C'est en face de cette église que se trouve la boulangerie que je fréquente depuis que je suis tombé dessus à mi-parcours d'une course à pied dans les rues sinueuses et pentues d'un lotissement de Moëns. Les arbres ont des moignons comme des poings serrés. L'église semble n'être qu'une maison incidemment affublée d'un clocher en bois.
Aujourd'hui, rebelotte: neige en chute libre. Les voitures font le dos rond sous leurs couvertures blanches. Je dois emmener Marie à la fête de Noël qu'organise l'employeur de Lydia pour tous les enfants de ses employés. La neige efface la frontière entre France et Suisse et les douaniers doivent avoir rejoint les vaches égarées dans les champs qui bordent l'autoroute, grattant le sol en quête d'un résidu de frontière, d'une trace écrite, d'une preuve que les deux pays n'ont pas encore fusionné. Les Suisses viennent de voter par référendum en faveur de l'expulsion automatique de tout étranger condamné pour infraction pénale. Les frontières se creusent, neige ou pas.
Nous entrons dans le mois de décembre, mois de fêtes et ripailles. Les calendriers de l'avent se vendent à l'avenant, à l'étalage des bureaux de presse et débit de tabac, superéttes et supermarchés. Nous en avons déjà deux. L'un, acheté à Vienne l'année dernière, en forme de jeune fille dégingandée, à la croisée du chaperon rouge et de la fille du père Noël, dont la robe est décorée d'autant de poches que de jours jusqu'à Noël et dans chacune d'entre elles, un chocolat par jour et par enfant. Au vingt-cinquième jour, l'apothéose, le père Noël en personne, les cadeaux par milliers, les chocolats auront fondu dans la bouche, ils auront su nous faire attendre.
J'imagine que le père Noël aura beaucoup à déclarer à la frontière, que les vaches se transformeront en rennes et les douaniers en lutins. Et avec cette neige, il vaudra mieux passer par les airs, charters et traineaux compris.
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