29 octobre 2010
28 octobre 2010
Obéliskos
"Le terme de pyramide n'est pas un mot égyptien, c'est un mot grec qui signifiait en Grèce petit pain. Et le terme obélisque est lui ausi un mot grec - obéliskos - signifiant tout simplement une brochette à rôtir les viandes, autrement dit ce qu'on appelle en grec moderne un souvlakis ! Voilà ce que les Grecs virent finalement de l'Egypte. Devant l'aspect colossal des monuments, ils réagirent par dérision , c'est-à-dire par l'incompréhension, en baptisant petits pains et brochettes l'architecture sacrée du pays ! "Notes de Jacques Lacarrière - extraits de "En cheminant avec Hérodote"
27 octobre 2010
Chat beauté chats d'alcôve
Marie raconte à Lisa une histoire pour dormir. Les chats dorment aussi, se disent-elles, ou plutôt, non, les chats ne dorment pas. Les chats sont des noctambules. La nuit, ils racontent eux aussi des histoires mais ce sont des histoires vraies qu’ils ont vécues vraiment. Il n’est pas une vie que les chats n’aient vécue. Et ils en font une histoire, la grande histoire, l’histoire de toutes les vies. Les chats ne dorment pas. A l’oreille des enfants, ils chuchotent cette histoire-là et les enfants s’endorment. Le matin, ils ont tout oublié et tout recommence comme si rien n’avait jamais été, comme s’il fallait tout revivre sans cesse, sans fin. Et la sagesse n’est pas d’avoir vécu mais de vivre encore. Aucune leçon ne sera jamais apprise. Lisa demande sa tétine, Marie s’éclipse et quand Lisa sera endormie, quand elle sera avec les chats, les prenant sur ses genoux, dormant avec eux, Marie reviendra prendre place à côté d’elle pour s’y endormir à son tour.
...le premier chat était noir, et l'autre roux et il y en avait un autre noir et blanc et le blanc sur lui, c'était comme si on avait versé sur lui de la crème léchée. Ca faisait des tâches comme sur les vaches...Le premier s'appelait Sirop comme le Sirop et le second Méli et le troisième Mélo...Tous les trois étaient inséparables et quand ils s'endormaient, ils se mélangeaient tant et si bien qu'on ne pouvait plus les distinguer, l'un avait une patte noire et l'autre rousse, l'autre une patte rousse et l'autre blanche et noire, et le dernier, le plus petit, l'une blanche et noire et l'autre noire...et quand ils se réveillaient, il leur fallait un bon moment avant de se retrouver tels qu'ils étaient la veille...
26 octobre 2010
23 octobre 2010
Petit pois
La maîtresse semblait désappointée. Lisa avait été enrôlée dans un cours particulier, en petits groupes, nous a-t-on dit, pour apprendre à ar-ti-cu-ler. Car Lisa n’a pas encore le Français dans le gosier, sous la langue. Elle le roule, l’enroule, le chuinte, l’esquinte. Petits hindou, asiatique, arabe, africain et autres ont également été inscrits au cours de rattrapage. Les maîtresses s’érigent en redresseuses de langues. Mais voilà qu’à la veille des vacances scolaires, l’horaire change : les cours auront toujours lieu deux fois par semaine, le mardi et le jeudi mais à sept heures cinquante le matin au lieu de treize heures. Sept heures cinquante ? La maîtresse avait épinglé sur la porte la liste des élèves qu’elle se proposait d’inscrire à ce cours. J’ai dit non, elle est restée interdite.
Pour les vacances de la Toussaint, les enfants repartent avec tous leurs cahiers dont une partie habituellement restait dans les casiers. Même Lisa s’en est retournée, chargée de livres et de tous ses dessins. Dans un grand sac blanc en tissu, trop grand pour elle puisque pendu à son cou, il lui tombe sur les pieds, elle trimballe un livre grand format emprunté à la bibliothèque, Chaque vendredi, il faut ramener le livre avec le sac, le remplacer par un autre. Comme c’est les vacances, la maîtresse a fourré dans le sac outre le livre de la bibliothèque, une aventure de Plume l’ourson blanc, tous les dessins réalisés pendant ce premier mois et demi de l’année. Il y a aussi un petit cahier où sont collés des photos imprimées de fruits et légumes avec leurs noms en légendes. C’est le cahier du cours de langue, du cours de rattrapage. Lisa s’en empare à peine rentrée à la maison et se met en peine de prononcer les noms de fruit, les noms de légume. Et la voilà qui se roule dans la langue Française comme on se roulerait par terre, sautant à langues jointes, Russe et Français entortillés l’un à l’autre, Malherbe et Pouchkine en tandem, par coups de glotte ici, coups de glotte là. Les deux mots qu’elle préfère sont « petit pois ». Elle a du mal avec « orange » d’où le « o » s’évade et où le « r » se roule, se racle. Même raclement pour « Concombre » avec l’intonation sur la dernière syllabe. « Tomate » ne pose pas trop de difficulté tandis que « fraise » et « raisin » souffrent tout deux du même « r » rugueux. Et puis, quand elle a fini, elle boutonne sa tétine sur sa bouche et s’en va sous les draps, rêver en Russe, parler en Russe, se taire en Français.
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