
Marie s’est endormie après un bain qui s’est quelque peu éternisé. De la fenêtre du grenier, la fenêtre du voisin d’en face qui donne sur un pièce éclairée par une plafonnière. Tous nos voisins sont des gens discrets, effacés. Presque tous les Polonais semblent ainsi. Ils semblent ne jamais parler qu’à voix basse, qu’à mots couverts. Rarement un mot monte plus haut qu’un autre. Il est difficile de s’en approcher et ils s’approchent rarement les uns des autres. Il sont farouches, un peu frustres, un rien fantasques. Il leur manque la civilité des peuples assurés de leur destin. On les devine tourmentés, on les dit travailleurs, on les trouve fatalistes. Ne connaissant pas la langue, je n’ai jamais percé et percerai jamais le mystère de leurs conversations. Que se disent-ils ? De quoi parlent-ils ? De nous trois, seule Marie s’est quelque peu imbibée de leurs vocables chuintantes. Dans les jardins d’enfants, elle ne fait pas comme nous la sourde oreille. Elle se pique au jeu et de temps à autre, décoche des salves qui semblent avoir un sens pour ses partenaires d’un instant. Il est même déjà arrivé qu’elle me fournisse les sous-titres d’une conversation de toboggan qui consiste essentiellement à s’échanger des amabilités du genre : « pousse-toi de là que je m’y mette ! ». Plus tard peut-être éprouvera-t-elle de la curiosité pour ce pays qui l’aura vu naître. En attendant, le voisin a éteint la lumière. Et je vais en faire de même.





