30 août 2007
Hurler à la vie
Marie est née en quarante minutes, Lisa en deux heures, la première à la suite d’une césarienne, la seconde naturellement et précipitamment.
J’étais là pour Marie, absent pour Lisa. J’étais en Grèce au moment où Lisa est venue au monde. On l’attendait pour la fin du mois mais elle était pressée. J’ai eu Lydia au téléphone juste avant et juste après. Marie dormait à mes côtés.
Quand Marie est née, c’est à moi qu’on a demandé de couper le cordon ombilical. Il y avait un petit attroupement autour de Marie qui n’avait pas encore crié. Je ne pouvais voir ce qu’il lui faisait. Lydia était dans une autre pièce, sous anesthésie. Tout est allé si vite. Les émotions ont filé au fil du rasoir.
Mais ce n’est pas cela, ces circonstances, toutes les mêmes d’une naissance à une autre, que seule rend unique le fait que c’est à nous que cela arrive, non, ce n’est pas cela qui passait comme une ombre sous mes yeux.
J’étais frappé par la chose la plus bête du monde. Et la plus stupéfiante. Je me disais: comment se peut-il qu’il n’y ait rien puis quelqu’un, le néant ou l’absence et soudain ce corps tout dégoulinant de sang et autres sécrétions, cette présence à laquelle on donne un nom à défaut de visage.
On me l’a mis entre les bras ce petit être rougeaud, criard, ce bloc de chair, aux traits de martyre, fossilisé dans la stupéfaction. C’était Marie. Et ce n’était pas encore Marie, la Marie d’aujourd’hui, quatre ans, petit bout de femme. C’était alors comme une sorte d’extra-terrestre, tombée du ciel ou surgie du chapeau d’un chirurgien-magicien.
Je n’étais pas là pour Lisa. J’ai été privé de sa naissance. Je l’ai trouvée déjà là mais c’en était pas moins mystérieux. Un nouveau tour de passe-passe: Lisa. On avait mis longtemps à tomber d’accord sur ce prénom. Alors que Marie était venue tout de suite.
Il n’y avait personne et maintenant, Lisa et Marie.
J’ai pensé que la mort procédait de la même mystification. D’une seconde à l’autre, l’anéantissement. On vous laisse un prénom et un nom pour se souvenir, pour les proches. On vous met en boîte et puis voilà, vous n’êtes plus. Et vous n’en saurez jamais rien.
C’est une pensée effrayante, dira-t-on, incongrue. Et pourquoi donc ? Cette pensée-là, au contraire, me rassurerait presque. C’est comme si, par ce parallèle, on tenait les deux bouts de son existence dans la main et que par là même, ce jeu d’apparition et de disparition perdait de son épaisseur dramatique. Je ne serai plus et je n’en saurai rien. C’est tout. De même que je n’avais pas demandé à vivre.
C’est même étonnant cette atmosphère recueillie qui règne dans une maternité. On dirait que derrière chaque porte un drame se joue. La nuit, le jour – mais la nuit, l’impression produite s’en trouve redoublée -, on entend des femmes hurler. Hurler à la vie. On voit passer des berceaux et des infirmières, on entend les premiers cris. Dans ces couloirs où chaque porte semble gardienne d’un abîme, on soupçonne que la vie et la mort se frôlent.
Ensuite, dans les jours, les semaines qui suivent la naissance, il est de rigueur d’exposer et de partager avec les siens des photos du nouveau-né. Les parents se transforment en paparazzis. Jamais on n’est autant photographié qu’aux premiers jours, premières semaines, premiers mois de son existence. Après, tout le monde s’habitue à vous. On vous connait. On vous a assez vu. Au mieux, vous servez de faire-valoir aux enfants nés après vous. Vous n’aurez plus droit au portrait, à l’intimité avec le ou la photographe, vous n’aurez plus droit qu’à la photo de famille, de groupe, de vacances, de bureau, voire de foule anonyme. A moins de devenir célèbre. Célèbre comme un nouveau-né.
J’étais là pour Marie, absent pour Lisa. J’étais en Grèce au moment où Lisa est venue au monde. On l’attendait pour la fin du mois mais elle était pressée. J’ai eu Lydia au téléphone juste avant et juste après. Marie dormait à mes côtés.
Quand Marie est née, c’est à moi qu’on a demandé de couper le cordon ombilical. Il y avait un petit attroupement autour de Marie qui n’avait pas encore crié. Je ne pouvais voir ce qu’il lui faisait. Lydia était dans une autre pièce, sous anesthésie. Tout est allé si vite. Les émotions ont filé au fil du rasoir.
Mais ce n’est pas cela, ces circonstances, toutes les mêmes d’une naissance à une autre, que seule rend unique le fait que c’est à nous que cela arrive, non, ce n’est pas cela qui passait comme une ombre sous mes yeux.
J’étais frappé par la chose la plus bête du monde. Et la plus stupéfiante. Je me disais: comment se peut-il qu’il n’y ait rien puis quelqu’un, le néant ou l’absence et soudain ce corps tout dégoulinant de sang et autres sécrétions, cette présence à laquelle on donne un nom à défaut de visage.
On me l’a mis entre les bras ce petit être rougeaud, criard, ce bloc de chair, aux traits de martyre, fossilisé dans la stupéfaction. C’était Marie. Et ce n’était pas encore Marie, la Marie d’aujourd’hui, quatre ans, petit bout de femme. C’était alors comme une sorte d’extra-terrestre, tombée du ciel ou surgie du chapeau d’un chirurgien-magicien.
Je n’étais pas là pour Lisa. J’ai été privé de sa naissance. Je l’ai trouvée déjà là mais c’en était pas moins mystérieux. Un nouveau tour de passe-passe: Lisa. On avait mis longtemps à tomber d’accord sur ce prénom. Alors que Marie était venue tout de suite.
Il n’y avait personne et maintenant, Lisa et Marie.
J’ai pensé que la mort procédait de la même mystification. D’une seconde à l’autre, l’anéantissement. On vous laisse un prénom et un nom pour se souvenir, pour les proches. On vous met en boîte et puis voilà, vous n’êtes plus. Et vous n’en saurez jamais rien.
C’est une pensée effrayante, dira-t-on, incongrue. Et pourquoi donc ? Cette pensée-là, au contraire, me rassurerait presque. C’est comme si, par ce parallèle, on tenait les deux bouts de son existence dans la main et que par là même, ce jeu d’apparition et de disparition perdait de son épaisseur dramatique. Je ne serai plus et je n’en saurai rien. C’est tout. De même que je n’avais pas demandé à vivre.
C’est même étonnant cette atmosphère recueillie qui règne dans une maternité. On dirait que derrière chaque porte un drame se joue. La nuit, le jour – mais la nuit, l’impression produite s’en trouve redoublée -, on entend des femmes hurler. Hurler à la vie. On voit passer des berceaux et des infirmières, on entend les premiers cris. Dans ces couloirs où chaque porte semble gardienne d’un abîme, on soupçonne que la vie et la mort se frôlent.
Ensuite, dans les jours, les semaines qui suivent la naissance, il est de rigueur d’exposer et de partager avec les siens des photos du nouveau-né. Les parents se transforment en paparazzis. Jamais on n’est autant photographié qu’aux premiers jours, premières semaines, premiers mois de son existence. Après, tout le monde s’habitue à vous. On vous connait. On vous a assez vu. Au mieux, vous servez de faire-valoir aux enfants nés après vous. Vous n’aurez plus droit au portrait, à l’intimité avec le ou la photographe, vous n’aurez plus droit qu’à la photo de famille, de groupe, de vacances, de bureau, voire de foule anonyme. A moins de devenir célèbre. Célèbre comme un nouveau-né.
29 août 2007
Vies personnelles
Le temps se gâte. L’été s’effiloche. Lisa n’est pas encore dans ses souliers. Après seulement quelques semaines d'existence extra-utérine, la vie est encore à ses yeux une entreprise sidérante. Le métabolisme n’est pas en place d’où crises de larmes à répétition, surtout en fins de journée. Pendant ce temps, Marie redécouvre ses marionnettes, oubliées depuis longtemps au fond d’un panier. Il y a la sorcière que barre une bouche-cicatrice. Il y a le roi à la barbe ballante à la commissure des lèvres et il y a le pierrot avec des grelots aux extrémités de son bicorne. L’école reprend lundi prochain.
Il y a quelques jours, je lisais ce qu’une mère en détresse, s’exprimant sur un blog, écrivait au sujet de sa «vie personnelle» sacrifiée sur l’autel de la vie de famille. C’est une drôle de chose qu’une vie personnelle. Dans le monde d’aujourd’hui où l’on est peut-être plus avare de son temps que des moyens de s’en acheter, on n’a que ce mot à la bouche. Nous avons soif de vies personnelles. C’est à dire d’être soi, d’être à soi, de s’appartenir, rejetant loin de soi tout ce qui autrement nous mettrait hors de soi. Pour autant, la vie n’est jamais si personnelle que lorsqu’elle est toute extérieure. Nos curiosités, nos intérêts, nos passions, tout est prétexte à des incursions, des détours ou de simples habitudes. Les enfants, ça rend évidement la vie personnelle moins personnelle. Les enfants sont là pour nous faire passer le goût de la vie personnelle. Ils nous en auront tellement fait passer le goût que plus tard, quand eux-mêmes en auront pris le goût, ils nous reprocheront sans vergogne de leur infliger ce qu’ils nous ont infligé.
Dans ce climat, habité par ces pensées, on se surprend, un soir, alors qu’on fait les cent pas dans la pénombre d’une chambre, guettant sur le visage de l’enfant les signes de sa capitulation dans les bras d’Orphée, on se surprend donc à regretter le temps où l’on était tout à soi, tout chargé de soi mais rien que de soi. Le temps où la vie allait tellement de soi qu’elle ne sortait jamais de son lit, un lit à ne partager avec personne, si ce n’est pour des plaisirs passagers. Il ne nous venait pas à l’esprit que les évidences puissent avoir une largeur de vie au-delà du cercle de soi. Si l’enfant ne dort pas, si les nuits sont hachées menu, si les cris ne cessent pas, s’il faut être sans cesse sur le qui-vive, aux aguets, s’il nous est demandé un dévouement auquel la vie moderne ne prépare pas, que les mœurs d’aujourd’hui répriment ou dénigrent, alors, on craque, on se demande si l’on a bien voulu tout cela, si tout cela n’est pas au dessus de nos forces, on se demande comment se sortir de ce guêpier, comment retrouver le goût de l’irresponsabilité d’une vie sans enfants, les plaisirs d’une existence egocentrique, la saveur des journées sans descendance et des nuits sans interférences.
Il y a quelques jours, je lisais ce qu’une mère en détresse, s’exprimant sur un blog, écrivait au sujet de sa «vie personnelle» sacrifiée sur l’autel de la vie de famille. C’est une drôle de chose qu’une vie personnelle. Dans le monde d’aujourd’hui où l’on est peut-être plus avare de son temps que des moyens de s’en acheter, on n’a que ce mot à la bouche. Nous avons soif de vies personnelles. C’est à dire d’être soi, d’être à soi, de s’appartenir, rejetant loin de soi tout ce qui autrement nous mettrait hors de soi. Pour autant, la vie n’est jamais si personnelle que lorsqu’elle est toute extérieure. Nos curiosités, nos intérêts, nos passions, tout est prétexte à des incursions, des détours ou de simples habitudes. Les enfants, ça rend évidement la vie personnelle moins personnelle. Les enfants sont là pour nous faire passer le goût de la vie personnelle. Ils nous en auront tellement fait passer le goût que plus tard, quand eux-mêmes en auront pris le goût, ils nous reprocheront sans vergogne de leur infliger ce qu’ils nous ont infligé.
Dans ce climat, habité par ces pensées, on se surprend, un soir, alors qu’on fait les cent pas dans la pénombre d’une chambre, guettant sur le visage de l’enfant les signes de sa capitulation dans les bras d’Orphée, on se surprend donc à regretter le temps où l’on était tout à soi, tout chargé de soi mais rien que de soi. Le temps où la vie allait tellement de soi qu’elle ne sortait jamais de son lit, un lit à ne partager avec personne, si ce n’est pour des plaisirs passagers. Il ne nous venait pas à l’esprit que les évidences puissent avoir une largeur de vie au-delà du cercle de soi. Si l’enfant ne dort pas, si les nuits sont hachées menu, si les cris ne cessent pas, s’il faut être sans cesse sur le qui-vive, aux aguets, s’il nous est demandé un dévouement auquel la vie moderne ne prépare pas, que les mœurs d’aujourd’hui répriment ou dénigrent, alors, on craque, on se demande si l’on a bien voulu tout cela, si tout cela n’est pas au dessus de nos forces, on se demande comment se sortir de ce guêpier, comment retrouver le goût de l’irresponsabilité d’une vie sans enfants, les plaisirs d’une existence egocentrique, la saveur des journées sans descendance et des nuits sans interférences.
Et puis, soudain, à la manière du reptile, l’enfant ouvre les yeux et vous dévisage avec tout le sérieux de son âge. Il n’a aucune idée de ce que vous êtes. Il n’a aucune idée tout court et aucune image et aucune légende à glisser sous les images. Vos murmures ne sont que caresses et quand il sourit, vous savez pertinemment qu’il ne peut encore être question de sourires mais de grimaces avec un vague air de famille avec la famille des sourires. Parmi les familiers, il y a le sourire de l’ironie. L’ironie que l’on ressent en entendant les mots «vie personnelle». Vous n’avez désormais aucune explication et aucun alibi. Vous n’avez renoncé à rien et rien ne vous empêche mais le langage a changé et les mots en sont quitte avec les récriminations du dieu individu. Il faut pour être s’oublier, se mettre en trois, quatre, selon les enfants, il faut s’effacer sous sa descendance et trouver en soi les ressorts d’une vie élargie à d’autres feux. C’est à ce prix que la vie aura le sien. L’enfant a souri, oui, vous en êtes maintenant certain: il a souri et il a même ajouté dans un murmure: «papa, connais toi-même!»
28 août 2007
23 août 2007
Leçons d’anatomie
A quoi servent les pieds quand on ne marche pas encore ? A pédaler dans les draps et faire la crevette qui pète, hoquète et ronchonne.
A quoi servent les mains quand on ne marche pas encore sur les mains ? A compter ses têtées sur les doigts de sa mère.
A quoi sert le nez quand on ne sait pas se moucher ? A loucher pour ne pas le perdre de vue.
A quoi servent les yeux quand ce que l’on voit n’a ni nom ni d’adresse ? A osciller comme un pendule entre ce qui bouge et ce qui ne bouge pas, à voir son nez au milieu de la figure et à en chercher le bout.
A quoi servent les cheveux quand la vie est encore chauve ? A faire le nid pour les mains vagabondes de sa soeur.
A quoi servent les joues quand les baisers sont encore volatiles, superflues ? A s’accouder sur les épaules, à prendre des airs de hibou mal léché, taciturne et sourcilleux, à s'époumoner comme un trompettiste dans les seins de sa mère.
A quoi sert le cœur quand il tambourine à peine ? A faire battre celui de ses parents.
22 août 2007
Pochemou
Quelqu’un m’a dit, je ne sais plus qui, que le monde se divisait entre ceux qui demandaient pourquoi et ceux qui demandaient comment.
Ceux qui s’intéressent au comment des choses seraient les adeptes du mode d’emploi, les sectateurs de l’utile, les thuriféraires de la débrouille.
Ceux qui ne s’intéressent qu’au pourquoi des choses ne seraient que de doux rêveurs, des funambules de la perplexité, des chercheurs d’embrouille and in fine des affabulateurs.
En d’autres mots, quand les uns font avec, les autres cherchent au-delà. Quand les uns sont terre-à-terre, les autres ont la tête ailleurs. Les uns sont techniciens, artisans, ingénieurs, médecins, scientifiques; les autres sont poètes, philosophes, théologiens, cartomanciens, paumés ou fumistes ou tout cela à la fois. Les uns ont un métier; les autres une vocation. Fourmi d’un côté, cigale de l’autre.
Cependant, ce clivage n'apparaît pas tout de suite. Il y a toujours, forcément, un temps, dans la tendre enfance, où le pourquoi parade en tête de toutes les interrogations. Même ceux qui plus tard ne jureront que par le «comment» doivent en passer par là et mettre d'abord des "pourquoi" à leur "comment". Pourquoi ceci, pourquoi cela. Un pourquoi de tous les instants qui ne laisse rien au hasard ou à l’évidence, taraudé par l'impatience et le soupçon que quelque chose se trame qu'on ne veut pas nous dire, qui se passe dans notre dos et qu'il faut élucider coûte que coûte. Un pourquoi hypnotique, mécanique, qui ne laisse rien exister sans cause, rien dire sans raison, rien faire sans mobile: à ce train, le passé est la cause de l'avenir, le présent le mobile du passé et l'avenir la raison du présent. Un pourquoi aboyeur, surgissant à la moindre alerte, vigilant comme un cerbère, qui ne se lasse pas de réponses, qui surmonte toutes les déceptions des réponses toute faites, irréfléchies. Répondre «parce que c’est comme ça» ou «je ne sais pas» ne fait pas l’affaire mais Marie ne se résigne pas, elle fait une pause puis rebondit vers d’autres «pourquoi», tous aussi désarmants les uns que les autres.
Quand donc se produit le basculement vers la résignation ou l’indifférence ? Quand donc la curiosité s’émousse-t-elle et justement: pourquoi ? Peut-être à cause des réponses qui n’en sont pas ou si rarement, qui, en tout cas, ne font jamais un sort définitif aux questions posées. Il y a sans doute d’autres manières, moins candides et moins abruptes, de s’étonner, de questionner le monde et d’interroger autrui. Cela s’appelle les bonnes manières. Alors, on se tourne vers les «comment ça marche», camouflés sous des airs désinvoltes, faux-cul ou fautifs. On se demande comment s’y faire une place dans ce monde, comment s’y abriter ou s’en protéger, comment s’y plonger corps et âme ou s’en défaire. Sous la surface, les "pourquoi" n’ont pas disparu, n'ont pas capitulé; les "comment" sont plus fragiles et moins débonnaires qu’il n’y paraît à première vue. Et il n’y a sans doute pas de différences profondes entre ces deux lignes de vie. Elles s’entremêlent, s'entrecoupent. Demander comment, c’est aussi une manière de demander son chemin qui est aussi une manière de répondre à un pourquoi. Demander pourquoi, c’est aussi demander comment, ne serait-ce que comment cela se fait-il ?
En Russe, «pourquoi» se dit «pochemou». C’est comme ça qu’on surnomme Marie ces derniers temps. Son monde semble osciller entre trois pôles: maman, papa et pourquoi. Pendant ce temps, sa petite sœur ne se pose visiblement aucune question même s’il lui arrive de prendre des poses à la shopenhauer, quasi-condescendante vis-à-vis de parents aux préoccupations si futiles. Un matin, nous l’avons trouvée ainsi, prosternée devant le dieu Sommeil, les doigts de pieds en éventail, couvant sans doute tous les «pourquoi» et les «comment» qu’elle nous servira d’ici quelques années. Et nous nous ferons alors un plaisir de l’aiguiller sur Marie qui saura alors à son tour comme il est difficile de répondre. Et de ne pas répondre.
21 août 2007
20 août 2007
17 août 2007
Dialogue

- - Papa, tu as une grenouille sur ta bouche…
- Je ne vois rien..
- Maintenant, elle est sur ton nez…
- Marie, laisse-moi, je dors encore…
- Papa !
- (….)
- Papa !
- Oui !
- Tu t’appelles comment ?
- Papa.
- Non, tu t’appelles Nénuphar.
- (…)
- je te dis que tu t’appelles Nénuphar !
- (…)
- Papa, tu t’appelle Nénuphar.
- C’est qui, Nénuphar…
- C’est toi.
- Moi ? Non, je m’appelle Papa.
- Non, Nénuphar.
- Et toi ?
- Moi, je m’appelle…Boubou.
- Boubou ?
- Oui, Boubou (grand éclat de rires)
- Marie, il est trop tôt encore pour se réveiller…
- (silence)
- Papa !
- Quoi encore ! Dors maintenant !
- Papa, je veux faire pipi…
- (Papa se lève, prend Marie par la main, l’entraîne dans les toilettes)
- Papa !
- Hm..
- Pourquoi le crocodile, il a mangé le canard…elle était où, sa maman ?
- La maman de qui ?
- Du canard..
- Elle était…elle était dans un parc, elle mangeait du pain…
- Du pain ?
- Oui.
- Qu’est-ce qu’elle faisait dans un parc ?
- Elle mangeait du pain.
- Qui lui donnait du pain ?
- Toi.
- Moi ? (haussant les sourcils)
- Oui, toi.
- Le crocodile, il était aussi dans le parc…
- Euh…non
- Pourquoi ?
- Parce que les crocodiles ne vivent pas dans les parcs, ils vivent dans les zoos ou bien dans des pays où il fait très chaud, très loin d’ici…
- Très loin d’ici ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce qu’ils aiment la chaleur, ils aiment quand il fait chaud.
- Alors pourquoi il a mangé le canard ? Parce qu’il avait chaud !
- (silence)
- Papa, je n’aime pas les crocodiles…
- Moi non plus…
- J’aime beaucoup les canards. Est-ce qu’on va aller leur donner du pain ?
- Oui, mais d’abord, il faut dormir…
- Je ne suis pas fatiguée..
- Eh, bien moi, oui…
- (papa et marie, de nouveau dans le lit)
- Papa, pourquoi les crocodiles, ils ne mangent pas du pain ?
Melina et Nutella
Melina est née à Orsay le 14 août. Le même jour mais quelques heures plus tôt (vers 4h30 du matin) et dans la même commune, les policiers de la brigade anticriminalité du commissariat de Palaiseau aperçoivent deux jeunes "individus", âgés de 15 et 16 ans, "défavorablement connus" de leurs services, selon l'expression consacrée.
L'horaire très matinal de leur promenade et le fait qu'ils portent un sac attirent l'attention des policiers, qui jugent leur attitude "suspecte". Les fonctionnaires demandent donc aux deux jeunes de s'arrêter et exigent qu'ils leur présentent le contenu du sac. Bonne pioche : les policiers découvrent un ordinateur portable, un appareil photo numérique, deux téléphones portables, un paquet de cigarettes et... un pot de Nutella. Des objets que les deux adolescents viennent de voler dans un pavillon quelques instants plus tôt.
Profitant du sommeil des occupants, les deux cambrioleurs s'étaient glissés par une porte-fenêtre restée ouverte. Là, ils avaient trouvé un sac qu'ils avaient rapidement rempli d'objets précieux, potentiellement intéressants à revendre. Mais l'appât du gain s'était aussi doublé d'une certaine gourmandise : à la vue d'un pot de Nutella. Le plus jeune des cambrioleurs n'avait pu se réfréner et avait glissé dans le sac l'objet du désir et du délit dont le slogan publicitaire est "Nutella, votre complice au quotidien."
Sous de tels auspices, Melina ne pourra qu’être complice. Ce qui explique le pyjama à rayures sur la photo.
16 août 2007
15 août 2007
Narreux

Aujourd’hui, les Varsoviens s’attroupent le long de l’avenue Ujazdowskie pour voir leurs soldats défiler. Ils célèbrent la victoire de la Pologne sur l’armée Russe le 15 août 1920. A la tête de leurs divisions victorieuses, le Général Josef Pilzudski, héros national qui ainsi préserva l’indépendance de la Pologne acquise seulement deux ans plus tôt après trois siècles d’éclipse. Cette bataille fut sans doute décisive au-delà du seul cas de la Pologne. Une défaite polonaise aurait probablement permis aux troupes conduites par le général Toukhatchevski de se répandre à travers les territoires de l’ex-Empire Austro-hongrois et d’étendre les mailles du bolchévisme sur une grande partie de l’Europe ce qui, de fait, se réalisera vingt cinq années plus tard.
Un capitaine de l’armée Française a participé à la bataille de la Vistule. Dès janvier 1919, il fut affecté à sa demande au corps armé composé de volontaires et emmené par le général polonais Joseph Haller, transfuge de l'armée autrichienne. Petite ossature (quatre divisions) de l'armée du gouvernement de Varsovie, cette armée avait été mise sur pied pour faire face à la menace bolchevique. Le future Général de Gaulle participe notamment à la reprise de Hrubischow. Au retour à Varsovie de l'armée polonaise qui a repoussé l'Armée Rouge, il est nommé chef du cabinet du général Niessel et est décoré de la plus haute distinction polonaise, la Virtuti Militari. La campagne de Pologne lui a permis d’affiner par l’observation ses conceptions militaires. Pas de tranchées, pas de front: cette campagne n’a rien à voir avec la guerre qu'il a vécue cinq ans auparavant:
Trois années auparavant, de Gaulle eut pour compagnon de captivité celui-là même qui fut défait par les Polonais aux abords de la Vistule, le Général Toukhatchevski. Ce dernier réussit à s’évader en 1917 et lorsque la guerre civile éclate et que Trotski organise l'Armée rouge des ouvriers et des paysans, il se voit confié, alors qu’il n’a que vingt-cinq ans, le commandement de la première Armée. Quatre années durant, il assumera tous les commandements contre les contre-offensives des Russes blancs menées par Koltchak, Miller, Denikine ou Wrangel, toujours avec succès. Battu seulement par Pilzudski, il devient un héros de la guerre civile et poursuit son ascension une fois la paix revenue. Connu, apprécié, admiré dans le monde entier, c’est à lui que l’Armée rouge doit sa réputation en 1936.
Un an plus tard, à Moscou, sept hommes sont traînés par des policiers jusqu’au milieu d’une cour après deux semaines d'interrogatoires poussés qui les ont considérablement amochés. Hier, ces hommes étaient parmi les plus hauts dignitaires de l'Armée rouge et parmi eux, se trouve le maréchal Toukhatchevski, quarante quatre ans. Dans quelques instants, par ordre de Staline, il va mourir. Son crime ? Infraction au devoir militaire, trahison envers la patrie, trahison envers les peuples de l'URSS, trahison envers l'Armée rouge ouvrière et paysanne. C’est ce que dit Radio Moscou. A l'audience du tribunal judiciaire spécial, après lecture de l'acte d’accusation, le maréchal Toukhatchevski lancera aux juges : « Vous n'avez pas rêvé cela, par hasard?»
Le général Iakir, l’un de ses compagnons d’infortune, après lecture de la sentence, écrivit à Staline : «Je suis un loyal soldat, dévoué au parti, à État, au peuple. Toute ma vie consciente s'est écoulée dans un travail honnête, plein d'abnégation, sous les yeux du parti et de ses dirigeants. Je suis honnête dans chacune de mes paroles. Je mourrai en prononçant des paroles d'amour pour vous, pour le parti et pour le pays, avec une foi inébranlable en la victoire du communisme». Dans la marge, Staline se contente de noter « Scélérat et prostitué ».
La mort des sept chefs de l'armée ne constitue que le premier épisode d'une gigantesque purge militaire dont seront victimes trois maréchaux sur cinq, soixante-quinze des quatre-vingts membres du Conseil supérieur de la guerre ; treize sur quinze des commandants d'armée, trente-cinq mille officiers soit la moitié de l'encadrement de l'Armée rouge.
En décembre 1936, un certain Skobline rend visite à Berlin à Reinhard Heydrich, l'adjoint d'Himmler à la tête de la Gestapo. Skobline est officiellement général de l'armée blanche commandée par le général Miller, président de l'Organisation mondiale des militaires russes émigrés, son adjoint en l'occurrence. Par anticommunisme, Skobline travaille pour les Allemands qui le paient grassement. Ce jour-là, Skobline révèle au Nazi un double complot: les hauts militaires allemands voudraient renverser Hitler cependant que leurs homologues soviétiques voudraient se débarrasser de Staline. D'ailleurs, les uns et les autres sont en relation secrète et lui, Skobline, peut en apporter la preuve.
Le lendemain, Heydrich tire les conclusions de cet entretien : « Correctement utilisée, cette information pourrait porter au haut commandement de l'Armée rouge un coup dont il ne se remettrait sans doute pas avant de longues années. En ce qui concerne le Grand Etat-Major allemand, elle nous aiderait à éliminer des éléments qui, en son sein, demeurent hostiles au national-socialisme ». Le 24 décembre 1936, la décision est prise dans le bureau de Hitler : l'on va fabriquer un dossier démontrant les agissements délictueux de Toukhatchevski et l'on va s'arranger pour que Staline - par un moyen ou un autre – en soit informé. Nul doute que le maître du Kremlin, convaincu de la trahison du maréchal, n'hésitera pas à le liquider, supprimant ainsi le militaire le plus talentueux de toutes les Russies.
Des lettres de Toukhatchevski sont volées au ministère des Armées. On fait appel aux services d’un faussaire particulièrement habile, imitant à la perfection la signature du maréchal soviétique. Le plan consiste à produire suffisamment de documents prouvant que Toukhatchevski avec d’autres conspirent avec les généraux de l'Allemagne Nazie pour prendre le pouvoir dans leurs pays respectifs. Quelques jours plus tard, le vrai-faux dossier comprend quelque trente-deux pages auxquelles on a ajouté, pour faire bonne mesure, une photo de Trotski entouré de fonctionnaires allemands. Communiquer ledit dossier aux Soviétiques par le truchement d'un vrai-faux traître allemand n'est plus qu'un jeu d'enfant.
Les Allemands exultent sans se rendre compte qu’ils ont été bernés. Car le Russe blanc Skobline est en réalité un agent soviétique depuis 1930. Et s'il est venu voir Heydrich, c'est sur ordre de Staline. A la même époque, il livre son supérieur russe blanc, le général Miller au NKVD. Miller, emmené au Havre, embarqué sur un cargo soviétique, se retrouvera à Moscou. Là, interrogé, jugé, il sera finalement abattu.
Toukhatchevski tombe donc victime d'une double machination. Il n’était en désaccord avec Staline que sur un point : les relations avec l'Allemagne hitlérienne. Tout comme le Général Josef Pilzudski, le maréchal penchait pour une guerre préventive contre le régime nazi, avec l'aide des Anglais et des Français. Tout comme le Général Josef Pilzudski, il ne fut entendu ni des uns ni des autres. Or Staline songeait déjà sérieusement à une entente avec Hitler. Avant Hitler, le maréchal avait sollicité et obtenu l'aide de spécialistes allemands pour l'organisation de l'Armée rouge. Ensuite, parce que - par un juste retour d'ascenseur - il a permis à la Reichswehr d'entraîner ses unités blindés et son aviation en URSS, toutes choses interdites aux Allemands par le traité de Versailles. Le tribunal qui le condamne l’accuse justement d'intelligence avec l'Allemagne.
Le Général Josef Pilzudski que de Gaulle admirait avait préconisé une guerre préventive contre Hitler dès 1933. Il alla jusqu'à soumettre un plan en trois points qui resta sans réponse ce qui l’amena, en désespoir de cause, à négocier avec l’Allemagne Nazie et la Russie Bolchévique des traités qui ne sauvèrent pas son pays. Il mourut en 1935.
Quatre-vingt sept ans après la bataille de la Vistule, tout cela semble bien loin sans doute aux badauds qui s’ébrouent dans l’avenue Ujazdowskie et prennent des photos de leurs bambins juchés sur des chars dernier cri. Le Maréchal Josef Pilzudski a sa statue qui jouxte le palais présidentiel où deux jumeaux se partagent les rênes du pouvoir. Que sait-on de la Pologne ? Josef Pilzudski, tout comme de Gaulle, aimait profondément son pays mais se méfiait de ceux qui l'habitaient. icI, un pays saigné à blanc qui n’a pas encore traversé l’ombre de son passé. Là-bas, la Russie qui retourne à ses vieux démons sur fond de corruption, de violence urbaine, de haine de soi et des autres. Pas grand-chose à voir avec tous ces généraux du passé, héros ou victimes, pris dans des engrenages et machinations.
Aujourd’hui, j’ai appris de Christophe le mot «narreux». Ce mot serait wallon ou lorrain. Il ne figure pas au dictionnaire. Est narreux par exemple quelqu'un qui ne boit pas dans le même verre qu’un autre, qui fait le dégoûté. Ce mot désigne aussi des personnes ayant aisément le coeur au bord des lèvres. Par exemple, cet extrait de presse où il est dit que la municipalité de Charleroi offre à ses administrés des sachets (opaques pour les narreux) leur permettant de ramasser les déjections de leurs chiens. Les chevaux sont tous narreux, ils ne boivent pas après les autres animaux. L’histoire ne dit pas si l’humanité ne ferait pas mieux d’imiter ses montures, d'être narreuse à l’endroit du vingtième siècle et de refuser à jamais de boire de cette eau-là, dans ce verre-là.
Trois années auparavant, de Gaulle eut pour compagnon de captivité celui-là même qui fut défait par les Polonais aux abords de la Vistule, le Général Toukhatchevski. Ce dernier réussit à s’évader en 1917 et lorsque la guerre civile éclate et que Trotski organise l'Armée rouge des ouvriers et des paysans, il se voit confié, alors qu’il n’a que vingt-cinq ans, le commandement de la première Armée. Quatre années durant, il assumera tous les commandements contre les contre-offensives des Russes blancs menées par Koltchak, Miller, Denikine ou Wrangel, toujours avec succès. Battu seulement par Pilzudski, il devient un héros de la guerre civile et poursuit son ascension une fois la paix revenue. Connu, apprécié, admiré dans le monde entier, c’est à lui que l’Armée rouge doit sa réputation en 1936.
Un an plus tard, à Moscou, sept hommes sont traînés par des policiers jusqu’au milieu d’une cour après deux semaines d'interrogatoires poussés qui les ont considérablement amochés. Hier, ces hommes étaient parmi les plus hauts dignitaires de l'Armée rouge et parmi eux, se trouve le maréchal Toukhatchevski, quarante quatre ans. Dans quelques instants, par ordre de Staline, il va mourir. Son crime ? Infraction au devoir militaire, trahison envers la patrie, trahison envers les peuples de l'URSS, trahison envers l'Armée rouge ouvrière et paysanne. C’est ce que dit Radio Moscou. A l'audience du tribunal judiciaire spécial, après lecture de l'acte d’accusation, le maréchal Toukhatchevski lancera aux juges : « Vous n'avez pas rêvé cela, par hasard?»
Le général Iakir, l’un de ses compagnons d’infortune, après lecture de la sentence, écrivit à Staline : «Je suis un loyal soldat, dévoué au parti, à État, au peuple. Toute ma vie consciente s'est écoulée dans un travail honnête, plein d'abnégation, sous les yeux du parti et de ses dirigeants. Je suis honnête dans chacune de mes paroles. Je mourrai en prononçant des paroles d'amour pour vous, pour le parti et pour le pays, avec une foi inébranlable en la victoire du communisme». Dans la marge, Staline se contente de noter « Scélérat et prostitué ».
La mort des sept chefs de l'armée ne constitue que le premier épisode d'une gigantesque purge militaire dont seront victimes trois maréchaux sur cinq, soixante-quinze des quatre-vingts membres du Conseil supérieur de la guerre ; treize sur quinze des commandants d'armée, trente-cinq mille officiers soit la moitié de l'encadrement de l'Armée rouge.
En décembre 1936, un certain Skobline rend visite à Berlin à Reinhard Heydrich, l'adjoint d'Himmler à la tête de la Gestapo. Skobline est officiellement général de l'armée blanche commandée par le général Miller, président de l'Organisation mondiale des militaires russes émigrés, son adjoint en l'occurrence. Par anticommunisme, Skobline travaille pour les Allemands qui le paient grassement. Ce jour-là, Skobline révèle au Nazi un double complot: les hauts militaires allemands voudraient renverser Hitler cependant que leurs homologues soviétiques voudraient se débarrasser de Staline. D'ailleurs, les uns et les autres sont en relation secrète et lui, Skobline, peut en apporter la preuve.
Le lendemain, Heydrich tire les conclusions de cet entretien : « Correctement utilisée, cette information pourrait porter au haut commandement de l'Armée rouge un coup dont il ne se remettrait sans doute pas avant de longues années. En ce qui concerne le Grand Etat-Major allemand, elle nous aiderait à éliminer des éléments qui, en son sein, demeurent hostiles au national-socialisme ». Le 24 décembre 1936, la décision est prise dans le bureau de Hitler : l'on va fabriquer un dossier démontrant les agissements délictueux de Toukhatchevski et l'on va s'arranger pour que Staline - par un moyen ou un autre – en soit informé. Nul doute que le maître du Kremlin, convaincu de la trahison du maréchal, n'hésitera pas à le liquider, supprimant ainsi le militaire le plus talentueux de toutes les Russies.
Des lettres de Toukhatchevski sont volées au ministère des Armées. On fait appel aux services d’un faussaire particulièrement habile, imitant à la perfection la signature du maréchal soviétique. Le plan consiste à produire suffisamment de documents prouvant que Toukhatchevski avec d’autres conspirent avec les généraux de l'Allemagne Nazie pour prendre le pouvoir dans leurs pays respectifs. Quelques jours plus tard, le vrai-faux dossier comprend quelque trente-deux pages auxquelles on a ajouté, pour faire bonne mesure, une photo de Trotski entouré de fonctionnaires allemands. Communiquer ledit dossier aux Soviétiques par le truchement d'un vrai-faux traître allemand n'est plus qu'un jeu d'enfant.
Les Allemands exultent sans se rendre compte qu’ils ont été bernés. Car le Russe blanc Skobline est en réalité un agent soviétique depuis 1930. Et s'il est venu voir Heydrich, c'est sur ordre de Staline. A la même époque, il livre son supérieur russe blanc, le général Miller au NKVD. Miller, emmené au Havre, embarqué sur un cargo soviétique, se retrouvera à Moscou. Là, interrogé, jugé, il sera finalement abattu.
Toukhatchevski tombe donc victime d'une double machination. Il n’était en désaccord avec Staline que sur un point : les relations avec l'Allemagne hitlérienne. Tout comme le Général Josef Pilzudski, le maréchal penchait pour une guerre préventive contre le régime nazi, avec l'aide des Anglais et des Français. Tout comme le Général Josef Pilzudski, il ne fut entendu ni des uns ni des autres. Or Staline songeait déjà sérieusement à une entente avec Hitler. Avant Hitler, le maréchal avait sollicité et obtenu l'aide de spécialistes allemands pour l'organisation de l'Armée rouge. Ensuite, parce que - par un juste retour d'ascenseur - il a permis à la Reichswehr d'entraîner ses unités blindés et son aviation en URSS, toutes choses interdites aux Allemands par le traité de Versailles. Le tribunal qui le condamne l’accuse justement d'intelligence avec l'Allemagne.
Le Général Josef Pilzudski que de Gaulle admirait avait préconisé une guerre préventive contre Hitler dès 1933. Il alla jusqu'à soumettre un plan en trois points qui resta sans réponse ce qui l’amena, en désespoir de cause, à négocier avec l’Allemagne Nazie et la Russie Bolchévique des traités qui ne sauvèrent pas son pays. Il mourut en 1935.
Quatre-vingt sept ans après la bataille de la Vistule, tout cela semble bien loin sans doute aux badauds qui s’ébrouent dans l’avenue Ujazdowskie et prennent des photos de leurs bambins juchés sur des chars dernier cri. Le Maréchal Josef Pilzudski a sa statue qui jouxte le palais présidentiel où deux jumeaux se partagent les rênes du pouvoir. Que sait-on de la Pologne ? Josef Pilzudski, tout comme de Gaulle, aimait profondément son pays mais se méfiait de ceux qui l'habitaient. icI, un pays saigné à blanc qui n’a pas encore traversé l’ombre de son passé. Là-bas, la Russie qui retourne à ses vieux démons sur fond de corruption, de violence urbaine, de haine de soi et des autres. Pas grand-chose à voir avec tous ces généraux du passé, héros ou victimes, pris dans des engrenages et machinations.
Aujourd’hui, j’ai appris de Christophe le mot «narreux». Ce mot serait wallon ou lorrain. Il ne figure pas au dictionnaire. Est narreux par exemple quelqu'un qui ne boit pas dans le même verre qu’un autre, qui fait le dégoûté. Ce mot désigne aussi des personnes ayant aisément le coeur au bord des lèvres. Par exemple, cet extrait de presse où il est dit que la municipalité de Charleroi offre à ses administrés des sachets (opaques pour les narreux) leur permettant de ramasser les déjections de leurs chiens. Les chevaux sont tous narreux, ils ne boivent pas après les autres animaux. L’histoire ne dit pas si l’humanité ne ferait pas mieux d’imiter ses montures, d'être narreuse à l’endroit du vingtième siècle et de refuser à jamais de boire de cette eau-là, dans ce verre-là.
Melina
Une dépêche AFP nous apprend à l’instant la naissance de Melina à 18:45 ce mardi 14 août à Orsay. Isabelle, sa maman, et Christophe, son papa, se portent bien. Plus de details dans les prochaines heures. Et surtout des photos.
13 août 2007
10 août 2007
Escargots d'automne
Bientôt la mi-août et déjà un bout d’automne pointe le nez dans le feuillage des tilleuls et des châtaigners le long de l’avenue Ujazdowskie. Un coup de patte rousse à la pointe des feuilles, côté rue, comme à la parade. A quelques kilomètres d’ici, sous le ciel et les plafonds, imprévisible, Lisa ouvre les yeux sur le monde, des yeux bleu foncé d’un sérieux confondant. Toutes mes grimaces la sidèrent. A peine l’ombre d’un sourire, ses muscles zygomatiques sont encore engourdies dans la nuit fœtale. Son crâne est de forme oblongue avec des mèches qui semblent toutes plantées sur la nuque et courir jusque sur le front, dans le style napoléonien. Ca lui donne un air bougon. On a remarqué depuis avant-hier que leur couleur tendait à s’éclaircir: sera-t-elle blonde elle aussi ?
La nuit dernière fut paisible, comparée à la précédente. Souvent, la nuit, je passe d’un lit à l’autre, Marie réclamant sa mère mais devant finalement se contenter de son père dont les pieds pendent hors du lit. Olga nous a rejoints dimanche dernier. Elle a sa chambre dans le grenier. Le soleil va et vient entre les averses, sans se mouiller. Le jardin crépite de criquets bondissants et la nuit venue, de grillons. L’herbe est desséchée, clairsemée. Nous n’en prenons pas soin. Tout juste si on la coupe de temps à autre. La tondeuse est brinquebalante et ne tiendra pas jusqu’aux premières neiges.
Marie a récemment découvert qu’il y avait des vieux parmi nous. Les vieux, ce sont des gens qui ne voient pas clair et dont la main tremble. Elle aime bien que je fasse le vieux. On va au fond du jardin. Il y a là un coin de jardin, calfeutré sous un prunier qui produit des quetsches, délimité par un grillage et bordé de buissons de groseilles. Sous cette voûte naturelle, je dois faire le vieux, plisser les yeux et tendre les deux mains devant moi comme un somnambule qui voudrait s’emparer d’un fantôme. Marie dans le rôle du fantôme s’esclaffe et pousse des cris de sioux puis elle s’enfuit en me frôlant, dans un éclat de rire moqueur. Maintenant, quand nous nous croisons, nous nous saluons d’un «ave», la main sur la tranche, à l’oblique, au dessus de la tête. Indiens et romains se mélangent. Le jardin en grouille.
Ni Dieda (grand-père en Russe) ni mamie (grand-mère en Français) ne sont vieux. C’est Marie qui le dit. Les vieux, c’est autre chose. D’abord, ils passent à la télévision. On les voit munis de cannes, répondant aux questions de journalistes affolés, en quête du vaccin ultime: après celui de la grippe, le vaccin contre la mort. Il arrive que Marie décrète que tel «pauvre» animal est mort. Par exemple, cet escargot décroché d’une feuille de prunier – les escargots ont pris de drôles de postures depuis que Marie en fait l’élevage - et mort accidentellement sur la table d’opération du jardin, écrasé sous le poids de sa coquille.
Quand donc commence l’âge tragique quand il faut répondre de sa vie ? Marie ne se retourne jamais. Ni devant, ni derrière elle. Elle porte sa coquille avec tout le naturel de l’enfance et enfourche des chevaux imaginaires qui volent au-dessus de la mêlée des vieux et des escargots poussifs. Pégase est son idole du moment. L’escargot s’appelle Oscar. S’appelait.
Mais les vieux ne veulent pas mourir. Assis sur les bancs publics, feuilletant des magazines télé, ils regardent, attendris, les enfants jouer dans les bacs à sable. Bientôt, quand Marie sera vieille, qu’elle aura sa canne, ses tremblements, ses fourmis dans les jambes et sa coquille trop lourde à porter, peut-être que la vieillesse alors sera éternelle. On ne mourra plus et on ne cessera jamais de vieillir.
La nuit dernière fut paisible, comparée à la précédente. Souvent, la nuit, je passe d’un lit à l’autre, Marie réclamant sa mère mais devant finalement se contenter de son père dont les pieds pendent hors du lit. Olga nous a rejoints dimanche dernier. Elle a sa chambre dans le grenier. Le soleil va et vient entre les averses, sans se mouiller. Le jardin crépite de criquets bondissants et la nuit venue, de grillons. L’herbe est desséchée, clairsemée. Nous n’en prenons pas soin. Tout juste si on la coupe de temps à autre. La tondeuse est brinquebalante et ne tiendra pas jusqu’aux premières neiges.
Marie a récemment découvert qu’il y avait des vieux parmi nous. Les vieux, ce sont des gens qui ne voient pas clair et dont la main tremble. Elle aime bien que je fasse le vieux. On va au fond du jardin. Il y a là un coin de jardin, calfeutré sous un prunier qui produit des quetsches, délimité par un grillage et bordé de buissons de groseilles. Sous cette voûte naturelle, je dois faire le vieux, plisser les yeux et tendre les deux mains devant moi comme un somnambule qui voudrait s’emparer d’un fantôme. Marie dans le rôle du fantôme s’esclaffe et pousse des cris de sioux puis elle s’enfuit en me frôlant, dans un éclat de rire moqueur. Maintenant, quand nous nous croisons, nous nous saluons d’un «ave», la main sur la tranche, à l’oblique, au dessus de la tête. Indiens et romains se mélangent. Le jardin en grouille.
Ni Dieda (grand-père en Russe) ni mamie (grand-mère en Français) ne sont vieux. C’est Marie qui le dit. Les vieux, c’est autre chose. D’abord, ils passent à la télévision. On les voit munis de cannes, répondant aux questions de journalistes affolés, en quête du vaccin ultime: après celui de la grippe, le vaccin contre la mort. Il arrive que Marie décrète que tel «pauvre» animal est mort. Par exemple, cet escargot décroché d’une feuille de prunier – les escargots ont pris de drôles de postures depuis que Marie en fait l’élevage - et mort accidentellement sur la table d’opération du jardin, écrasé sous le poids de sa coquille.
Quand donc commence l’âge tragique quand il faut répondre de sa vie ? Marie ne se retourne jamais. Ni devant, ni derrière elle. Elle porte sa coquille avec tout le naturel de l’enfance et enfourche des chevaux imaginaires qui volent au-dessus de la mêlée des vieux et des escargots poussifs. Pégase est son idole du moment. L’escargot s’appelle Oscar. S’appelait.
Mais les vieux ne veulent pas mourir. Assis sur les bancs publics, feuilletant des magazines télé, ils regardent, attendris, les enfants jouer dans les bacs à sable. Bientôt, quand Marie sera vieille, qu’elle aura sa canne, ses tremblements, ses fourmis dans les jambes et sa coquille trop lourde à porter, peut-être que la vieillesse alors sera éternelle. On ne mourra plus et on ne cessera jamais de vieillir.
06 août 2007
Premiers rôles
Avec l’arrivée de Lisa, les yeux bandés dans son berceau de plexiglas irradié de rayons bleues, je me demandais comment j’allais faire pour en aimer une autre après Marie. Avant Marie, je me demandais par quel miracle l’amour d’un enfant nous vient. Dans nos vies, jusqu’à la paternité ou maternité, il y a deux sortes d’amour, l’amour filial d’abord, l’amour tout court ensuite. L’amour envers ses parents est si évident qu’on le néglige; parfois, on s'en repent trop tard. L’amour tout court est si peu évident et tellement à conquérir qu’il faut souvent moins de temps pour le déclarer que de temps pour qu’il se fasse connaître pour ce qu’il est vraiment. C’est pour cela qu’on en change parfois, voire souvent. Evidemment, il existe toute sorte d’amours périphériques dont certaines peuvent prendre une place si grande qu’elles n’ont finalement rien de périphérique. Par exemple, l’amour fraternel ou l’amitié.
Mais l’amour d’un enfant, c’est tout autre chose. L’amour y précède en quelque sorte l’existence car en face de soi, il n’y a que le miroir de deux yeux sans couleur, sans visage, sans corps ou presque. Tout ce que l’on ressent alors est animal, rien n’est très conscient, tout se joue sous la surface et dans la difficulté à traverser des émotions qui, très vite, presque à la hâte, façonnent en soi une autre personne faite de l’adulte soudain contraint de se retourner sur lui-même et de l’enfant que nous étions. C’est comme s’il nous était demandé des comptes sur ce que nous sommes devenus, sur ce que nous avons accompli, sur ce que nous sommes désormais capables d’offrir. Dans les yeux de l’enfant, on trouve la confiance qui nous manquait en même temps qu’on se prend à craindre de ne pas la mériter. Mais on n’a pas le temps de douter, il faut se jeter à corps perdu dans une entreprise qui exige de soi des certitudes.
Songeant à tout cela, je me demande bien à quelle sorte de réalité une formule comme «l’amour du prochain» peut bien se rapporter. Le cœur humain ne va pas au-delà des proches. Au delà commencent la politique et la morale. Aimer tout le monde, c’est n’aimer personne. En amour, il n’y a rien d’universel. Ce qui compte, c’est le particulier, c’est à dire le hasard, la rencontre. Combien de personnes que je ne croiserai jamais pour combien de personnes croisées pour combien de personnes rencontrées pour combien de personnes aimées ? Aimer ce prochain que je ne rencontrerai jamais, ce ne peut pas être aimer. Cela relève de la conscience. Et la conscience se nourrit de généralités.
Evidemment, on ne rencontre pas ses parents pas plus que ses enfants; on ne choisit ni les uns ni les autres. Mais l’amour se contrefout de la liberté. Il n’est pas moderne. Il n’est ni contre, ni pour. On ne peut le mettre au service d’aucune cause, religieuse ou politique. Le hasard des rencontres et des naissances lui suffit pour donner toute sa mesure. Il n’aspire pas davantage à la sainteté. Il est à lui seul notre condition humaine mais une condition à rien qui ne puisse nous racheter de tout le mal que nous pourrions commettre avec ou sans lui. Pour être parfaitement moderne, pour aimer le progrès, la justice et l’humanité, il faudrait renoncer à l’amour. Mais sans amour, il n’y a pas d’humanité.
Par ailleurs, aucun d’entre nous ne peut échapper à ce jeu du chat et de la souris entre soi et soi où la figure d’autrui n’est jamais le véritable enjeu. Dans ses enfants, on guette la ressemblance et en fin de compte, à travers eux, on cherche à se survivre, on s’offre un gage d’immortalité. L’amour n’est jamais désintéressé. Quand il prétend l’être, cela donne justement, entre autres figures rhétoriques, l’amour du prochain. Cela donne de grandes causes qui prétendent nous sauver de nous-mêmes et dont on ne ressort pas toujours indemme.
Dans le monde réel, l’amour est peut-être la seule chose qui nous sauve de nous-mêmes mais il ne le fait qu’au cas par cas, dans l’intimité de chacun. Parce qu’aimer n’est jamais qu’apprendre à aimer, une épreuve sans au-delà mais où jamais aucune preuve n’est définitive, où jamais aucun sacrifice n’est suffisant. Il n’y a pas d’amour heureux, dit-on. Parce qu’en creux, l’amour dessine une carte où rôdent la mort, l’angoisse de la mort, l’angoisse face à la perte, face aux déceptions et aux trahisons. Aimer, c’est la seule façon de ressentir que l’on va mourir.
Mais l’amour d’un enfant, c’est tout autre chose. L’amour y précède en quelque sorte l’existence car en face de soi, il n’y a que le miroir de deux yeux sans couleur, sans visage, sans corps ou presque. Tout ce que l’on ressent alors est animal, rien n’est très conscient, tout se joue sous la surface et dans la difficulté à traverser des émotions qui, très vite, presque à la hâte, façonnent en soi une autre personne faite de l’adulte soudain contraint de se retourner sur lui-même et de l’enfant que nous étions. C’est comme s’il nous était demandé des comptes sur ce que nous sommes devenus, sur ce que nous avons accompli, sur ce que nous sommes désormais capables d’offrir. Dans les yeux de l’enfant, on trouve la confiance qui nous manquait en même temps qu’on se prend à craindre de ne pas la mériter. Mais on n’a pas le temps de douter, il faut se jeter à corps perdu dans une entreprise qui exige de soi des certitudes.
Songeant à tout cela, je me demande bien à quelle sorte de réalité une formule comme «l’amour du prochain» peut bien se rapporter. Le cœur humain ne va pas au-delà des proches. Au delà commencent la politique et la morale. Aimer tout le monde, c’est n’aimer personne. En amour, il n’y a rien d’universel. Ce qui compte, c’est le particulier, c’est à dire le hasard, la rencontre. Combien de personnes que je ne croiserai jamais pour combien de personnes croisées pour combien de personnes rencontrées pour combien de personnes aimées ? Aimer ce prochain que je ne rencontrerai jamais, ce ne peut pas être aimer. Cela relève de la conscience. Et la conscience se nourrit de généralités.
Evidemment, on ne rencontre pas ses parents pas plus que ses enfants; on ne choisit ni les uns ni les autres. Mais l’amour se contrefout de la liberté. Il n’est pas moderne. Il n’est ni contre, ni pour. On ne peut le mettre au service d’aucune cause, religieuse ou politique. Le hasard des rencontres et des naissances lui suffit pour donner toute sa mesure. Il n’aspire pas davantage à la sainteté. Il est à lui seul notre condition humaine mais une condition à rien qui ne puisse nous racheter de tout le mal que nous pourrions commettre avec ou sans lui. Pour être parfaitement moderne, pour aimer le progrès, la justice et l’humanité, il faudrait renoncer à l’amour. Mais sans amour, il n’y a pas d’humanité.
Par ailleurs, aucun d’entre nous ne peut échapper à ce jeu du chat et de la souris entre soi et soi où la figure d’autrui n’est jamais le véritable enjeu. Dans ses enfants, on guette la ressemblance et en fin de compte, à travers eux, on cherche à se survivre, on s’offre un gage d’immortalité. L’amour n’est jamais désintéressé. Quand il prétend l’être, cela donne justement, entre autres figures rhétoriques, l’amour du prochain. Cela donne de grandes causes qui prétendent nous sauver de nous-mêmes et dont on ne ressort pas toujours indemme.
Dans le monde réel, l’amour est peut-être la seule chose qui nous sauve de nous-mêmes mais il ne le fait qu’au cas par cas, dans l’intimité de chacun. Parce qu’aimer n’est jamais qu’apprendre à aimer, une épreuve sans au-delà mais où jamais aucune preuve n’est définitive, où jamais aucun sacrifice n’est suffisant. Il n’y a pas d’amour heureux, dit-on. Parce qu’en creux, l’amour dessine une carte où rôdent la mort, l’angoisse de la mort, l’angoisse face à la perte, face aux déceptions et aux trahisons. Aimer, c’est la seule façon de ressentir que l’on va mourir.
Avec l’arrivée de Lisa, je me demande comment en aimer une autre après Marie. Peut-on ainsi faire de la place à l’une sans en priver l’autre ? Peut-on étendre indéfiniment ce territoire en soi qui paraissait n’être ni divisible ni extensible ? Sans doute, on le peut. Cela se passe tout naturellement. Lisa se fera une place, Marie gardera la sienne; elles seront différentes et l’une comme l’autre souveraines en un royaume où tous les rôles sont des premiers rôles.
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