Les beaux jours sont bien loin. Par nos latitudes, l’automne n’est qu’une demi-saison. A peine quelques jours, le temps de soulever les jupes des bois et de napper de larmes de caramel les trottoirs et jardins publics. Notre noyer n’a pas encore capitulé mais il suffira d’un souffle pour éteindre l’incendie et le répandre à ses pieds, dans les fourches de nos travaux d’automne. Marie ne se fait pas à l’école ou si peu. Il aura suffi de quelques jours, le temps de soigner un rhum, une toux pour qu’elle s’en déshabitue et fasse la moue puis la pluie de retour au seuil de la salle de classe. Elle nous rapporte encore si peu d’impressions de son séjour à l’école que nous en restons quelque peu sur notre faim. Les trois derniers jours ont été particulièrement pénibles. Elle semble tenir rancune à sa mère de ne tout simplement pas être là, quand elle l’appelle du fond de son gouffre scolaire.
C’est souvent moi qui l’aide à franchir le palier du couloir à la salle de classe. Aujourd’hui, il m’a fallu faire un detour, la prendre dans les bras et la promener alentour, lui murmurer des choses comme lors des premiers jours où elle ne pouvait se consoler d’un chagrin déjà existentiel mais aux origines prénatales. Entrevoyant la cour de récréation, elle a quitté les larmes pour des mots plus secs, puis des questions à propos des dessins qui tapissent les murs des couloirs et leurs auteurs derrière les portes déjà closes des classes voisines. Les feuilles mortes reviennent comme un leitmotiv, tantôt sous forme d’empreintes spongieuses, tantôt à couteaux tirés, les nervures arquées à se rompre. J’ai pu enfin la laisser dans les bras de la maîtresse qui venait de me dire qu’hier, oui, ça s’est un peu mieux passé qu’avant-hier où elle avait beaucoup pleuré mais que tout de même, hier aussi, elle réclamait sa maman, son papa tout le temps. Sa maman justement m’attendait dans le couloir. Nous avons filé jusqu’à nos bureaux respectifs mais tous les deux, nous en avions un peu gros sur le coeur.
Demain, c’est samedi, l’école est fermée et notre petite maître-chanteuse retrouvera sans doute son empire, sa verve et son allant. Le lundi sera loin mais plus l’hiver: on nous l’annonce qui vient, à pas feutrés, glissant sous les feuilles pour souffler la bougie des beaux jours et givrer pare-brise, carreaux de classes et brins d’herbe.
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