Commençons l'année par un dessin de Marie qui, sur le mode onirique, entrelace ses pensées et rêveries du moment. Le cheval pourrait être un cheval de Troie - comme le suggère l'escalier escamotable sous l'encolure - mais c'est tout bonnement un cheval de Gex où se trouve son club d'équitation. L'avion-libellule, c'est celui du retour de Grèce la semaine dernière; le bonhomme de neige, celui qui a fondu, une fois la pluie revenue et les feuilles tombées - comme le suggèrent les arbres en bas à gauche. Il y a d'autres détails, énigmatiques, tirés de ses livres, de ses films. Rien qui n'évoque la fin ou le début d'une année, juste le cours d'une vie d'enfant. Le temps n'est pas encore à sa place, il est juste la lubie d'adultes compulsivement attachés à la mesure de toute chose, à commencer par le temps et l'espace.
Je vais justement changer l'éphéméride de mon pupitre, le remplacer par celui acheté en Grèce. J'aime à lire les jours en Grec, à compter les saints et, plus rares, les saintes du calendrier Orthodoxe. Dehors, il pleut, ce n'est pas l'hiver mais une fin d'automne, un début de printemps, un entre-deux saisons, poisseux, sinistre. Mais il y a de la neige dans les stations; les skieurs et les commerces sont à la fête. Marie a retrouvé Ada, 6 ans, et Lisa, Max, 4 ans, dont elle ne se souvenait pas, comme lui ne se souvenait pas d'elle (je posterai des photos de ses retrouvailles demain). Elles ont partagé leurs chambres avec leurs invités. Et quand il a fallu se quitter, ce fut le drame: "Papa, comment je vais faire maintenant ? Je m'ennuie...". Le drame, c'est l'ennui.
L'école reprend demain, alors l'ennui sera de courte durée. Vendredi, contrôle de mathématiques et donc, l'école reprend pour moi aussi. Le sapin dans le coin du salon est soudain devenu incongru. Restent les restes du repas du réveillon qu'on réchauffe au micro-ondes et que les enfants snobent en quêtes de nourritures plus fraîches et moins sophistiquées (une dinde farcie au fois gras, la salade l'Olivier, une salade Russe). En ce moment, Lydia regarde le film que les Russes se repassent chaque année à tous les réveillons de Nouvel An et qui est ponctué de chansons mélancoliques accompagnées à la guitare sèche. Un film devenu mythique là-bas, qui date du début des années 70 et donc les deux acteurs principaux, elle Polonaise (doublée en Russe dans le film à) cause de son accent Polonais en Russe), lui Russe, sont devenus des icônes non-orthodoxes du passage du temps. Le thème en est simple: à la suite d'une beuverie entre copains le jour du réveillon du Nouvel An, un jeune homme se substitue par erreur à l'un des copains à bord d'un avion qui l'emmène de Moscou à Léningrad; là, il donne son adresse à un taxi qui le dépose devant une tour d'immeuble; il ne s'est rendu compte de rien, croit rentrer chez lui: le même numéro de rue, le même numéro d'appartement, la même clé, le même appartement à quelques détails d'ameublement près. Mais ce n'est pas chez lui, il se croit à Moscou, il est à Léningrad; une jeune femme rentre chez elle et le trouve endormi dans son lit; d'abord, effrayée, elle se résoud ensuite à le réveiller et à le mettre dehors; lui ne comprend pas; encore à moitié ivre, la voix pâteuse, il proteste, se rebiffe. Et quand, à la suite d'une longue explication avec la jeune femme, il comprend enfin et s'apprête à quitter les lieux, survient l'amant de la jeune femme, invité chez elle pour y passer la soirée du réveillon. S'ensuit la scène vaudevillesque que l'on imagine aisèment mais traitée avec grâce, légereté et qui elle-même provoque des quiproquos en chaînes. L'amant jaloux ne croit pas les explications de la jeune femme, il s'en va, revient, repart, revient tandis que l'intrus, ayant réalisé sa méprise, entreprend de l'expliquer à sa maîtresse qui l'attend chez elle...à Moscou et qui ne le croit pas davantage que l'amant de Léningrad ne croyait sa maîtresse. Les deux, l'homme et la femme, ainsi confrontés à la même déconvenue, finiront par tomber dans les bras l'un de l'autre mais le dire ainsi ne rend pas justice au film. C'est un vaudeville certes mais mâtiné de satire sociale - tolérée sous Brejnev, qui ne l'aurait sans doute pas été auparavant - et dont l'humour se pare de ce sursaut de l'âme, brusque, imprévisible par instants (la réaction des personnages à certains moments est totalement inintelligible pour un étranger), douce et mélancolique par ailleurs, qui rend le film attachant.
Voilà maintenant, il va falloir que je gâche la fête en rappelant à Marie que l'heure des devoirs est venue...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire