Huit ans, quatre ans, ce n’est rien, ce n’est pas grave. Les anniversaires, on les oublie, on les feuillette, heureusement qu’il y a des photos pour s’en souvenir. Premier, deuxième, troisième âge, quatrième âge aussi. Combien de bougies par palier, combien d’années par étage. Les anniversaires, c’est d’abord pour apprendre à compter et tant qu’on les compte sur les doigts d’une ou deux mains, il n’y a pas de quoi s’en faire. Puis vient le temps où deux mains ne suffisent plus, il faut s’en inventer d’autres, devenir imaginatif, créatif, devenir un autre redoublé jusqu’à cette ligne d’infini qui borde l’immortalité. On compte son âge comme on compte les moutons pour s’endormir. Certains entament leurs recherches ou leurs poursuites, du temps perdu, du temps présent, du temps qui nous manque pour boucher les oublis et tout ce qu’il y a d’inachevé dans la figure humaine. Certains ne parlent plus d’avenir mais de devenir comme si l’espoir se retranchait des additions pour devenir une inconnue, une retenue. Si je n’existais pas, je m’inventerais. Parce que je n’aurais pas le choix. Point de conditionnel ici. Ce gâteau servi sur une table basse, c’est le socle de la statue, c’est la tarte à la crème du calendrier intime. « Tu ne fais pas ton âge », entend-on dire parfois tant il est vrai que les anniversaires sont des simulacres pour faire avancer le temps si jamais il venait à traîner, à se faire attendre. Et il est vrai qu’on le voit parfois ralentir, le souffle court, dériver, faire un long détour. Il nous laisse à quai, il nous garde au chaud dans l’un de ses plis. Alors, pour ne pas trop l’escamoter, on mange sa part de gâteau, sagement, comme un enfant, assis sur une chaise en paille. On en sert aux autres, nos témoins. On fait semblant de ne se souvenir de rien, on dit « on » par délicatesse, pour se faire nombreux. Les mains ne suffisent plus, il faut faire foule et feu de chaque année, replâtrer le sillage des bateaux au long cours avec des sparadraps d’écume, apprendre à décompter. Alors, quatre ans, huit ans, ce n’est rien, ce n’est pas grave, c’est un jeu d’enfant. Grandir, trouver son cri, sa voix, ses mots, sa place, son nom, sa canne de berger pour les moutons de son âge. Les enfants ne sont pas des germes d’adulte, ce sont des êtres à part qui n’appartiennent pas en propre à celui ou celle qu’ils seront. Les enfants n’ont pas d’âge puisqu’ils sont d’aujourd’hui, à jamais. Ce qu'ils seront plus tard ne les concerne pas tout à fait.
A ce paradoxe des âges s'ajoute le paradoxe des anniversaire. C'est un certain Richard von Mises qui le découvrit. Un spécialiste des probabilités, lit-on dans sa biographie, mais aussi de la résistance des matériaux. Résistance à la vieillesse, probabilité de l'échec: ça se tient. Ceci dit, le paradoxe des anniversaires n'a rien à voir avec la recherche du temps perdu et autres méditations ovidiennes sur les affres de l'exil que chaque anniversaire nous donne l'occasion de mesurer au jour près. Le paradoxe des anniversaires, c'est tout bonnement "une estimation probabiliste du nombre de personnes que l'on doit réunir pour avoir une chance sur deux que deux personnes de ce groupe aient leur anniversaire le même jour de l'année" (voir le graphique ci-dessus). Il se trouve que ce nombre est 23, ce qui choque un peu l'intuition mais que l'on peut démontrer mathématiquement. À partir d'un groupe de 57 personnes, la probabilité est supérieure à 99 %.
A ce paradoxe des âges s'ajoute le paradoxe des anniversaire. C'est un certain Richard von Mises qui le découvrit. Un spécialiste des probabilités, lit-on dans sa biographie, mais aussi de la résistance des matériaux. Résistance à la vieillesse, probabilité de l'échec: ça se tient. Ceci dit, le paradoxe des anniversaires n'a rien à voir avec la recherche du temps perdu et autres méditations ovidiennes sur les affres de l'exil que chaque anniversaire nous donne l'occasion de mesurer au jour près. Le paradoxe des anniversaires, c'est tout bonnement "une estimation probabiliste du nombre de personnes que l'on doit réunir pour avoir une chance sur deux que deux personnes de ce groupe aient leur anniversaire le même jour de l'année" (voir le graphique ci-dessus). Il se trouve que ce nombre est 23, ce qui choque un peu l'intuition mais que l'on peut démontrer mathématiquement. À partir d'un groupe de 57 personnes, la probabilité est supérieure à 99 %.













