Celui qui a donné son nom à la ville de Vancouver n’a fait qu’y passer. C’était un Anglais, un officier de la Royal Navy.
On croyait en ce temps-là, les dernières années du 18ième siècle, en l’existence d’un passage maritime à travers l’Amérique du Nord entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. Vancouver croisa la route d’un certain Gray, commerçant américain, qui avait découvert l’embouchure d’un grand fleuve. C’était peut-être le passage recherché mais Vancouver n’y crut pas (à raison). Le fleuve, Gray l’avait appelé Columbia, du nom de son vaisseau. Il était dans le commerce de fourrures.
(Pendant que la France se faisait une révolution, la Grande-Bretagne
se faisait un empire)
Vancouver est aujourd’hui la capitale de la province de la
Colombie-Britannique dont la superficie avoisine celles de l’Allemagne, de la
France et des Pays-Bas réunis. Le Canada n’a pas d’Etats comme les Etats-Unis
mais des provinces.
Le Vancouver d’aujourd’hui compte plus de deux millions
d’habitants dont plus de la moitié ont pour langue maternelle une autre langue
que l’Anglais. La communauté chinoise y est omniprésente. Les panneaux de
signalisation sont en Anglais et en Français mais aussi en Chinois. Les chauffeurs
de taxi sont presque tous originaires d’Inde.
Olga occupe un petit appartement au onzième étage d’un
immeuble du centre ville d’où l’on a vue sur les gratte-ciels entre lesquels,
par beau temps, on peut apercevoir l’océan. Elle travaille à quinze minutes à
pied de là dans un grand hôtel. Depuis un peu plus d’un an maintenant, elle y est
responsable du département de nettoyage et d’entretien des chambres et des
communs.| chez Olga |
Au sommet d’un arbre, veillait sur sa progéniture un pygargue à tête blanche (« bald eagle » en Anglais, bien que ce ne soit pas un aigle), emblème national des Etats-Unis. Il faut dire qu’au passage, notre vedette avait franchi la frontière. Nous nous trouvions donc aux Etats-Unis, dans l’Etat de Washington. Seattle ne devait plus être très loin. Dans le lointain, on apercevait le mont Baker, sa cime enneigée qui lui donnait l’air d’une pâtisserie.
Pour atterrir à Vancouver, nous avons fui la nuit. Par le
hublot, le ciel semblait ne jamais devoir s’assombrir, aspiré par une clarté
venue du fond d’un autre ciel. Partis l’après-midi, nous sommes arrivés le
matin du même jour. Au retour, partis l’après-midi, nous sommes arrivés le
matin du jour suivant, sans avoir dormi.
Quelques degrés de moins qu’à Paris, qu’à Genève. Soleil à
l’arrivée. Le lendemain matin, il pluviotait. Averses l’après-midi alors que
nous visitions l’aquarium. Puis grand beau temps le reste de notre séjour.| méduses |
| Lisa en conversation |
C’est le troisième jour, il me semble, qu’un bus nous a
emmenés du front de mer au parc
du pont de Capilano, suspendu au-dessus d’une eau vive, au milieu d’une forêt
de conifères dont certains (notamment les « douglas-fir trees ») sont millénaires. Des passerelles en bois
permettent de passer d’arbre en arbre. Une passerelle en plexiglas (« cliffwalk ») longe la falaise de granite façonnée par les glaciers, formant
par endroits un arc-de-cercle au-dessus du vide.
| pont suspendu de Capilano |
Les Canadiens sont un peuple
sans histoire (ou à peine), mais gorgé de nature sauvage. A la tombée de la
nuit, au centre ville de Vancouver, de gros ratons-laveurs (« raccoons »), en quête de
nourriture, viennent quelquefois frapper aux carreaux des villas fleuries,
alignées dans les quartiers résidentiels, à l’ombre des gratte-ciels. Il est
interdit de les nourrir comme de leur faire le moindre mal. Si jamais ils
venaient à se montrer trop entreprenants ou trop agressifs, on peut toujours
appeler la police. Lydia et Olga en ont aperçus deux soirs consécutifs.
Même au cœur de la
ville, la nature comme l’océan ne sont jamais loin. Les gens y vivent
décontractés, à l’américaine. Parmi eux, beaucoup de joggers, de cyclistes. Un
arbre a été planté sur le toit de l’un des immeubles du front de mer. Il est là,
nous explique Olga, pour rappeler la hauteur qu’atteignaient les arbres (celle
des immeubles) qui se trouvaient là autrefois.| vue de la fenêtre de l'appartement d'Olga |
Autre image, captée lors de la ballade en vélo en bordure de mer, dans le parc Stanley : un immense tas de souffre jaune citron aperçu sur l’autre rive, West Vancouver, où vivent les plus fortunés des citadins, relié au Stanley Park par le Lion’s Gate Bridge, inauguré en 1939 par George VI et construit grâce aux fonds avancés par la famille Guinness.
De nombreux films
hollywoodiens ont été tournés en ville, en plein air ou en studio. Les
tournages y sont moins chers et la ville n’hésite pas à louer un pont, comme c’était
le cas lors de notre séjour. Le pont est fermé à la circulation. Les gens
râlent.
Nous voici de retour,
en escale à l’aéroport de Roissy. Lisa dort dans les bras de Lydia. Marie tient
bon, je vacille. Nous avons quatre heures d’attente. Nous avons sauté une nuit.
Il faut maintenant atteindre la prochaine, franchir un pont suspendu entre deux
continents, entre deux dates. A se demander si l’on ne pourrait pas défier l’âge
par la seule vertu des décalages horaires.
Sujet de rédaction: raconter vos dernières vacances. Marie ?| sur le ponton, au retour de la chasse aux baleines, Granville Island |