| en répétition pour un numéro de cirque |
Lisa veut savoir l’heure qu’il est et quand est-ce que c’est
son anniversaire. Lydia lui montre un calendrier. Elles comptent ensemble les jours
qui nous séparent du 11 juillet.
L’école a repris lundi. Marie a repris le sentier de la
guerre. Elle est revenue, ravie, m’annoncer un 12,5 en géographie, une très bonne
note d’après sa maîtresse. Il faut remplir une fiche médicale pour la sortie
scolaire de mai, il faut signer des papiers où il est dit ce que doit contenir
le trousseau des demoiselles qui se partageront des chambres de cinq : elle
sait déjà avec qui, sa meilleure amie en sera.
Il y a un grand bouquet de lys et de roses dans le salon.
L’odeur du lys est puissante et nous prend à la gorge dès que nous pénétrons
l’appartement.
| Yvoires |
C’était la première fois, hier, que je récupérais Lisa au
centre de loisirs en plein jour ou presque. Nous sommes allés commander des
pizzas, nous avons attendu au comptoir. Elle voulait un malabar pour se faire
un tatouage sur le bras.
Arthur est malade. Il n’était là ni lundi ni mardi. Lisa est
catégorique : ils se marieront ensemble, ils auront des enfants. Une fille
et un garçon, précise-t-elle. Elle ajoute à mon intention, comme si ma vocation
était d’en douter, qu’Arthur, plus tard,
il sera beau. Il faudrait tout de même demander l’avis d’Arthur. On lui demandera quand il sera
de nouveau sur pied.
Marie a même une photo d’eux – elle me l’a montrée - où Lisa
lui fait un bisou sur la bouche.
Je commence à entrevoir ce que seront les années à venir.
Les garçons, les secrets, les cœurs brisés et aussitôt recousus, les billets
doux (aujourd’hui, on dit « textos »).
Lisa n’a plus très faim ces jours-ci. Elle fait la fine
bouche. Seuls les artichauts et les concombres trouvent grâce à ses yeux. Tandis que Marie, elle,
a retrouvé son appétit de carnivore tous azimut.
Olga est rentrée à Tachkent. Lydia est triste. Le printemps
arrive: en catimini, sous les arbres, des fleurs sont sorties de terre.
| Genève |
Nous sommes montés sur l’escabeau pour tenter d’accrocher
les rideaux de ma mère mais les accroches ne vont pas. Il n’y a toujours pas de
tableaux ni de masques (les masques ramenés de Venise) aux murs. Ce sont nos derniers cartons, là, dans un coin du salon.
Je passe la journée devant un écran d’ordinateur à préparer
un cours sur l’enregistrement électoral que je donnerai à Tunis jeudi et
vendredi prochain.
On se dit que ces derniers temps, Lisa regarde trop la
télévision et que Marie passe trop de temps sur internet avec ses copines
(elles se retrouvent sur la plateforme d’un jeu de rôles où chacune endosse un
avatar qu’elles habillent, coiffent, maquillent comme il leur chante). Il va
falloir réagir. J’attends d’en avoir fini avec mes cours. C'est ce que j'essaie de me faire croire. Je voudrais donner à
Marie le goût de la lecture.
A l’école, Lisa me semble un peu en avance sur les autres. Je le ressens ainsi même si le maître, auquel je ne demande rien de tel, ne le confirme pas. Ses cahiers cependant le suggèrent. Je vois bien aussi, à son attitude de tous les jours, à ses questions, qu’elle est prête à en savoir plus que ce qu’on lui apprend à l’école mais bien entendu sans savoir quoi, tâtonnant dans nos jambes et nos pensées, pour y dénicher des coins inexplorés.
A l’école, Lisa me semble un peu en avance sur les autres. Je le ressens ainsi même si le maître, auquel je ne demande rien de tel, ne le confirme pas. Ses cahiers cependant le suggèrent. Je vois bien aussi, à son attitude de tous les jours, à ses questions, qu’elle est prête à en savoir plus que ce qu’on lui apprend à l’école mais bien entendu sans savoir quoi, tâtonnant dans nos jambes et nos pensées, pour y dénicher des coins inexplorés.
La directrice de l’école maternelle a un cancer du poumon.
Le maître de Lisa nous l’a appris hier matin.
Elle sera absente jusqu’à la fin de l’année et c'est lui qui la remplacera. Lui-même sera remplacé le lundi, jour réservé aux tâches administratives,
par une nouvelle enseignante fraîchement débarquée. Lisa a déclaré en rentrant
de l’école qu’elle avait une nouvelle maîtresse.
En Grèce, Mamie et Dieda voient les beaux jours revenir plus
vite que par chez nous. Il faut qu'à 5 euros l’heure, le chauffage au fioul est prohibitif.
| Yvoires |
Quand elles seront couchées, il y a de bonnes chances que, saoulés de paroles, nous aurons oublié ce que nous nous serions dits si elles nous avaient laissé la parole.
