
Les saisons donnent l’illusion d’un temps immobile où tout sera inéluctablement amené à se répéter. C’est rassurant. Quand on a perdu tout repère, il reste encore cela, dans les conversations quand il faut parler, dans le ciel quand y manque la foi, dans les arbres ou à leurs pieds quand il s’agit de l’automne. L’automne est, après l’été et le printemps, la saison que je préfère. L’euphorie estivale retombée, le printemps passant désormais pour une chimère et l’hiver se profilant comme une fatalité, l’automne est la saison la plus nette, la plus sonore, la plus terre à terre. L’air y semble plus pur, surtout par temps dégagé comme aujourd'hui. La clarté cette fois vient de la terre, de la terre, de sous nos pieds, de dessous ces cartes froissées, tombées du ciel. On se sent en paix, désenchanté mais sans drame et sans complaisance, contemplatif mais sans langueur, pensif mais sans nausée. Peut-être que l’année devrait commencer sur ce mode-là au lieu de s’ouvrir au milieu de la nuit des cieux et des sens. Un peu comme si l’on naissait convalescent de quelque maladie obscure. Marie qui en est à son quatrième automne a passé l’après-midi d’aujourd’hui à consulter les cartes tombées du noyer. Hier encore, elle croyait que le mot « prénom » servait à désigner l’affichette où la maîtresse avait inscrit «Marie» de sorte que lorsqu’on lui demandait quel était son prénom, elle répondait invariablement : « mon prénom, il est à l’école.» Aujourd'hui, elle cherche à connaître celui de chaque feuille, quitte ensuite à établir des listes de présence.
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