ». On en voit passer en tracteur. Hier, j’en ai vu un qui portait un turban et une barbe noire taillée en carré, à la manière des Sikhs. D’autres travaillent sur la plage. Ils déambulent d’un bout à l’autre de la plage, avec sous chaque bras des panneaux où sont suspendus lunettes de soleil, foulards, saros, jouets de plage et d’autres babioles. Malgré la chaleur, ils sont en jean, chemise à manches longues, basket, chaussette. A l’un d’eux, noir de peau, manquait une jambe. Il avait une prothèse. Une prothèse de jambe blanche.
Kilomètre trente sept. Lisa me demande : « papa, pourquoi la mer est salée ? ». Heu…A vrai dire, je ne sais pas. C’est assez compliqué en fait. Je lis ceci sur internet (que j’ai condensé en quelques phrases) : il y a quatre milliards d’années, il y avait sur la Terre beaucoup d’activité volcanique. Les éruptions étaient extrêmement violentes libérant dans l’atmosphère une grande quantité de vapeur d’eau et de gaz (chlore, gaz carbonique, soufre…). Ces éruptions ont duré 100 millions d’années, jusqu’à ce que la Terre commence à se refroidir. C’est alors que toute la vapeur d’eau à commencé à se condenser et à retomber sous forme de pluie, entrainant au passage les nombreux gaz accumulés dans l’atmosphère : ce sont des pluies acides. En ruisselant à la surface de la Terre, l’eau acide à « arraché » de fine particules de roche (c’est l’érosion) et a commencé à former des rivières, puis des océans. Durant l’érosion et à cause de son acidité, l’eau à entrainé avec elle le sodium (et bien d’autres sels) contenu dans les roches. Ce sodium s’est associé au chlore par des réactions chimiques pour former le chlorure de sodium qui s’est accumulé dans les océans.


Comment expliquer cela à une enfant de huit ans ? J’ai essayé. Je ne suis pas sûr du résultat. A la fin de l’explication (qui était trop longue), Lisa a haussé les épaules. « Tu as compris ? » ai-je dit. « Oui, papa » répondit-elle sagement. C’était un « oui, papa » qui sonnait comme un « ça suffit, papa ».
Il y a même une suite pour expliquer pourquoi, à l’inverse, les rivières et les lacs ne sont pas salés. Je lui ai épargné cela. Elle ne l’avait pas demandé.

Kilomètre trente-neuf. Déjeuner trop copieux, trop arrosé. Envie de se prélasser, de ne plus rien faire, de ne plus bouger. Aller de la terrasse au frigo, du frigo à la table de ping pong. Les affaires de plage sont entreposées dans l’allée qui mène au portail qui ouvre sur la plage. Le premier jour, une méduse a piqué Léandre. Il avait des traces jusque sur le visage, ayant répandu le venin en se frottant le visage avec les mains.

Le soleil se lève de derrière la montagne, la mer est laiteuse, le ciel pommelé de boules de ouate. Tout le monde dort encore. Du camping voisin, des chiens aboient. J’entends des voix de femmes venues de la plage. Peut-être des baigneuses. La mer du petit matin est aux personnes âgées. C’est la voix d’une vieille femme que recouvre le vrombissement lointain d’un moteur de canot pneumatique. Un caïque est suspendu sur le fil de l’eau, immobile. Des éclats des mêmes voix saupoudrent l’eau étale, soyeuse. Le caïque se découvre un moteur pour disparaître de l’écran, une brèche de lumière crue calée entre deux rangées de pins qui délimitent un rectangle de pelouse, bien verte, bien grasse. Des abeilles rôdent entre les brindilles au ras du sol. Par intermittences, des coucous font des « hou » dans l’air. Les cigales dorment à cette heure, avec les enfants dans leurs chambres à draps blancs et veilleuse bleutée. Le lait du ciel s’écaille, laisse place à du bleu clair. Les nuages s’effilochent. Les voix sont toujours là, plus dispersées, un ton en dessous de tout à l’heure.

Kilomètre quarante. Dans le placard de la cuisine, je remarque ces verres à eau qu’il me semble n’avoir jamais vus ailleurs qu’en Grèce. Epais (du verre trempé), quasi incassables (d’où leur succès dans les tavernes où l’on ne casse, très rarement, que les assiettes), avec comme une succession de pétales ou de langues biseautées en creux sur toute la circonférence du verre, du pied du verre jusqu’au trois-quarts de sa hauteur. Ils n’ont rien de Grec, m’assure Internet. On les appelle des verres Picardie, ai-je finalement appris, commercialisées en France par la marque Duralex créée en 1945 et aujourd’hui disparue, le repreneur Turc s’étant avéré être un homme d’affaires véreux. Ah, les Turcs…toujours les Turcs.

Kilomètre quarante deux kilomètres, cent quatre-vingt quinze mètres (Lisa, c’est en CE2 qu’on apprend à écrire les nombres en lettres). Soudain, il pleut. Nous ne sommes plus en Grèce (bien sûr). La lumière n’est qu’électrique et pour le reste, le jour est gris cendré. Cendre de nuage qui, ici ou là, touchent terre. Nous sommes arrivés. Nous sommes rentrés. Nous sommes à la maison. J’ai mal aux yeux à cause de l’absence de lumière. J’ai aussi mal au genou gauche depuis deux semaines déjà. Trop couru sur le petit stade de Glyfada, entre la mer et le miel. De trop longues distances sous une chaleur accablante. Ici le thermomètre ne dépasse pas les dix sept degrés. A quelques lieux d’ici, les enfants sont à cheval, aux pieds du Jura. Ce soir, je les trouverais crottées jusqu’aux genoux mais ravies.

Les écoles ne sont plus fermées pour bien longtemps. Elles attendent leur heure, patiemment. En passant devant l’école privée, à la sortie de la ville, je remarque que toutes les fenêtres sont grandes ouvertes et qu’à l’intérieur, dans les salles de classe, des hommes et des femmes lavent les sols à grands seaux d’eau.
Euclés, le soldat athénien qui devait annoncer au peuple athénien la victoire sur le champ de bataille, n’a pas dû passer loin de là où nous étions encore il y a dix jours, dans la maison de vacances. Le champ de bataille où, il y a plus de deux mille ans, plus de sept mille perses ont trouvé la mort devait être tout près de là, sur les plages de Marathon où chaque jour nous nous sommes baignés et où chaque jour se baignaient de vieilles femmes à bonnets bleus. Euclés devait remettre le message le plus vite possible et donc il s’est mis à courir. Etait-ce l’été ? Il est sans doute parti d’ici. C’est peut-être cet homme qui vient de passer en débardeur, des écouteurs dans les oreilles, et qui se baisse pour passer sous les grands roseaux qui bordent la route. Il n’y avait pas de route alors, il est parti de la plage et a dû passer à travers champs, emprunter des sentiers. On a calculé qu’il a dû parcourir d’une traite environ 39 km. Une fois arrivé à Athènes, il aurait prononcé les mots suivants: Νενικήκαμεν (« Nous avons gagné») avant de s’effondrer, mort d’épuisement.

La première édition du marathon a eu lieu pour la première fois en 1896 lors des premiers jeux olympiques de l’ère moderne. C’est un berger grec qui l’a emporté en un peu plus de deux heures quarante sur une distance d’environ quarante kilomètres. C’est seulement à partir de 1908, année des Jeux Olympiques de Londres, que le marathon se courut sur une distance de quarante deux kilomètres cent quatre-vingt quinze mètres. Le Prince de Windsor avait demandé que la course parte du château de Windsor et que les derniers mètres soient parcourus par les athlètes dans le stade olympique de White city. Cela faisait vingt six miles et trois cent quarante cinq yards soit quarante deux kilomètres cent quatre-vingt quinze mètres. Et cela devint la distance réglementaire de toutes les éditions suivantes.

On ne sait guère par où Euclés est passé pour atteindre Athènes. Par la montagne, direction Maroussi, Kifissia (la direction qu'a prise Isabelle mais en voiture) ou bien en faisant un détour pour éviter la montagne, en suivant la côte, direction Rafina (direction que j'ai prise, en voiture également, rejoignant le périphérique un peu au-delà de Rafina).


31 juillet 2015

Huit, douze et quatre-vingt-dix

L’école est finie. Nous sommes sur la plage, près d’Athènes. Lisa nage à mes côtés, la mer est d’huile ; au-dessus de nous, dans le ciel, la lune, pleine, scintille et des guirlandes de reflets éclatés courent jusqu’au sable. La plage se vide peu à peu. Quelques uns jouent encore aux raquettes derrière les rangées de parasol (bruit sec des raquettes, ponctué d’exclamations). L’entrée coûte trois euros pour les « miomena » (tarif réduit pour enfants entre 6 et 12 ans et personnes âgées), quatre euros pour les autres (« kanoniko », tarif plein). Des employés ferment les parasols, vident les cendriers, ramassent les bouteilles vides. La sono est muette. Lisa veut apprendre la nage des papillons. Je fais le pari que je peux atteindre les bouées jaunes d’une seule traite, au crawl, puis me ravise, car il faut rentrer. A l’eau d’un robinet, nous débarrassons pieds et mollets du sable et des gravillons. Un gros homme qui ressemble au sergent Garcia (dans Zorro) prend une douche. Plus loin, les retraités qui jouent au volley se dispersent dans la nuit qui tombe. Le parking est clairsemé. Les trois voies qui nous ramènent vers Glyfada sont embouteillées.

Nous sommes en Grèce depuis quelques jours. Nous étions en Camargue début juillet. Avec Lydia en Camargue, sans Lydia en Grèce. Elle a repris le travail, nous rejoindra d’ici une semaine.

Nous avons traversé l’adriatique d’Ancône à Patras.


Mais avant cela, avant que l’école ferme ses portes…mi-juin…

dernier jour d'école
…troisième punition en dix jours (Lisa).

En classe, le maître leur explique que les hommes descendent des singes - ou bien de dieu, c’est selon. Je ne sais si je dois croire Lisa : dieu ou les singes. J’essaie de me persuader qu’elle a dû mal comprendre. Mais elle insiste. Je lui explique ma façon de penser. Elle m’écoute, elle dit oui, oui, je te crois. Je suis énervé, elle le sent. Cela dit, ce n’est pas tout à fait vrai que les hommes (et les femmes) descendent des singes mais ça, je ne le lui dis pas. Dans l’arbre généalogique des hominoïdes, le facteur humain était une possibilité parmi d’autres (singes) que nous ne cessons d’explorer sans savoir où elle nous mène. Les singes sont des parents, non des ancêtres. Dieu, lui, n’y est pour rien. Et dans les arbres, les singes ne mangent pas de pommes.

Quelqu’un aurait calculé (comment ?), je viens de le lire (sur la plage justement), que les plages de la terre compterait 25 fois moins de grains de sable que le ciel ne compte d’étoiles.

Je me plains, je ne sais plus de quoi. Lisa m’assure que « c’est la vie ».

Randonnée en montagne dans les environs de Vancouver. Un homme qui marchait devant Olga s’écroule, terrassé par une crise cardiaque. Olga avait passé, peu de temps auparavant, son brevet de secourisme. L’homme est resté inconscient pendant qu’Olga, aidée d’une infirmière qui, comme elle, se trouvait là, lui pratiquait des massages cardiaques. Le terrain était accidenté et en pente, la manœuvre donc incommode : une seule personne à la fois pouvait se pencher sur lui.

L’infirmière et Olga se relaient. Il reprend connaissance mais quelques secondes seulement avant de replonger. Il faut reprendre les massages. Cela dure plus d’une demi-heure qui semble une éternité. Rien n’y fait. Il ne se réveille pas, il reste tout au fond. Les secours arrivent mais trop tard. De là où ils se trouvent, ils ne peuvent l’hélitroyer. A son retour chez elle, Olga, encore sous le choc, balance à la poubelle son sac à dos qui lui avait servi à maintenir la tête du randonneur pendant les massages. Il n’avait que cinquante cinq ans. Effondrée, sa femme qui l’accompagnait, leur a assuré que jusqu’ici, il n’avait jamais eu de problème, aucune crise cardiaque avant celle-ci, jamais fréquenté un hôpital de toute sa vie. Et c’était un habitué des randonnées en montagne.

Je relis – en diagonale - le blog, les textes des premières années qui sont assez différents, dans leur forme comme dans leur esprit, de ceux d’aujourd’hui. La mémoire est capricieuse. Sans ces textes, tant d’épisodes, tant d’anecdotes seraient perdus. La Marie d’aujourd’hui me fait oublier celle d’hier. C’est désormais une ado, une pré-ado, précisent certains. Des conférences sont organisées sur les ados et les pré-ados pour aider les parents à les comprendre. J’ai reçu des tracts, fait passer des information à ce sujet, n’y suis jamais allé.

La Lisa de ce matin, qui répète sur le chemin de l’école ce qu’elle dira tout à l’heure, à haute voix, devant toute la classe, est l’aboutissement d’une autre Lisa que j’oublie, que j’ai oubliée, dont je me souviens. Celle qui ne parlait pas encore, celle qui dormait dans le noir (aujourd’hui, il lui faut une lampe allumée dans un coin de la pièce, la porte de sa chambre grande ouverte, celle de Marie aussi). Celle qui nage derrière moi à présent, et s’accroche à moi sitôt que le souffle vient à lui manquer. Regardant la lune au-dessus de nous qu’un avion de ligne traverse, je me dis que j’aurais dû emmener mon appareil photo avec moi, prendre une photo juste d’ici, où l’eau passe au-dessus du nombril.



Lisa s’endort dans le canapé au moment où passent à la télé des images atroces de corps décharnés, entassés dans les fosses communes des camps de concentration tout juste libérés, parmi d’autres images d’un documentaire que diffuse la chaîne parlementaire Grecque.

Nous étions deux. Deux parents d’élèves. Nous avons ensemble assisté au conseil de classe de la 6ème B, la classe de Marie. Je n’avais pas été à celui du deuxième trimestre ni à celui du premier. Je n’en avais pas vraiment envie. Là, tout s’est passé très vite. Vingt cinq élèves jaugés en quarante minutes. Expéditif pour les meilleurs et les bons, moins pour les élèves en difficulté. C’est d’abord la professeure principale qui lit l’appréciation générale. Il y en a une pour toute la classe (plus dissipée ce trimestre) et une pour chaque élève en particulier. La principale adjointe préside. C’est la seule avec nous, les parents, à prendre des notes. Et c’est à elle qu’incombe la tâche d’actionner la télécommande pour faire se succéder les diapos sur l’écran derrière elle. 

Chaque diapo affiche les résultats de l’élève, présentés sous la forme d’une toile d’araignée, un fil rouge délimitant la moyenne de la classe. La toile compte autant de points d’accroche que de matières et selon que le fil noir des résultats de l’élève passe en dessous ou en dessous du fil rouge de la moyenne générale, on peut se faire une idée de son classement (sans pour autant qu’il y en ait). La fiche contient dans le coin droit, en haut, une photo de l’élève.

Marie termine bien son année après un deuxième trimestre difficile mais sa moyenne en math, bien en dessous de celle de la classe, plombe ses résultats.


Marie révèle à Lisa que Mika, son chanteur préféré, est homosexuel. Elle a pioché l’information sur internet. Il parait qu’il va se marier. Selon une camarade de classe de Lisa, les homosexuels vont en enfer. Lisa se contente de hausser les épaules. Elle s’en fiche, dit-elle.

La même fillette qui prétend que les homosexuels vont en enfer, soutient que son père la frappe à coup de ceinturons.

Ces notions de paradis et d’enfer troublent Lisa, davantage que les homosexuels.

Que lui dire d’ailleurs à ce propos ? Les garçons qui vont avec les garçons (les filles qui vont avec les filles) et il n’y a pas d’enfer pour eux comme pour personne. Ni paradis. C’est un peu court tout de même.

A propos, ce Mika, je le trouve sympathique. Les filles l’ont découvert à The Voice, émission de télé-crochet, version 2.0, qui passait tous les samedis soirs. Né à Beyrouth, l’année de mon bac. Qui chante en français et en anglais des mélodies pop, entraînantes, sans prétention.

à la sortie du tunnel du Mont Blanc
La crise ne se voit pas là où nous sommes, où les grands parents ont leur appartement. Il faudrait aller dans les quartiers populaires. Ici, les restaurants, les cafés sont pleins, comme ils l’étaient déjà avant la crise. Tsipras et Varoufakis dont les noms sont aujourd’hui familiers jusqu’en Finlande et en Lettonie, dit-on, monopolisent les écrans. On ne parle que d’eux, l’un ayant trahi, l’autre ayant triché, disent-ils (les journalistes, l’opposition). A leurs trousses, les vieux partis, lessivés aux dernières élections, la clique des anciens de la vieille qui feraient mieux de disparaître, mais ne disparaissent pas, attendent leur heure, croient la sentir venir depuis que Tsipras a semé l’incompréhension parmi les siens.

Drôle de peuple tout de même. Je le connais si bien et si mal. Ses défauts sont aussi des qualités, je le vois bien, je ne peux pas me l’expliquer. Tout peuple a une personnalité propre que les exceptions confirment. Il y a le côté filou, roublard, bravache, le sans gêne (pousse-toi que je m’y mette), le goût de l’entourloupe, l’indiscipline, l’esprit de résistance, le culte du « Oxi », et de l’héroïsme pour l’héroïsme, façon Antigone, juste par entêtement, l’amour du drame et de ses soubresauts qui souvent dégénère en mélodrame, le gène du commerce et le goût de l’argent, la cupidité comme un vieux fond paysan, jusque chez le plus fin des esthètes, le côté bourru, mal léché, mal fagoté, le sens aigu des plaisirs simples, contemplatifs, des conversations de bord de chaise sur un bout de terre entouré de mer, le théâtre des familles qui se joue dehors comme dedans, à la vue de tous, sans chichi, l’outrance solaire et la fantaisie lunaire, le côté taiseux, l’hospitalité muette, faite de gestes, de deux, trois mot tout au plus, de silences par dessus, la totale absence de sens civique, d’urbanités, le refus de la norme, l’inconséquence érigée en comédie loufoque, et la chaîne de solidarité qui relie les uns aux autres, de familles en familles, de clans en clans, de villages en villages, de quartiers en quartiers - diablement plus efficace que l’Etat-providence mais qui n’est parfois que l’autre nom pour clientélisme -, le respect scrupuleux des anciens (le jeunisme n’ayant jamais pris ici) et l’amour des enfants jusqu’au gâtisme, le côté tactile, les mains qui se touchent, les corps qui s’étreignent pour un oui, pour un non, mais dans un monde d’hommes, les femmes étant plus dans l’invective que dans l’étreinte, les accommodements philosophiques avec la vérité et l’existence qui parfois confinent à l’état de grâce, le goût de la complainte lancinante, psalmodiée comme une prière (la religion est une façon mélodramatique de regarder la mort de côté et, par le truchement des saints du calendrier, de perpétuer le polythéisme des anciens), le naturel métaphysique des plus modestes, entrevu au détour d’un bon mot, d’un dicton, d’un propos de Kaféneion. C’est un peuple à l’antique, d’une ancienne cuvée, bâtard et fier, poseur et rusé, passionné, impulsif, brute de décoffrage, à la complexion et aux mœurs sculptées dans du vieux bois, un peuple rude aujourd’hui perdu dans un monde de puritains, de technocrates, de pisse-froids, dans un monde de délicats, la morale en bandoulière, et de faux-culs. Ces gens-là évidemment ne respectent pas les règles (toute contrainte est suspecte), s’endettent, se ruinent, se relèvent, retombent, jouent encore – à la roulette grecque (celle des sous, pas des balles). Ils sont agaçants, exaspérants, désespérants parfois – ils se désespèrent eux-mêmes. D’une inconséquence déplorable et que ne peuvent que déplorer les gens d’ailleurs (les « xenos », les européens) qui, eux, acceptent les règles et les font, les gens d’ailleurs qui ne s’endettent pas, qui ne vivent pas aux crochets d’ombres incertaines dans la caverne de Platon. Il serait trop long d’expliquer, ou de chercher à comprendre, ce qui sépare ce monde-là des autres mondes. Je le connais à demi-mots, au toucher, au vibrato si particulier qui me soulève le cœur sur le seuil de l’aéroport, sur le pont-levis des ferrys. Je l’éprouve dans ma chair, je l’hume comme je respire l’odeur des figues écrasées, je l’entends comme j’entends le chant des cigales, et peut-être même que je le vois dans le miroir brisé où se reflète la nouvelle lune.

La première année est si longue, une éternité, le tour de l’horloge, la ronde du calendrier, la deuxième aussi, et la troisième à peine plus rapide. La quatrième passe plus vite, et la cinquième aussi. A la sixième, les aiguilles de l’horloge se voient à peine, comme voilées par le pfuitt du temps. A la septième, on se demande si le temps est encore compté. A la huitième, les mois sautent à saute-mouton, on est en automne puis au printemps, et l’été perd déjà ses feuilles. Ensuite, c’est la course. Evidemment, pour eux, les enfants, tout passe très lentement et d’ailleurs, ils ne s’en préoccupent pas, du temps. Leur présent est omniprésent. Au passage, Marie a attrapé ses douze ans le 25 de ce mois, nous étions sur le ferry entre l’Albanie et la Grèce. Lisa, elle, avait attrapé ses huit ans quatorze jours plus tôt, nous étions alors en Camargue, à Saintes-Maries-de-la-mer, à chevaucher des chevaux blancs, à larges crinières.

Marie a 12 ans (arrivée à Patras)
La mer dans les deux cas, froide là-bas, à cause du Mistral, chaude ici, à l’arrivée dans le port de Patras. Les photos ont été prises sur le pont, en attendant de pouvoir descendre dans la cale récupérer la voiture, en attendant de prendre la route pour Athènes, à trois heures de là. L’école est finie. Nous sommes sur la plage, près d’Athènes. Le sable est si chaud qu’il faut courir pour atteindre le plancher du bar. Lisa nage à mes côtés, la mer est d’huile, la lune est pleine.


Dimitris Théodorakis, lui, attrape ses quatre-vingt dix ans (c'était avant-hier).