Jusqu’à vendredi dernier, Lisa n’avait rien connu d’autre que la chambre Koralowa dont la fenêtre donne sur un monastère. Du résultat d’un test sanguin dépendait son entrée dans le monde, hors de cette chambre étroite aux murs jaunes. Il y eut d’abord une jaunisse justement, traitée à la lampe bleue, puis une infection repérée dans le sang maternel, dès après l’accouchement mais dont nous ne fûmes avertis qu’en deuxième semaine alors que la jaunisse s'estompait. Le temps alors devînt long. Neuf jours sous penicilline. On attendait les résultats d’un test sanguin pour confirmer la présence de l’infection. Mais la pédiatre en chef, contredisant en ceci les propos de la pédiatre qui suivait Lisa, fit savoir que les résultats que nous attendions était ceux d’un test pratiqué sur l’enfant, non la mère. Le temps nous semblait de plus en plus long. Lydia, cloîtrée, alternait les moments de confiance retrouvée et d’angoisse: tout cela ne cachait-il pas quelque chose de grave ?
De la fenêtre de la chambre, on pouvait lire au fronton du monastère ces trois mots de Latin: “parva sed apta”. Il s’agit d’un vers d’Horace, Horace encore, un Epicurien qui crut en l’immortalité ce qui explique peut-être que l’Eglise tout comme Hollywood ne se prive pas de le citer. Ici, l’invitation n’est pas tant à jouir du temps présent qu’à savoir se contenter d’une demeure modeste (ce vers qui, dans sa version intégrale, se lit “parva sed apta mihi” signifie littéralement “elle est petite mais elle me convient”). A vrai dire, notre chambre jaune semblait mieux assortie que le monastère à l’esprit de ce vers. On devinait un jardin ou une cour plantée de quelques arbres surplombant le mur d’enceinte avec d’autres bâtiments derrière. Ceci dit, on peut supposer que les cellules des nonnes étaient de proportion aussi modeste que les chambres d’hôpital qui leur faisaient vis-à-vis.
En fait de chambres et de clergé, cela m’a rappelé ce roman de Gaston Leroux, “le mystère de la chambre jaune”, publié il y a exactement cent ans, et dans lequel une phrase qui, semble-t-il, fit les délices des surréalistes dans les années vingt, sert de code secret au fameux détective Rouletabille. Cette phrase, la voici: “Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat.” Que l'assassin l'ait écrite est une clé secrète du roman. Comment l’assassin a-t-il pu entrer dans une chambre fermée de l’intérieur ? Voilà l’énigme que le detective Rouletabille va résoudre sans recourir à la magie, au fantasque, au féérique, simplement par le bon sens.
La porte de notre chambre jaune n’était jamais fermée à clé. D’ailleurs, il n’y avait pas de clé sur la porte et il suffisait de prononcer le mot magique de “koralowa” pour que le gardien ou la gardienne – selon les jours – laisse passer les visiteurs. Lydia attendait que je sois présent pour prendre une douche. Au cas où des voleurs d’enfants chercheraient à s’emparer de notre trésor. Le seul mystère résidait finalement tout entier dans le sang de Lisa et jeudi matin, nous avons finalement appris qu’il était indemme de tout sortilège. Et vendredi, Lisa a enfin fait connaissance avec le grand air, le ciel bleu, le noyer de notre jardin et les murs blancs de sa chambre.
De la fenêtre de la chambre, on pouvait lire au fronton du monastère ces trois mots de Latin: “parva sed apta”. Il s’agit d’un vers d’Horace, Horace encore, un Epicurien qui crut en l’immortalité ce qui explique peut-être que l’Eglise tout comme Hollywood ne se prive pas de le citer. Ici, l’invitation n’est pas tant à jouir du temps présent qu’à savoir se contenter d’une demeure modeste (ce vers qui, dans sa version intégrale, se lit “parva sed apta mihi” signifie littéralement “elle est petite mais elle me convient”). A vrai dire, notre chambre jaune semblait mieux assortie que le monastère à l’esprit de ce vers. On devinait un jardin ou une cour plantée de quelques arbres surplombant le mur d’enceinte avec d’autres bâtiments derrière. Ceci dit, on peut supposer que les cellules des nonnes étaient de proportion aussi modeste que les chambres d’hôpital qui leur faisaient vis-à-vis.
En fait de chambres et de clergé, cela m’a rappelé ce roman de Gaston Leroux, “le mystère de la chambre jaune”, publié il y a exactement cent ans, et dans lequel une phrase qui, semble-t-il, fit les délices des surréalistes dans les années vingt, sert de code secret au fameux détective Rouletabille. Cette phrase, la voici: “Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat.” Que l'assassin l'ait écrite est une clé secrète du roman. Comment l’assassin a-t-il pu entrer dans une chambre fermée de l’intérieur ? Voilà l’énigme que le detective Rouletabille va résoudre sans recourir à la magie, au fantasque, au féérique, simplement par le bon sens.
La porte de notre chambre jaune n’était jamais fermée à clé. D’ailleurs, il n’y avait pas de clé sur la porte et il suffisait de prononcer le mot magique de “koralowa” pour que le gardien ou la gardienne – selon les jours – laisse passer les visiteurs. Lydia attendait que je sois présent pour prendre une douche. Au cas où des voleurs d’enfants chercheraient à s’emparer de notre trésor. Le seul mystère résidait finalement tout entier dans le sang de Lisa et jeudi matin, nous avons finalement appris qu’il était indemme de tout sortilège. Et vendredi, Lisa a enfin fait connaissance avec le grand air, le ciel bleu, le noyer de notre jardin et les murs blancs de sa chambre.
Au fait, à la suite de Lisa, la chambre jaune vient de recevoir la visite de Max (photo ci-dessus), né de Floriane et Knut, ce 27 juillet.
