17 juillet 2006

Coups de soleil

Le bonheur est superstitieux: il ne dit ni ne donne jamais son nom de sorte que toutes les photos ne sont jamais que des photos d’identités multiples. Un rayon de soleil tisse ensemble une mère et son enfant. Le destin est tout entier dans cet arrêt sur image, ce déjà-plus d’un déjà-vu.

13 juillet 2006

le spectacle de l'enfance

Il faut toute une vie pour savoir. Et savoir que l’on ne saura jamais. Parfois cependant, la vie devient parfaitement plane et tangible; ce n’est jamais parce qu’on l’a voulu, parce qu’on s’y est attelé comme à un travail de force. Le monde des idées, des connaissances, des concepts ne communiquent que des idées, des connaissances, des concepts tandis qu’un paysage, un chant, une sensation, un parfum, une reminiscence, cela oui, un instant nous élève au-dessus de l’obscurité coutumière. Tout devient clair, transparent sans qu’une seule parole puisse être prononcée sans aussitôt compromettre ce jaillissement. Depuis la naissance de Marie, j’apprends à devenir un autre moi qui, dans les yeux de l’enfant, voit et tient ensemble le passé, le présent et l’avenir tout à la fois. Les paroles, ici aussi, disent peu et mal. Chaque jour, des scènes de tous les jours où Marie fait corps avec ce que la vie a d’animal et de spontané. La pensée y est sans arrière-pensée, toute en malice et transparence; tout se joue dans l’immédiat et l’espèrance se limite à des reports, à des promesses d’une heure à l’autre, d’un jour à l’autre; seule source de contrariété, l’expérience des limites: que tout a une fin, que tout n’est pas permis et/ou possible (la marge entre “permis” et “possible” faisant l’objet d’apprentissages plus complexes que toute une existence n’épuise pas). Je crois que ce sont là, les trois paramètres qui résument bien ces trois premières années. Je l’observe (elle est toujours en mouvement), je l’écoute (elle est bavarde) et j’essaie de pressentir qui elle deviendra, sachant pourtant en quoi un enfant est en quelque sorte d’une autre espèce que l’espèce adulte, un être dont on ne sait plus rien, ou si peu, quand on a cessé de l’être, d’où sans doute ce long ressentiment qui nous tourmente à la puberté et ne nous quitte jamais vraiment jusqu’à ce nouveau spectacle de l’enfance, celui de nos propres enfants.

Oui papa

Hier soir, parce que j’asperge d’eau ses cheveux (la journée fut torride), Marie pleurniche, bouche bée, yeux clos. Je lui demande: “pourquoi ? Ca te fait mal ?“Oui, papa”, répond-elle sentencieusement, voix basse, yeux battus. “Tu as peur de l’eau ?” “Oui, papa” sur le même ton, les yeux encore plus battus. Et ces deux “oui, papa”, l’un après l’autre, me firent mesurer tout l’espace qui s’était ouvert en moi depuis que j’étais ce papa. Ensuite, une petite histoire avant de se coucher. Puis, à califourchon sur mes genoux où, ensemble, à voix basse, je résume une journée de nos vies et lui donne une apercu de celle à venir. Jamais elle n'est aussi attentive que dans ces moments-là, parfois elle répète après moi, comme pour se convaincre que tout cela va bien arriver ou a bien eu lieu. Une fois dans le lit, allongée sur le ventre, elle ne consentira à fermer les yeux que lorsque que je lui aurai donné la main. Nous resterons longtemps ainsi, moi sur le bord du sofa, elle couchée sur le ventre, la tête de mon côté. Elle ne desserrera l’étreinte qu’une fois enformie. Parfois, plus longtemps encore.