29 juillet 2011

Deux mouettes


Marie tient dans sa main le porte-monnaie que mamie lui a donné juste avant de partir. Lisa serre dans la sienne un chaton en peluche enveloppé dans un mouchoir kleenex. Et l'on aperçoit aussi, au poignet de Marie, la montre offerte par dieda pour son anniversaire, celui de Marie. Ici, nous sommes sur un ferry de la compagnie Anek. C'est jeudi matin. Nous avons embarqué la veille à Patras. Dans quelques heures, nous arriverons à destination en Italie. Le vent est monté. Nous avons déambulé sur les passerelles supérieures jusqu'à la cabine de pilotage. Le vent nous soulevait; les filles, aveuglées par leurs cheveux, s'accrochaient au bastingage. Lisa voyait des dauphins partout, des mamans et des bébés, et Marie trouvait encore le moyen de me harceler de questions à propos de tout et de rien. Elle a peur, me dit-elle, que le bateau coule mais elle a peur surtout la nuit, quand la mer est là, invisible, masse noire piaffante d'écume, peau de serpent qu'écaille la lune, ongle après ongle. Mais la veille, nous avons dormi tôt, il faisait encore jour quand nous avons regagné la cabine. Le mouvement régulier de la houle nous a bercés et nous avons dormi comme des loirs. Au petit-déjeuner, les filles étaient affamées. Quand Ancône est apparue enfin dans la brume, nous avons déserté la cabine pour le pont où des familles entières de Turcs avaient campé pour la nuit. Des femmes enfourladées, des hommes à la mine sombre, patibulaire, des enfants par brassées, sagement assis sur des nattes pendant que Lisa et Marie jouaient bruyamment à s'attraper et à se mettre en prison. C'était, comme pour nous, le voyage retour, le leur sans doute plus harassant, d'où la mélancolie ambiante, le vague à l'âme. Là où nous accostions les vagues étaient vertes, le vent jonglait avec les serpentins d'écume et les mouettes étaient attirées comme des mouches par les tourbillons que faisait le ferry en tournant sur lui-même pour se caler par l'arrière contre les quais. Sous nos yeux, des centaines de voitures étaient garées en épis; les quais ressemblaient à un tapis à damiers multicolores. Les corridors menant au garage étaient bondés, nous avons attendu sur le pont qu'ils se désengorgent. Les voitures étaient parquées tellement près les unes des autres qu'il était impossible d'ouvrir les portières. J'ai déposé le sac à dos sur la voiture et nous avons attendu que les portes s'ouvrent et que les voitures se désincarcèrent les uns des autres. Quand la voie fut enfin libre, je poussai les filles à l'arrière de la voiture, fourrai le sac à dos dans le coffre, m'engouffrai dans la voiture.

Nous sommes arrivés à destination un peu moins de dix heures plus tard.

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