Un autre jour, le dernier de l'année. Au menu, nous avons un chapon, du foie gras d'oie, de la fleur de courgette scellée sous pâte. Le chaperon rouge en personne qui boude ici sur la photo a promis d'aider en cuisine. Filou aura du poulet en tranches.
2010 fut une année de changements. Cette année, ce n'est pas qu'une façon de parler: un nouveau pays (même si c'est le mien), une nouvelle ville, une nouvelle maison, une nouvelle école pour les enfants, un nouvel emploi pour l'une et pour l'autre, un emploi quitté après onze années de loyaux services. Le monde, lui, me paraît de plus en plus impénétrable, de plus en plus confus. On se demande où commence la fin d'un monde et le début d'un autre. L'histoire demande du temps et l'on voudrait voir venir, savoir avant même que le temps ait eu lieu. On croit que tout s'accélère, qu'une direction est prise, qu'un destin est livré, clés en main. Jamais une époque, jamais une civilisation n'a été aussi soucieuse de s'analyser, de s'observer, de s'expliquer, de se repentir et de s'absoudre, de prévenir et de compenser. Il y a tant de bonne volonté et tant de gâchis. Tant de bonne et de mauvaise foi. Tant de sincérité et d'hypocrisie. Rien ne change en fait sauf, comme toujours, dans les formes et les discours - le bois des langues de bois est d'un autre bois. Mais à la fin, la nature humaine - comme on disait autrefois - s'y retrouve toujours. En attendant, 2010 rumine ses derniers "bêtisiers", genre très en vogue en cette fin d'année sur les chaînes de la télévision Française. Toutes les boulettes de l'année mises en boucle: chutes, lapsus, fous rires, etc. On pourrait toutefois retourner le compliment: l'authentique bêtisier n'est-il pas pendant plutôt qu'entre les prises, entre les fous rires et les chutes, quand tout se passe "normalement" ? Je vois deux sortes de bêtise: la bêtise au pluriel, celle notamment des enfants qui testent nos nerfs et le monde environnant; la bêtise au singulier, celle des Bouvard et Pécuchet, quasi-métaphysique, une catégorie de l'esprit, un poncif de la nature humaine justement. Montrant celle qui se décline au pluriel, la télévision ne fait qu'illustrer celle qui ne sort jamais du singulier.
J'ai envoyé les enfants dans leurs chambres respectives mais j'entends d'ici qu'elles se sont rejointes probablement dans la chambre de la cadette car Marie est soucieuse de s'épargner le charivari de sa soeur dans son pré carré. Nous allons sortir faire des courses. Il nous manque du champagne. Je relis ce que j'écris au dessus et je me demande quel tour donc m'a joué la bêtise pour que je lui cède si facilement en ce dernier jour de l'année. Il est temps de mettre par écrit la liste de ses résolutions pour l'année à venir. Le comble du paradoxe et de la bêtise serait d'y faire figurer une invitation à bouter hors de soi la bêtise justement. Mieux vaut parler en termes mystiques d'examen de conscience. Oui, il faut se limiter à cela. Le plus modestement possible. Et laisser à la bêtise un os à ronger à défaut de son âme.
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