02 juillet 2012

J'ai (presque) neuf ans

J’ai, sur la liste de contacts de mon portable, autant de prénoms féminins que celui de Casanova aurait probablement contenus, si les portables avaient existé de son temps. Ce sont les prénoms des amies de Marie sous lesquels j'enregistre les numéros de portable de leurs parents dont je ne connais pas les prénoms.

J’ai acheté pour Marie un sac à bandoulière dans des coloris qu’Olga et Lydia ont jugé proches de ceux employés en Ouzbékistan pour les vêtements comme pour les sacs et autres accessoires. La vendeuse a essayé de me faire acheter une chaussette porte portable. « Elle n’a pas encore de portable » lui ai-je fait observer. Elle a souri. Peut-être à cause du « pas encore ».

 

Deux bouteilles sur une table basse en plastique vert. Vides l’une et l’autre. Les enfants sont dix mètres plus loin, en deux files de part et d’autre de la table de jardin. Martin, le seul garçon de l’assemblée, prend les choses en main. Non seulement il est le premier à s’élancer vers les bouteilles pour vider son verre dans celle assignée à son équipe mais quand c’est au tour de ses coéquipières, il les accompagne jusqu’aux bouteilles pour les exhorter à verser le maximum d’eau dans la bouteille. Son équipe l’emporte. Lisa qui voulait participer a été écartée. Elle pleure dans son coin. Lydia la console comme elle peut. Quand tous les enfants seront partis, ce sera son tour de prendre un verre et de le vider dans une des deux bouteilles et puis de recommencer jusqu’à ce qu’elle ait gagné. Elle joue toute seule mais ce n’est pas grave. J’avais promis de jouer avec elle dimanche, le lendemain, mais dimanche, il pleuvait ; c’était au ciel de remplir verres et bouteilles, c’est lui qui a gagné et en attendant qu’il ait gagné, levé les bras plus haut qu’au ciel, on est allé au cinéma voir « L'âge de glace 4 ».


Ils étaient onze, autant que de joueurs dans une équipe de football, le tiers des effectifs de leur classe.



A la fin, je les ai regroupés dans le jardin pour une photo de groupe.


Puis sont arrivés les parents. Et nous sommes allés à la Fête de Voltaire dans les jardins de son château. On y donnait des pièces de théâtre en plein air et des spectacles de danse sur différentes scènes disposées en différents endroits du jardin. Dans deux salles du château, une exposition sur la relation mouvementée de Voltaire et Rousseau dont on vient out juste de fêter le bicentenaire de la naissance. Des panneaux décrivaient les différentes étapes de leur correspondance. Marie et Camille se sont glissées dans la file d’attente, en sont revenues déçues : à quoi vous vous attendiez ? Leur ai-je demandé.


Voltaire et Rousseau ne s’aimaient pas. Ils ont fini par se haïr. Marie ne veut pas visiter le château. Elle en a déjà fait la visite avec Dieda. Il y a des stands alignés en arc de cercle où l’on sert des tartes bressanes et des brochettes de Madagascar, entre autres choses. La nuit est belle, nous sommes rejoints par la mère d’Hannah, une camarade de Lisa, une Anglaise installée en France depuis près de deux ans, après avoir vécu plus de vingt à Genève. Hannah et Lisa courent entre les rangées de spectateurs assis dans l’herbe. On joue une pièce qui relate un épisode de la vie de Rousseau encore adolescent, du temps où il appelait « maman » Mme de Warens et couvait le remords d’avoir laissé accuser une domestique du vol d’un ruban qu’il avait lui-même commis.

Je crois que je préfère Voltaire à Rousseau. Prise sur le fait, Marie se défend toujours « je ne l’ai pas fait exprès ». A qui donc la faute ? 

Dans les jardins, à la place des statues de héros réels ou mythiques, Lisa rêve de bouteilles d’eau, disposées là pour recueillir toute l’eau du déluge. Elle est prête, elle a dans sa chambre tous les animaux à sauver. Mais la nuit, surprise par un cauchemar, elle vient se réfugier dans nos draps. Il ne reste plus que quatre jours d’école, les bulletins sont signés, il faut les rendre. Elle se réveille avec peine. Il a cessé de pleuvoir. Il faut mettre des collants car l’air s’est rafraîchi subitement.