11 février 2012
07 février 2012
Arrivée d'eau
Ce matin, il n'y a plus d'eau. Impossible de trouver le compteur d'eau. Je me sens bête. La femme de la compagnie d'eau me raccroche au nez. Nous ne sommes pas les seuls. Ils sont débordés. Les enfants à l'école, alors que je cherche toujours le compteur d'eau mais cette fois hors de la maison (suggestion de l'ancien locataire), une estafette de la compagnie des eaux vient à passer. Du jardin, je vois le technicien desceller ce qui semble être une plaque d'égoût mais qu'il va m'apprendre être un "regard" de compteur d'eau. Car ce que je ne savais pas, c'est que les compteurs d'eau sont là, terrés dans ces puits où un homme peut tenir debout. Il vient desceller la plaque de notre puits qui se trouve dans l'emplacement où je gare la voiture devant le garage. Mais il y en a deux: la première qu'il fait sauter à coups de burin et de piolet, n'est pas la bonne; la seconde est la bonne. Le compteur est là, dans la fosse, plus d'un mètre plus bas. Il l'inspecte, il fonctionne normalement. C'est dans le garage, au depart du circuit d'eau, que le gel a frappé. L'eau dans les fines canalisation de cuivre derrière le filtre a gelé. Sur le conseil du technicien, je réchauffe ces veines d'eau à l'aide d'un sèche-cheveux. Il me faut une demi-heure pour faire revenir l'eau. Il m'a conseillé de laisser toujours un filet d'eau couler à l'un des robinets de la maison. Et si possible de chauffer le garage. Gageure sauf à laisser grande ouverte la porte du garage qui communique avec la cuisine. Consommation de gaz maximale garantie.
A l'étage, au robinet de la salle de bain, frétille désormais un filet d'eau. Je l'entends d'ici. Devant moi, derrière la fenêtre, le vent bat les haies. Le ciel se déchire, le soleil crisse entre les nuages, nous avons tous la peau désséchée. Un sèche-cheveux d'air glacial ventile nos pores.
A l'étage, au robinet de la salle de bain, frétille désormais un filet d'eau. Je l'entends d'ici. Devant moi, derrière la fenêtre, le vent bat les haies. Le ciel se déchire, le soleil crisse entre les nuages, nous avons tous la peau désséchée. Un sèche-cheveux d'air glacial ventile nos pores.
06 février 2012
Bulletin météo
Il fait trop froid pour faire des photos, donc tout est dans le texte. Ce matin, les enfants sont allés à l'école en combinaison de ski. La voiture ne ferme plus, les fenêtres des portières ne se baissent plus: l'electronique ne résiste pas au froid. Des bottes de carottes et des branches d'épinards ont gelé dans le panier du garage; je les ai mises au frigidaire pour les y réchauffer. Sur le pas de la porte-fenêtre de la cuisine, les oiseaux attendent leurs miettes de croissant journalières avec une impatience qui vire à la hargne, surtout qu'il faut veiller à en écarter les nombreux corbeaux, zorros volatiles postés sur les toits comme des vigiles guettant les migrations et modulations nuageuses. Les journaux télévisés ne sont que bulletins météo. Des morts en Pologne, en Ukraine. Même la présidentielle s'efface. Comme quoi la politique dépend autant du temps qu'il fait que du temps qui passe et qu'égrènent les chaînes: J-80, 70, je ne sais plus, le compte n'y est pas. Des régions situées au bout de la chaîne électrique, nous dit-on, sont menacées de coupures d'électricité.
Quant à nous quatre, nous sommes restés tout le week-end calfeutrés à la maison à part une sortie samedi pour amener Marie à l'anniversaire de sa copine Eline. Et pour l'en ramener, trois heures plus tard. Les rues étaient désertes, c'était le chez soi généralisé.
Je travaille toujours à mon rapport. J'y ai passé tout le week-end, à part les heures de repas, deux, trois interruptions pour souffler et les devoirs de Marie. Les fameux devoirs de Marie qu'elle n'en finit pas de maudire. A part ça, elle lit des magazines, apprend des blagues dénichés dans le papier d'emballade des carambars et nous les sert au petit déjeuner (une poule demande à un coq: encore un ver ? Non, répond le coq, je ne bois pas quand je conduis), peint, décore des boîtes que sa mère lui a achetées en Suisse. Elle en a offert deux à sa copine pour son anniversaire.
C'est tout, je retourne à mes devoirs.
Quant à nous quatre, nous sommes restés tout le week-end calfeutrés à la maison à part une sortie samedi pour amener Marie à l'anniversaire de sa copine Eline. Et pour l'en ramener, trois heures plus tard. Les rues étaient désertes, c'était le chez soi généralisé.
Je travaille toujours à mon rapport. J'y ai passé tout le week-end, à part les heures de repas, deux, trois interruptions pour souffler et les devoirs de Marie. Les fameux devoirs de Marie qu'elle n'en finit pas de maudire. A part ça, elle lit des magazines, apprend des blagues dénichés dans le papier d'emballade des carambars et nous les sert au petit déjeuner (une poule demande à un coq: encore un ver ? Non, répond le coq, je ne bois pas quand je conduis), peint, décore des boîtes que sa mère lui a achetées en Suisse. Elle en a offert deux à sa copine pour son anniversaire.
C'est tout, je retourne à mes devoirs.
01 février 2012
Beaucoup c'est combien
Quelles valeurs transmettre à ses enfants ? Le fait est que la question est spécieuse. Le flux du quotidien ne laisse pas le temps de se la poser. Les enfants exigent plus que des réponses, ils veulent des réactions sur le vif, des repères là, maintenant, tout de suite. Les circonstances, les situations se succèdent à un rythme qui n'autorise pas les manoeuvres dilatoires. Si on ne leur donne pas les réponses, ils se cognent partout, ils nous méprisent avant même de savoir de quoi il retourne, il se font mal avant même qu'on ait eu le temps d'imaginer la riposte ou l'antidote. Alors on se surprend à leur transmettre ce qui nous été transmis, à répéter les leçons qu'on ne savait pas si bien apprises. On se surprend à n'être que passeur - comme si on avait imaginé qu'il ait pu en être autrement.
Ceci dit, tout est encore assez simple pour le moment. Ce ne sont encore que les fondamentaux: il ne faut pas mentir, il faut faire des efforts, il faut demander avant de sortir de table, il faut demander avant de prendre ceci ou cela, de faire ceci ou cela, il faut dire merci, bonjour, il ne faut pas envier, être jaloux, taper des pieds, regarder la télévision (sinon, on aura les yeux carrés, comme dit Lisa), se chamailler, ne pas savoir partager; il faut faire attention, regarder avant de traverser, etc, etc. Fais pas ci, fais pas ça, comme chantait Dutronc. Il faut - encore - être lucide: les interdictions d'interdire, c'est le luxe qu'on s'autorise quand les leçons ont été apprises, le livre des premiers apprentissages refermé.
Equitation. Je laisse Marie au manège, je file, avec Lisa qui toussote, au supermarché le plus proche, nous ravitailler pour les jours à venir. Ce soir, crêpes. La chandeleur, c'est demain mais bon, je l'anticipe de quelques heures.
La température a franchi le seuil du zéro (vers le bas) pendant que Lisa apprend ce que c'est, le zéro. Ce matin, nous avons travaillé. Comme elle aime bien ce mot "travailler". Elle a compris que pour être prise au sérieux, il faut travailler. Alors, elle travaille. C'est à dire qu'elle joue sérieusement. L'un des exercices s'appelle "la maîtrise du zéro". Tout un programme. D'un côté, une cage avec un oiseau à l'intérieur; de l'autre, une cage sans l'oiseau. Il faut entourer la cage vide, l'incarnation du zéro. Oui, décidément, tout un programme.
Plus tard, Lisa me pose une question: papa, beaucoup, c'est combien ?
Elle décide plus tard que beaucoup commence à six.
Marie, elle, rechigne. Elle veut trouver, elle ne veut pas chercher. Pendant que je travaillais avec sa soeur, elle s'était réfugiée dans sa chambre, soupçonnant à juste titre qu'elle serait la suivante. Elle est convaincue, me dit-elle, qu'elle ne peut pas comprendre, qu'elle n'y arrivera pas. Et dès lors, elle met toute la mauvaise grâce du monde à ne serait-ce que suivre mes explications. Elle se cabre, se tient en équilibre instable au dessus d'un filet de larmes. Mais elle ne pleure pas, elle geint. Difficile. Je reste calme. Elle finit par mettre le nez hors de sa cachette. Quand on passe à l'orthographe, au vocabulaire, elle se ranime, reprend des couleurs. Les mots lui parlent, les chiffres lui pèsent.
Entretemps, Lisa a décidé que beaucoup commence à dix. Ce 1 et ce 0, c'est troublant. Là commence l'innombrable.
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