La salle de classe était vide, avec des couvertures par terre et une lumière bleutée qui venait de je ne sais où. Dans la cour de récréation, un instituteur qui surveillait un groupe d’élèves m’a indiqué le chemin de l’infirmerie. A l’infirmerie, l’infirmière et la doctoresse ont cru que j’étais le papa d’une fillette qui se trouvait là, souffrante, mais qui n’était pas Marie. L’infirmière m’a demandé d’attendre dans le corridor pendant qu’elle s’enquérait de la maîtresse qui déjeûnait dans la salle des maîtres. La maîtresse est venue jusqu’à moi m’expliquer que Marie avait vomi peu avant l’heure du déjeûner et qu’elle devrait en ce moment être à la cantine ou bien dans la salle de repos où les enfants font leur sieste. De là où nous étions, on pouvait voir des silhouettes s’animer tout au bout du long couloir qui longeait le gymnase . Je retournai à la salle de classe. Des bambins y déambulaient en file indienne, tout juste rentrés de la cantine. Les filles, quant à elles, étaient déjà aux toilettes, les unes aux lavabos, d’autres que je ne pouvais voir de là où je me trouvais, dans les cabines. Marie était dans une cabine d’après ce que je compris de l’une des jeunes femmes qui s’occupaient des fillettes. C’était l’heure du pipi avant la sieste. Celles qui en avaient fini avec les cabinets étaient sagement assises sous les porte-manteaux, les unes contre les autres. Ma présence les intriguait. L’une d’entre elles comprit que j’étais là pour Marie et elle m’indiqua les toilettes d'un geste impérieux. L’une des deux assistantes interpela Marie qui se trouvait encore sur son pot - je ne pouvais la voir – et lui demanda si elle avait fini. J’entendis venant de l’intérieur un «oui» timide, mal assuré. Quand elle me vit, elle courut vers moi et tomba dans mes bras. Elle était toute pâlichonne mais ne semblait pas trop affaiblie ou fiévreuse. A la place de la jupe en laine qu’elle avait ce matin quand nous l’avions déposée à l’école, elle portait à présent un survêtement gris avec une capuche que je ne lui avais jamais vu. Elle semblait un peu étourdie mais bien contente de quitter l’école. Je lui enfilai anorak, bonnet et chaussures. Les autres enfants lui dirent ‘au revoir Marie’, tous en choeur. En sortant de l’école, Marie me dit qu’elle n’avait pas aimé pas la soupe qu’on leur avait servie à la cantine. Nous avons pris la voiture mais arrivé devant la maison, je me suis rendu compte que je n’avais pas les clés sur moi. C’est Lydia qui les avait; je l’ai appelée. Nous reprîmes la voiture jusqu’au bureau. Lydia s’était postée juste derrière la lourde porte d’entrée de l’immeuble de manière à ce que Marie ne la voie pas. Je pris les clés et apportai à Lydia robe de soirée, chaussures et autres effets pour la soirée de Noël qui avait lieu le soir même. Nous avions prévu de nous changer chez Natalya tandis que Galina aurait gardé et couchée Marie. Mais maintenant, il n’était plus question pour moi de se rendre à cette soirée. J’essayai de convaincre Lydia que le mieux était que je reste avec Marie pendant qu'elle irait seule a la soirée mais elle ne fut pas convaincue. Nous reportâmes cette discussion à plus tard. Je refis avec Marie le trajet jusqu’à la maison. Elle ne voulut rien manger, protesta mais mollement quand je la mis à dormir. Elle dormit jusqu’à six heures. Il fut alors convenu que je resterai avec elle; Lydia irait seule à la soirée de Noël. Maintenant, il est prés de minuit. Marie dort. Quand l’infirmière a appelé, vers midi moins le quart, mon coeur s’est arrêté de battre. J’avais pris l’appel, au milieu d’une conversation de travail. Pendant quelques secondes, une bouffée de panique. Maintenant, Marie dort. Pendant toute la soirée, elle a été un ange. Maintenant que je suis remonté dans le grenier, je me rends compte que j’ai oublié mon complet dans la voiture. La soirée de Noël doit battre son plein. Ce fut une journée moins ordinaire que d’ordinaire. Il n’y a pas de photo pour cette journée. Alors, j’ai choisi celle-ci, prise il y a une semaine.