25 août 2006
Beaucoup
Le verbe “aimer” voyage mal si accompagné. Tout superlatif qui serait tenté de le majorer, de l’enfler, de le démultiplier, le ruine en fait. “Aimer beaucoup”, c’est aimer moins. Il faut “aimer” tout court, sans autre qualificatif, sans autre emballage que le contenu. Au-delà commencent les ratiocinations, les récriminations, les hesitations. Même “aimer toujours” est douteux tandis qu’”aimer encore” n’est plus qu’aimer du bout des lèvres, presque par charité. Mais du point de vue de Marie, en pleine phase d’initiation à la linguistique, cet axiome ne tient pas. L’adverbe “beaucoup” sonne si joliment à ses oreilles et promet tant d’abondance qu’elle s’en gargarise à tout venant. Elle veut “beaucoup” de glace, “beaucoup” de pâte”, s’extasie devant “beaucoup” de pâte à modeler, desire me voir “taper dessus” “beaucoup” de moustiques, s’étonne du “beaucoup” de jus d’orange dans mon verre comparé au peu de jus d’orange dans le sien, etc. “Beaucoup”, c’est la promesse de ne pas manquer, c’est un spectable qui va au delà de ses appétits. Elle ne mangera pas toutes les pâtes dans son assiette mais elle n’en mangera pas du tout s’il n’y en a pas beaucoup, d’office. C’est pourquoi le soir, avant de la basculer dans son lit à barreaux, quand je lui parle doucement à l’oreille, je sais qu’un “papa et maman t’aiment” ne sera pas compris tandis qu’en le saupoudrant d’un “beaucoup’, elle s’endormira sur ses deux oreilles, le coeur rassasié.
24 août 2006
18 août 2006
16 août 2006
Manies
J’observe à quel point Marie est maniaque de la symétrie et des angles droits. Cette serviette de plage qui se gondole et se tortille sans cesse et qui ne recouvre pas parfaitement le dossier du transat, cela suscite une irritation chez elle qui, ceci dit en passant, finit presque toujours par provoquer la mienne puisque cette obssession peut aller jusqu’à exiger que je me lève et change de place suivant le caprice du vent. Cette manie de l’ordre est, du reste, moins évidente quand il s’agit de (1) sauter à pieds joints dans une flaque d’eau, si possible agrémentée de boue (2) répandre et incruster de la pâte à modeler un peu partout, tables basses, parquets et rebords de fenêtres, voire narines dans les mauvais jours; (3) verser de l’eau dans toute sorte de recipients puis en répandre sur toutes les surfaces disponibles, au gré des multiples transvasements. Les éléments liquide, coloré et mou sont sa passion. Une passion dévorante. Pour le reste, c’est à dire le dur, le droit, l'incolore, elle est très raisonnable. Peut-être que nous oublions par la suite qu'à la racine de notre complexion, il y a ces jeux de matière.
15 août 2006
Marie et sa mer
Cet été, Marie s’est baignée presque tous les jours. La mer est de ses amies, dispensatrice de vagues et remous dits ‘limonade” (quand on brasse l’eau sous la surface de façon à la faire mousser du bas vers le haut), pourvoyeuse de bateaux, espèce animale située entre le nuage et la baleine. Parfois, des nuages justement tombent en haute mer et se transforment en poissons; certains s’allongent en espadons, d’autre enflent en baleines; enfin, d’autres se dispersent en friture. On en voit quelques specimens, à la lisière de l’eau, il suffit de s’accroupir, ils sont comme transparents, on ne peut pas les attraper. Des brassards enfilés jusqu’aux aisselles, Marie a découvert une loi de la physique – comment de l’air, emballé dans du platisque, devient sur l’eau coussin d’air - qui lui a fait entrevoir de nouveaux espaces. Nous avons nagé jusqu’aux bouées qui délimitent la zone au delà de laquelle commence l’infini où seuls se hasardent les bateaux, encore eux, les planches à voile, les skieurs nautiques et, au dessus, les vols long courrrier. Sur la photo, Marie et son chapeau cloche, tournés vers cet infini. On ne voit pas les jambes qui pédalent, les mains jointes, comme appuyées à une balustrade, et de temps à autre, les pieds qui remontent à la surface pour un nouveau tour de ‘limonade’14 août 2006
Marie a 3 ans (suite)

Iftikia (en bout de table), son fils Panos (dit le ‘petit Panos’ à sa droite), Maria (à sa gauche, l’épouse de Panos dit le ‘grand Panos’ qu’on ne voit pas sur la photo), Maria (à la gauche de la précédente Maria), ma mère (à la gauche des deux Maria), Marie et son papa (en rouge) de l’autre côté de la table
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