J’ai, sur la liste de contacts de mon portable,
autant de prénoms féminins que celui de Casanova aurait probablement contenus,
si les portables avaient existé de son temps. Ce sont les prénoms des amies de
Marie sous lesquels j'enregistre les numéros de portable de leurs parents
dont je ne connais pas les prénoms.
J’ai acheté pour Marie un sac à bandoulière dans
des coloris qu’Olga et Lydia ont jugé proches de ceux employés en Ouzbékistan pour
les vêtements comme pour les sacs et autres accessoires. La vendeuse a essayé
de me faire acheter une chaussette porte portable. « Elle n’a pas encore
de portable » lui ai-je fait observer. Elle a souri. Peut-être à cause du « pas
encore ».
Deux bouteilles sur une table basse en
plastique vert. Vides l’une et l’autre. Les enfants sont dix mètres plus loin,
en deux files de part et d’autre de la table de jardin. Martin, le seul garçon
de l’assemblée, prend les choses en main. Non seulement il est le premier à s’élancer
vers les bouteilles pour vider son verre dans celle assignée à son équipe mais
quand c’est au tour de ses coéquipières, il les accompagne jusqu’aux bouteilles
pour les exhorter à verser le maximum d’eau dans la bouteille. Son équipe l’emporte.
Lisa qui voulait participer a été écartée. Elle pleure dans son coin. Lydia la
console comme elle peut. Quand tous les enfants seront partis, ce sera son tour
de prendre un verre et de le vider dans une des deux bouteilles et puis de
recommencer jusqu’à ce qu’elle ait gagné. Elle joue toute seule mais ce n’est
pas grave. J’avais promis de jouer avec elle dimanche, le lendemain, mais
dimanche, il pleuvait ; c’était au ciel de remplir verres et bouteilles, c’est
lui qui a gagné et en attendant qu’il ait gagné, levé les bras plus haut qu’au
ciel, on est allé au cinéma voir « L'âge de glace 4 ».
Ils étaient onze, autant que de joueurs dans une
équipe de football, le tiers des effectifs de leur classe.
A la fin, je les ai regroupés dans le jardin
pour une photo de groupe.
Puis sont arrivés les parents. Et nous sommes
allés à la Fête de Voltaire dans les jardins de son château. On y donnait des pièces
de théâtre en plein air et des spectacles de danse sur différentes scènes
disposées en différents endroits du jardin. Dans deux salles du château, une
exposition sur la relation mouvementée de Voltaire et Rousseau dont on vient out
juste de fêter le bicentenaire de la naissance. Des panneaux décrivaient les
différentes étapes de leur correspondance. Marie et Camille se sont glissées
dans la file d’attente, en sont revenues déçues : à quoi vous vous attendiez ?
Leur ai-je demandé.
Voltaire et Rousseau ne s’aimaient pas. Ils ont
fini par se haïr. Marie ne veut pas visiter le château. Elle en a déjà fait la
visite avec Dieda. Il y a des stands alignés en arc de cercle où l’on sert des
tartes bressanes et des brochettes de Madagascar, entre autres choses. La nuit
est belle, nous sommes rejoints par la mère d’Hannah, une camarade de Lisa, une
Anglaise installée en France depuis près de deux ans, après avoir vécu plus de vingt
à Genève. Hannah et Lisa courent entre les rangées de spectateurs assis dans l’herbe.
On joue une pièce qui relate un épisode de la vie de Rousseau encore adolescent,
du temps où il appelait « maman » Mme de Warens et couvait le remords
d’avoir laissé accuser une domestique du vol d’un ruban qu’il avait lui-même
commis.
Je crois que je préfère Voltaire à Rousseau. Prise
sur le fait, Marie se défend toujours « je ne l’ai pas fait exprès ».
A qui donc la faute ?
Dans les jardins, à la place des statues de
héros réels ou mythiques, Lisa rêve de bouteilles d’eau, disposées là pour recueillir
toute l’eau du déluge. Elle est prête, elle a dans sa chambre tous les animaux
à sauver. Mais la nuit, surprise par un cauchemar, elle vient se réfugier dans
nos draps. Il ne reste plus que quatre jours d’école, les bulletins sont
signés, il faut les rendre. Elle se réveille avec peine. Il a cessé de
pleuvoir. Il faut mettre des collants car l’air s’est rafraîchi subitement.