25 septembre 2015

Apparitions et voix




Que penser des parents qui ne jouent qu’avec les enfants des autres ?

29 élèves dans la classe de Marie, 24 dans celle de Lisa.

Se pourrait-il que la prof préférée de Marie soit la prof de latin ?

C’est quoi ton animal préféré ? C’est quoi ton chanteur préféré ? C’est quoi ta couleur préférée ? Courir après les préférences et les apparitions.

Quand Marie est née, je me suis dit, j’ai pensé, que, dans le rôle du père, j’étais forcément un imposteur, que tout père était un imposteur par nature. Puisqu’il ne l’avait pas eu dans sa chair, cet enfant, l’enfant.

Sur la route qui longe la résidence, au-dessus de chez nous, la circulation qui est de plus en plus dense. Un dos d’âne serait le bienvenu. Et quelques ânes aussi, ajoute-t-elle.

« Souriez, c’est la rentrée ! » s’écrient des voix d’enfants sur les ondes.

Dans le club de gym, l’homme chauve qui parle à l’homme en mocassins blancs, qui essaie de le convaincre que les migrants ne s’intègrent pas, qu’ils finiront dans nos banlieues, chômeurs, délinquants, terroristes en puissance. « Ce sont des musulmans tout de même ! », assène-t-il, sur un ton définitif. « Et », ajoute-t-il,  « la photo de l’enfant mort, ça ne fera plus pleurer personne, l’opinion publique va basculer quand explosera la première bombe, quand l’un d’entre eux videra son chargeur sur la foule, quand le premier de nos enfants tombera. Aylan, Charlie, Gavroche…et comment s’appelait-il celui du Thalys ? ».  « Il n’y avait pas d’enfants dans le train ! », rétorque l’homme en mocassins blancs, jetant un coup d’œil rapide autour de lui. « Non, ce n’est pas ce que je voulais dire… » reprend l’homme chauve mais à ce moment-là, il semble se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls, qu’on pourrait les entendre, alors, il baisse la voix et je n’entends pas la suite. Je me demande pourquoi il a parlé de « Gavroche ».

En Suisse, on dit « sachet » pour « sac en plastique ». En Suisse mais aussi du côté français, dans l’Ain, peut-être aussi en Savoie.

Le directeur du centre qui referme derrière lui le portail de l’école, va s’éloigner mais me voyant m’approcher, hésite, s’arrête un instant, se penche au-dessus du portail, tend l’oreille alors que je n’ai encore rien dit. « Je suis le père de Lisa », dis-je finalement « et je m’étonne de ne pas la voir sortir… ». Elle n’est pas au centre. Une dame m’assure qu’elle n’était pas en TAP (de 15h45 à 16h30). Le directeur du centre – François, qu’il s’appelle, me dira Lisa plus tard – inspecte les environs de l’école. Pas de Lisa. C’est alors que je l’aperçois derrière la grille de la résidence. Elle m’explique que T. l’a poussée, qu’elle s’est retrouvée dans la mauvaise file, celle des enfants qui ne vont pas en TAP, qui quittent l’école dès 15h45. Alors, elle est restée là, sous l’abribus, à attendre seule devant l’école puis elle a marché jusqu’à la maison, elle a laissé son cartable sur la terrasse, n’a pas frappé à la porte-fenêtre (alors que j’étais à l’intérieur), est retournée jusqu’à la limite de la résidence, du côté qui donne sur l’école, là où je l’ai vue.

Son cartable sur la terrasse, j’étais tombé dessus juste avant de partir pour l’école, en ouvrant la porte-fenêtre. Je me suis dit : comment a-t-elle pu l’oublier là ? Comment a-t-il pu se retrouver là, sur la terrasse ?

Elle a dû être punie, ai-je pensé.

Mais tout s’explique maintenant (pour le cartable).

Elle a versé quelques larmes, le directeur du centre et moi lui ont doucement expliqué qu’elle aurait dû retourner dans l’école, qu’elle ne devait pas rester seule en dehors de l’école, que la prochaine fois...

Les habitants de la Savoie sont les Savoyards mais que sont les habitants de l’Ain ? Il n’y a pas de nom, de gentilé. Ce serait l'un des deux seuls départements français, avec la Loire-Atlantique, sans gentilé. Certains prétendent qu’il faudrait dire les Iniste, d’autres les Aineu, d’autres encore les Aindien. Les Indiens Haineux, en somme.

La mère, seule, me semblait vraie, réelle, pas le père. Puisque cela avait travaillé en elle, puisque l’enfant était dans sa chair, de sa chair.

Pour devenir père, il faut des preuves, elles viennent plus tard, à petites doses.

La voici aujourd’hui rêveuse, végétarienne, qui s’habille en leggins, qui fait du latin, qui pleurniche sur ses cahiers de math, qui se gave d’oréos et de sushis, et que je dépose chaque matin devant un collège.

La voici qui, chaque soir – mais aussi en journée, sur le chemin de l’école par exemple- me demande de faire parler Renardeau, le petit renard en peluche, qui comme elle fait de l’équitation, qui n’a pas faim quand elle n’a pas faim, se raconte des histoires qu’elle entend dans ses rêves.

Les Suisses qui viennent faire leurs courses en France. Les hypermarchés qui s’alignent le long de la frontière. La viande en Suisse empaquetée comme un produit de luxe. Tout y est luxe, tout y est calme, seule manque la volupté. Clichés. Au classement mondial du bonheur, établi par les Nations Unies, la Suisse vient en tête.

« Comment peut-on être Suisse ? » disent les envieux. Et les Suisses eux-mêmes.

Qui, aux toilettes, y trouvant le temps long, y feuillette des magazines, placés dans un petit panier. Lisa, je viens de le remarquer, y a glissé des livres, les siens, des « Lili et Max ».

Rares sont les photos sans les enfants.

Cela fait sourire Lydia, tous ces couples français qui déclarent à qui veulent les entendre qu’ils vont passer un week-end en amoureux, sans les enfants. Alors j’ai cherché des photos de nous deux, en amoureux, sans les enfants.

Lisa qui déclare qu’elle ne croit plus en dieu. Alors, elle dit « quand je croyais en dieu… ». Puis, à la suite d’un documentaire sur Jeanne d’Arc, elle n’est plus très sûre de ne pas entendre des voix.

Le passé commence à se faire un peu de place : « tu te souviens de Varsovie, de ta nounou ukrainienne ? » Non.

La principale adjointe qui m’appelle de bonne heure pour savoir s’il y aura un pot de bienvenue en ouverture de l’assemblée générale des parents d’élèves qui aura lieu demain soir.

L’herbe du jardin qui n’est plus que de la mauvaise herbe, l’été ayant calciné tout ce qu’il y avait encore de bon, de sain. Les deux arbres du jardin, un bouleau et une charmille, qui devront être émondés cet hiver.

Le soleil qui a perdu de sa superbe, les intérieurs qui se refroidissent, « la bohème » de Rimbaud expliqué à Marie. Un autre de Raymond Queneau, puis deux exercices de math. Des cahiers à signer, Lydia qui, dans des fait-tout, fait cuire des confitures de prunes et de mûres puis les met en pots, alignés sur le buffet de la cuisine. Marie qui prépare des brownies, Lisa qui quémande une tablette puis, le soir, nous laisse à la maison pour aller au grand cirque de Genève avec Arthur, ses parents, sa petite sœur.

Lydia qui offre un pot de confiture de mûres à la mère d’Arthur, rentrée déposer Lisa vers minuit.   
Le premier devoir maison en math.

La soirée du mardi passée chez le nouveau président de l’association des parents d’élèves. Double nationalité, Belge et Suisse.

« Sirop », « ruisseau », « autant », « aussitôt », sortie », « beau » et quelques autres : ce sont les mots du jour (pour Lisa). Dimanche soir, elle recopie le poème qu’elle doit apprendre par cœur. Elle commence un dessin, ne le termine pas. Le termine le dimanche suivant. Apprend le poème, le récité à Lydia (dans sa chambre) puis à moi (dans le salon).

Mercredi, première leçon de tennis. Lisa qui n’est pas sur la liste des inscrits, qui y est rajoutée par un homme chauve (pas celui du club de gym) qui coordonne les quatre moniteurs. Son moniteur qui s’appelle Paolo et leur apprend à jouer avec de grosses balles en mousse. Il fait chaud à grosses gouttes. L’été s’en va, s’en vient, l’automne pareillement. Le mercredi suivant, il pleut. Le mercredi d’après, il faut déjà froid. Lydia est venue. Jour de congé pour cause d’Eid.

Des feuilles qui sont tombées, en Suisse comme en France, de chaque côté de la frontière, comme par inadvertance. Bientôt, tout cela sera prémédité. Et les gardiens de pelouse viendront avec leurs râteaux gratter la terre et l’herbe par dessus pour faire des tas et brûler les feuilles et répandre dans l’air la brûlure de l’automne, saison des fins dernières.

G. qui a passé la nuit chez nous. Elles ont regardé des films sur l’écran d’un ordinateur. Lisa s’est incrustée dans la chambre de Marie. Des paquets de chips au vinaigre et des nachos sur un pouf en osier. Le lendemain, dimanche, Marie a voulu accompagner son amie à l’église, pensions-nous, avant de comprendre qu’il s’agissait plutôt d’assister à une séance de groupe pour jeunes ados organisée par un groupe évangélique de la mouvance protestante. La mère de G. nous l’a expliquée dans le vestibule. Marie est revenue avec un exemplaire illustré du Nouveau Testament, heureusement pas trop impressionnée.

Je lui reproche assez de ne pas lire, elle ne va tout de même pas commencer par la Bible.

Un rouge-gorge sur le muret, une apparition.

02 septembre 2015

Vrais et faux départs

C’est la rentrée. Lisa rentre le mardi, Marie le mercredi.

Pour le dernier jour avant la rentrée des classes, nous avons été au centre nautique à une vingtaine de kilomètres d’ici. Après l’iode, le chlore. Les filles ont enchaîné les glissades dans les toboggans. Echappant à la vigilance des maitres-nageurs, Lisa s’est faufilée jusque dans un toboggan réservé aux plus de dix ans. Trois fois de suite, soutient-elle.

Ce soir, il faudra se coucher plus tôt. Et il faudra s’occuper du cartable, le même que l’année dernière : on ne va tout de même pas en changer chaque année, même si celui-ci est aussi usé qu’un fond de culotte.
Arthur et Lisa sont de nouveau dans la même classe. En fait, toutes les amies de Lisa qui n’ont pas toutes la même année étaient dans sa classe, le sont cette année : Laura, Hannah, Alisha (ici sur la photo), Chirine, Salma et bien d’autres (je sais, je devrais dire « tous les amis » puisqu’avec Arthur, ça fait « ils » mais j’applique désormais la règle de la majorité et ici il s’agit de quasi-unanimité). C’est comme si son réseau d’amitiés, pour parler comme on parle dans le monde de l’entreprise, s’était retrouvé en CE2, après avoir été dispersée à l’entrée en CP.

Cette année, le matin de la rentrée, Lisa paraissait intimidée. Elle avait les yeux vagues, manquait de son entrain habituel. Les vacances ont été longues. Elle ne s’y est pas ennuyée. D’autres, elle le sait, n’ont pas eu la même chance. Certains, oui, n’ont pas vraiment quitté l’école, ayant fréquenté le Centre aéré une bonne partie de l’été. Nous faisons partie des privilégiés qui ne sont pas restés, qui ont eu leur cure de dépaysement. Alors évidemment, le retour au pays de l’école est douloureux, du moins, intimidant. A chacun son échelle de pénibilité. Pour eux, la dure réalité, c’est l’école. Se réveiller tôt, se caler de nouveau dans la routine des repas et sommeils à heure fixe, retrouver la cour d’école et ses gardiens, la cantine et ses dames, tomber de nouveau sous la coupe des maîtres et maîtresses, voilà la réalité qui va nous occuper tous jusqu'au début du septième mois de l’année prochaine. Et même revoir les amis, perdus de vue tout un été, fait une impression étrange : ont-ils changé ? Pas vraiment. Grandi, peut-être. La nostalgie, sentiment insolite à cet âge, déplacé, commence pourtant avec ses quelques milligrammes de mélancolie, juste assez pour ne pas être tout à fait à l’aise dans ses chaussures de rentrée, ici, là, maintenant, tout de suite, sous le préau, en file indienne, rejoignant la classe, main dans la main avec Alisha.
Alisha qui, dans le corridor vitré de l’école, voyant Lydia prendre des photos, aurait chuchoté à l’oreille de Lisa : « les mères, ça fait toujours des photos ! ».

Je me mets dans la tête de Lisa. J’y mets mes propres souvenirs, pas plus qu’une émulsion de souvenir. Je n’ai que des images, celle d’une entrée en sixième, en deçà, presque rien, une maîtresse de CP aux cheveux frisotants, et encore, je n’en suis pas sûr. Mais c’est de l’usurpation d’identité. Lisa était juste un peu renfrognée. Et puis toute cette foule, comme si chaque année, il y avait plus d’élèves, plus de parents.  Moi-même, j’en ai des frissons. Jamais aimé les foules, jamais aimé les groupes. Mais voilà que je recommence (à me mettre à sa place). Lydia est venue, a vu (et pris des photos), est partie (au bureau). Maintenant je suis seul à la maison avec Marie qui savoure son dernier jour de liberté. Nous irons au cinéma, c’est promis, le dernier Spielberg, une histoire de dinosaures en liberté que Giulia a déjà vue, me précise Marie. Trop violent pour Lisa, on ne lui en dira rien, elle n’a pas à savoir.

La liste des fournitures de Marie (communiquée dès avant la sortie des classes en juillet) qui s’étale sur deux pleines pages attendra jusqu’à demain quand Lisa aura la sienne. Cette année, c’est une maîtresse pour Lisa, après trois maîtres en Grande Section, CP et CE1. La petite Charlotte, la sœur d’Arthur, entre en maternelle : ce n’est pas une rentrée pour elle mais une entrée. Elle a l’air ravie. Il faut dire que cela fait trois ans, comme le rappelle sa mère, que quatre fois par jour, elle fréquente l’école pour y amener, y chercher, y ramener son frère.
Pour ce qui est du cartable, on continue avec celui de l’année dernière. La liste de Lisa tient une demi-page. Et puisqu’il faut un dictionnaire junior ainsi qu’un Bescherelle, on ira récupérer ceux de Marie qui n’ont jamais quitté sa bibliothèque. J’y ai même trouvé des manuels de CE2.  

Mercredi, c’est le tour de Marie. Les cinquièmes rentrent à 9h00. Les troisièmes, une heure plus tôt. Il y a quatre classes de cinquième. Sera-t-elle, cette année aussi, dans la même classe que Giulia, sa meilleure amie ?
Finalement non. Elle n’est pas déçue. Elle connait un peu tout le monde. Elle me parle d’une Raphaëlle.

Le parking du collège est embouteillé. Les premiers jours, les parents sont nombreux à venir récupérer leur progéniture. Cela se tassera.

Arthur et Lisa
 Il a fait encore très chaud jusqu’il y deux jours. Le jour de la rentrée, le ciel était indécis. Les nuages se retenaient à peine d’arroser parents et enfants regroupés dans la cour.

Aujourd’hui, cela fait cinq ans que j’ai quitté Varsovie pour venir jusqu’ici. Lisa entrait en maternelle, comme Charlotte aujourd’hui ; Marie, en CE1.
Je pense souvent que jamais nulle part je ne me sentirai chez moi. Je ne suis pas ici chez moi, je l’étais évidemment encore moins à Varsovie. Né quelque part, vivant ailleurs, n’ayant rien de fixe si ce n’est l’idée même de déracinement, idée fausse puisqu’il faudrait avoir été de quelque part pour ne plus l’être. L’identité n’est faite que de recoupements. Qu’en sera-t-il pour les filles ? Nées à Varsovie qu’elles ont oublié, Marie un peu moins évidemment. Il est rare qu’on entende du Polonais mais l’autre jour, passait sur mon autoradio une chanson polonaise (j’en ai ramené quelques unes de Pologne) et elle a tout de suite su que c’était du Polonais. Tandis qu’à Lisa, la Pologne n’évoque plus rien. Quand, un soir de la semaine dernière, on prononça devant elle les noms de Salomé et Mila, les deux filles de très bons amis de Varsovie, elle ne savait pas de qui nous parlions.

Pour le renouvellement de sa carte de séjour, il est demandé à Lydia de produire les photocopies des cartes d’identité des enfants ainsi que des certificats de scolarité. La première fois, il avait fallu prouver que les enfants étaient français, les cartes d’identité ne prouvant rien.
Je suis sélectionné pour figurer sur une liste d’experts. On me demande de fournir une attestation de mon diplôme de fin d’études. Je m’aperçois que je n’en ai pas et que la faculté de droit où je l’avais obtenu n’existe plus aujourd’hui.

Marie comme Lisa disent « qui z’ont » ou « qui z’avaient »). Je les corrige. Elles s’en agacent parfois. Je suis vraiment « casse-bonbon ». 
Lisa, interloquée, dit « what ? ». Quand elle veut marquer ou mimer la surprise, elle dit « what ? ».

Il faisait encore chaud ce jour-là. On dormait encore la fenêtre ouverte même si ça ne faisait pas une grande différence. Je suis assis face au jardin, j’entends une voix d’homme qui, en réponse à des cris d’enfant, s’exclame en Italien : « arrivo ! arrivo ! ». Cela vient d’un appartement de l’immeuble voisin. C’est étrange d’entendre des voix dans cet environnement résidentiel tellement policé où la vie est dissimulée dans des intérieurs, tout à l’opposé de l’exubérance sonore des habitats méditerranéens où les intérieurs sont inexorablement aspirés vers l’extérieur, vers les balcons, les pas de porte, les toits. Où l’indiscrétion est une vertu, et le sans gêne une philosophie. Sur cette photo, il ne fait pas moins chaud qu’en Grèce mais le soleil brûle à sec, si l’on peut dire, il n’a pas les mêmes vertus que là-bas où la proximité de la mer l’aromatise en quelque chose, lui instille un arrière-goût suave. Autant en Grèce je m’y abandonne (au soleil), autant ici je l’esquive, recherchant l’ombre comme samedi dernier dans le grand parc verdoyant où les filles et leur mère se sont une fois de plus livrées aux joies de l’accrobranche après avoir pique-niqué dans l’herbe.

Le vrai premier jour de l’année est en septembre, c’est le jour de la rentrée. Le premier janvier ne m’a jamais fait le même effet. C’est plus une convention, un faux plutôt qu’un vrai départ. Tandis que septembre, avec la fin de l’été, le recommencement des classes, marque la fin et le début d’une époque. Dans toute vie, le temps de l’école finit par passer mais les enfants, surtout les siens, le font revenir et avec lui le sentiment que les résolutions se prennent et les vœux se souhaitent en septembre plutôt qu’en janvier.

Lisa n’a pas ce genre de préoccupations. Elle prend le temps comme il vient et les moments comme ils se présentent. En famille, susurre-t-il, en famille, voir un film en famille, les uns sur les autres, mangeant avec les doigts au-dessus de la table basse du salon. L’école, la famille, voilà le programme. L’horloge égrène son tic-tac dans une atmosphère familiale. Ce n’est qu’un objet, de la décoration. Mais il lui faut des piles. Lisa aimerait bien que je fasse marcher l’horloge de sa chambre dont les piles sont déchargées depuis déjà plusieurs mois. Le tic-tac ne la dérange pas. Elle dort par tous les temps.