01 juin 2011

L'herbe qui pousse

Nous prenons aujourd'hui le train pour Paris. Le temps est à la pluie et au vent, la température fraîche pour un premier juin. Lydia est partie tôt pour son cours de français mais avant qu'elle ne quitte la maison, Lisa est apparue en haut des escaliers, encore ensommeillée mais déjà habillée, fière de montrer qu'elle s'était débrouillée toute seule pour enfiler ses vêtements. Puis Marie qui avait déjà fait une incursion hors de sa chambre quelques minutes avant Lisa est apparue à son tour, habillée elle aussi, dans un esprit de saine compétition matinale.

Lydia a préparé les vêtements dont elles auront besoin pour les quatre jours que nous passerons à Paris chez mon frère. Ils sont là, dans le salon. Il ne me reste plus qu'à les mettre dans une valise ou plutôt le vieux sac à dos Lafuma avec lequel j'allais autrefois camper en Grèce. Ce sera plus pratique puisque j'aurais ainsi les mains libres pour la poussette où Lisa ne manquera pas de prendre place pour aller jusqu'à la station de bus, à dix minutes à pied de la maison. Marie m'apporte son appareil photo pour que je le répare, me dit-elle. Elle veut prendre la tour Eiffel en photo.

Voilà, ce sont là des choses anodines, sans aucune importance mais je me dis parfois que plus tard, quand elles liront ceci, elles seront sans doute touchées davantage par ces détails de la vie ordinaire, ces scènes de la vie quotidienne que par mes divagations plus ou moins fumeuses sur le sens de la vie et le mythe de l'éternel retour. Je pourrais encore aujouter ceci:

Avant-hier, j'ai passé la contre-visite et enfin obtenu la vignette du contrôle technique qui certifie que la voiture est en règle pour deux ans à compter de ce jour.

Marie a perdu une dent, la seconde en deux semaines. Elle l'a glissée sous son oreiller. Lydia, avant d'aller se coucher, m'a laissé une pièce de deux francs suisses en me recommendant de ne pas oublier de faire l'échange maintenant que Marie était endormie. J'ai évidemment oublié. Mais le lendemain matin, constatant que Marie avait oublié de vérifier ce qu'il était advenu de sa dent, j'ai procédé à la substitution. Marie a trouvé plus tard la pièce. Elle n'était pas excitée outre mesure. Pas autant en tout cas que les fois précédentes. Elle a fini par lâcher qu'elle savait bien qu'il n'y avait pas de souris dans la maison mais seulement un chat - ce qui excluait la présence d'une souris - et que c'était les parents qui mettaient la pièce sous l'oreiller. Je ne savais pas où mettre la dent, je l'ai déposée finalement dans une boîte de nacre qui se trouvait dans le tiroir de la commode où sont rangés draps et nappes.

J'ai appelé un certain monsieur longuet pour qu'il vienne tailler les haies. Mon voisin soutient qu'elles dépassent à présent les deux mètres quatre-vingt. J'en suis navré. Il a un accent du sud, mon voisin. Il avait l'air embêté (sans rapport avec son accent). J'étais exaspéré après sa visite mais j'ai fait bonne figure. Monsieur Longuet, lui, rappellera lundi. Il va falloir repasser la tondeuse. S'il continue à pleuvoir comme ça, dès lundi j'appellerai mon voisin pour qu'il vienne mesurer la hauteur de l'herbe. Il faudrait instaurer un contrôle technique pour les jardins, vignette à l'appui.

J'ai confirmé la réservation d'une cabine à bord du ferry qui dessert Patras à partir d'Ancona.

Et puis je viens de m'apercevoir que je n'ai plus assez d'encre pour imprimer les deux recueils de poésie que j'aimerais relire, corriger, réorganiser et envoyer pour finir à quelque maison d'édition, encore à identifier. Cela fait deux ans ou peut-être même bien davantage que je me prépare à faire un tel envoi. Et puis je finis par y renoncer ou par ne plus y penser ce qui revient au même.

Filou est parti en goguette. Il fait de plus en plus sombre. J'ai allumé la lampe près de la porte-fenêtre. Je suis encore en pyjama. Lisa et Marie regardent un dessin animé. Dinotrain puis barbapapa. Il va falloir commencer à se préparer.

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