A dos de luge, le long du trottoir, les deux soeurs déposées devant l'école sous un soleil pâlot - on dirait plutôt la lune. A leurs mains, des paires de moufles toutes neuves avec fermeture éclair pour Lisa pour enfiler plus facilement le pouce. C'est jour de piscine pour Marie, jour de bibliothèque pour Lisa. Le chat à la maison miaule après sa tranche de jambon puis va piquer un somme dans le sopha. Les pelleteuses ratissent les couches de glace, les journaux télévisées sont au trois quart consacrés à la météo. Toujours rien dans la boîte aux lettres: j'attends de recevoir le dernier document manquant pour l'immatriculation de la voiture. Les haies sont coiffées de neige, les toits couronnés de neige, les arbres habillés de neige, les pneus de neige et les champs criblés d'empreintes de pas et de luges. Les voitures roulent lentement, le jour se lève tard et les enfants ont des envies de chocolat. Il y a pourtant des oiseaux qui virevoltent, gazouillent entre les arbres nus. Et les premières guirlandes électriques suspendues entre les façades du centre-ville. Des "joyeuses fêtes" qui égaient les enfants comme les oiseaux qui n'osent pourtant s'y poser.
Aucune aspérité, le monde est lisse, ce sont des jours de glisse. Il y a de cela quatre siècles, ce furent aussi des jours d'escalade. Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les troupes savoyardes de Charles-Emmanuel Ier tentèrent d'escalader les murailles de la ville de Genève. Bien qu'une avant-garde fût parvenue à entrer dans la place au milieu de la nuit, elle ne put ouvrir les portes de la ville au gros de la troupe et fut massacrée ou refoulée. Quelques-uns furent capturés et exécutés par la suite. Depuis, tous les 12 décembre, Genève fête cet événement qui marqua la fin des rêves de conquête des ducs de Savoie. L'un des symboles les plus connus de cette fête est la mère Royaume qui, selon la légende, verse par sa fenêtre, durant la bataille nocturne, une marmite de soupe chaude sur les soldats savoyards passant dans sa rue. De là vient la fameuse marmite en chocolat (remplie de bonbons, emballés aux couleurs genevoises et accompagnés de petits pétards, et de légumes en massepain) et la soupe de légumes dégustés à cette occasion. La marmite est traditionnellement brisée après la récitation de la phrase rituelle (« Qu'ainsi périssent les ennemis de la République ! ») par les mains jointes du benjamin et du doyen de l'assistance.
Mais Lisa n'aura pas su attendre et hier pendant que je rangeais sa chambre, elle en a profité pour s'emparer de la marmite en chocolat et en manger les trois pieds.
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