01 avril 2015

Oiseaux et poissons d'avril

 

Les oiseaux sont là, plus nombreux qu’à l’accoutumée, sautillant de branche en parapet, de fils en aiguilles.

Le printemps nous prend toujours par surprise. Et que cela même soit surprenant, est surprenant. Et ainsi de suite.
Un état de grâce est indescriptible. Les poncifs sont de sortie.

De bon matin, j’ai découpé des poissons d’avril, leur ai fait une bouche et un œil, puis les ai scotchés aux dos de Lisa et Marie. Elles étaient ravies. Marie n’avait que cela en tête depuis le saut du lit. Aujourd’hui, c’est le 1er avril. Marie adore tout ce qui sort de l’ordinaire. Une fête, un anniversaire. 
Je suis né au printemps. Une gracieuseté d’autrefois était de compter les années qui passent en printemps qui reviennent. Je suis bien calé dans cette image. Les filles, y compris Lydia, sont toutes de l’été. Dieda aussi. Seule mamie me tient compagnie.

Depuis près d’un an, vit chez nous un cochon-dinde qui, chaque fois que j’entrouvre le frigidaire, couine dans l’espoir de feuilles de salade. Les filles l’ont appelé « Noisette ».  
Marie s’est mise en tête de préparer nos repas. Après les excès de mon jour anniversaire, je suis à la diète forcée. Elle prépare des crêpes puis avant-hier, des tranches de lard assaisonnées à sa façon. Entre deux séances au petit coin, je n’y touche pas. Hier, elle nous a accommodé des champignons. Je n’y ai pas touché davantage et ce matin, je suis toujours au pain sec et à l’eau. Mais je me permets tout de même une tasse de café.


Vendredi dernier, Lisa a perdu sa coquille de plâtre, celle qui, au bras gauche, l’interdisait d’acrobaties. Nous nous sommes présentés à l’hôpital à 7h00 du matin. Opération sous anesthésie générale pour retirer les vis de son coude. Sortie en milieu d’après-midi.
Depuis l’automne dernier, mon père, dieda pour les enfants, a la jambe gauche endolorie. Ce qui le fait boitiller. Au début, son généraliste n’y vit qu’une tendinite. Une rhumatologue consultée début mars y décela une arthrose de la hanche ce que confirmèrent les radios. La seule solution est le remplacement de la hanche par une prothèse. Rendez-vous a été pris pour l’opération qui aura lieu le 19 avril. Le séjour à l’hôpital durera cinq jours. Le lendemain de l’opération, il pourra se lever et après des séances de rééducation, pourra marcher normalement. Entretemps, la douleur s’est accentuée. Elle l’empêche parfois de dormir.
lac de Divonne début mars
Pour célébrer mon anniversaire, un jour plus tôt, nous avons déjeuné dans un restaurant chic, huppé. Plats tellement sophistiqués que leur énoncé sur la carte ne suffisait à nous renseigner : on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Lisa a tout de même mangé son soufflé au fromage (bleu de Gex et Comté), Marie son filet de bœuf Angus posé sur une rosace constituée de fine lamelles de champignons. Pour les grands-parents et moi-même, carpaccio de langoustines accompagné de beignets de cuisses de grenouille. En plat principal, pour Lydia et moi, cœur de ris de veau déposé sur un matignon de légumes. Je ne savais pas ce que c’était qu’un matignon et si cela avait le moindre rapport avec la résidence des premier ministres. Tout compte fait, aucun rapport.

Il a plu toute la journée et le lendemain aussi.

Dès que l’un d’entre nous disparaissait aux toilettes, le chef de salle s’emparait de la serviette laissée sur le bord de la table ou l’accoudoir de la chaise pour la plier et la reposer délicatement à côté de l’assiette.

La meilleure amie de Marie est de nouveau G. Et C. ne l’est plus. Elle n’est plus une amie du tout.

Quand C. a réalisé que Marie s’était raccommodée avec G., elle a tenté, par des manigances, de s’interposer. Au collège, elle les a pourchassées de ses sarcasmes mais sans succès. Ont commencé ensuite des échanges venimeux par réseaux sociaux interposés. Marie s'est échauffée et a eu le tort de donner dans la répartie injurieuse. Un lundi matin, la principale m’appelle pour me lire un message que Marie aurait envoyé à C. Il y est question que celle-ci aille se faire voir dans le trou…du monde, etc. La mère de C. a demandé à me parler. C. soutient que Marie la harcèle, que les messages de ce genre sont légion. J’autorise la principale à communiquer mes coordonnées à sa mère qui m'appelle, que je rappelle. Je suis étonné au passage qu’elle ne les ait pas, mes coordonnées. Elle me demande de faire en sorte que ma fille cesse de harceler la sienne. Pas d’animosité dans sa voix. Je réponds sur le même ton. Je demande à Marie de s’excuser. Une médiation est organisée dans le bureau de la conseillère d’éducation. Ce qui me laisse pantois. L’affaire, si tant est que cela en soit une, s’étant déroulée hors de l’établissement, il n’y a pas lieu, me semble-t-il, de gaspiller son temps et ses ressources à cela. La médiation a finalement lieu. En plus de C. et de Marie, une autre élève, tenant lieu de témoin (à charge), est présente. Marie s’excuse. L’affaire est close. Lorsque j’appelle la mère, C. qui est à ses côtés, prétend que Marie continue de lui écrire, ce que je sais impossible puisque son portable lui a été confisqué. Depuis, C. n’est évidemment plus dans les petits papiers de Marie. La bonne nouvelle, c’est que privée de portable et donc de réseaux sociaux, Marie a levé le nez des écrans et redécouvre le monde. Cette embrouille lui a servi de leçon. Elle est échaudée.

Anniversaire d’une copine puis d’une autre, Lisa enchaîne les anniversaires (samedi et dimanche dernier). Je ne sais pas si des statistiques le confirmeraient mais il me semble qu’une majorité de l’humanité naît au printemps. Un poisson d’avril dans le dos. Avec en arrière-plan, des oiseaux qui sautillent sur les fils électriques.
(Je dois me renseigner à ce sujet, au sujet du poisson d’avril. Sur le chemin de l’école, j’ai promis à Lisa de lui expliquer d’où vient le poisson d’avril).

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