29 juin 2011

Huit ans moins quelques jours

Il y avait huit invitées pour les huit ans de Marie - anticipés d'un mois. Sept sont venues - Alice, Anastasia, Aurélie, Eline, Linda M, Linda et Elyne - dimanche dernier pour les fêter pendant que dans une villa de la commune voisine, Lisa, elle, fêtait les quatre ans de Lou, une camarade de classe. Ce même dimanche, dans l'après-midi, dieda et mamie faisaient escale chez nous sur la route d'Ancône d'où ils prendraient le ferry pour la Grèce. Ils sont arrivés juste avant que nous réunissions tout ce petit monde virevoltant autour de la table pour le gâteau d'anniversaire. Elles ont chanté "joyeux anniveraire" en pas moins de sept langues, le Français, le Russe, l'Italien, l'Espagnol, l'Allemand, l'Anglais et le Chinois. Pour chacune de ces langues, il y avait au moins l'une d'entre elles qui la parlait. Mamie y a ajouté le Grec.

J'avais préparé une chasse au trésor. Toutes y ont participé, sauf Marie, boudeuse comme souvent lorsqu'elle doit se rendre à l'évidence que ses copines peuvent s'amuser sans elle. Le trésor était dans le coffre de la voiture: tout un outillage pour faire des bulles, les découper à grands coups de ciseaux, les faire flotter dans l'air.

Un jour, Lisa n'a pas voulu me dire bonjour. Le lendemain, ayant retenu la leçon - nous l'avions longuement sermonnée -, elle a insisté pour que j'aille m'asseoir dans le fauteuil en bas des escaliers, là même où je me trouvais quand la veille elle avait refusé de me dire bonjour. Sur le moment, je ne comprenais pas mais j'ai fini tout de même par m'y mettre. Alors seulement, elle m'a salué d'un "bonjour" sonore et enjoué. Un peu comme si elle me disait: si tu tiens tant à faire des manières et des cérémonies, alors faisons les choses bien ! Les enfants ont-ils le sens de la dérision ? Etre adulte, c'est être dressé, au propre comme au figuré, un "grand" comme disent les enfants, juché sur son postérieur, monté sur les grands chevaux de la responsabilité. Si l'humour est la politesse du désespoir, la politesse a bien peu d'humour. Et l'humour des Français est un humour vachard, un humour aux-dépens-de, comme si la politesse n'était qu'un dédommagement.





Nos voisins pressent le syndic de me presser de couper la haie qui sépare notre jardin du leur. Ils voudraient que sa hauteur soit ramenée de deux mètres soixante-dix mètres à deux mètres. Le syndic qui passe l'essentiel de son temps à expédier des lettres recommandées me conseille de me retourner vers le propriétaire et en tout bien tout honneur, de lui expédier une lettre recommandée lui enjoignant de payer la note, photos de la haie incriminée à l'appui. Depuis que nous habitons ici, les contacts avec le voisinage se sont limités à des échanges de recommandés: vous ne pouvez pas tondre la pelouse le dimanche, votre haie n'est pas à la hauteur réglementaire (le Code civil, me dit-on, traite de la question; en effet, l'article 673 y consacre quelques alinéas), les cartons encombrants ne peuvent être mis à la poubelle, ils doivent être transportés à la déchetterie (point qui me fut notifié par billet anonyme glissé sous l'essui-glace). Je ne sais pas si les peuples ont des traits communs qui les soudent ensemble ou qui permettent de les rassembler sous la même étiquette ainsi qu'une série de d'épithètes bien tranchées. Si cela est, alors les Français que je retrouve après des années d'exil me paraissent bien mesquins, méfiants, tâtillons, tracassiers, procéduriers, pontifiants.

1 commentaire:

Denis a dit…

Elles ont chanté en Russe aussi!! :-)