Marie: je n'aime pas dormir. Dormir, on ferme les yeux et il ne se passe rien. Et puis on se réveille et c'est "demain". Et puis je ne me souviens jamais de mes rêves.
Lisa revendique un droit aux devoirs. Dès que Marie, avec toute la mauvaise grâce dont elle est capable, se met aux siens, Lisa sort son cahier d'exercices et s'installe à la table du salon, en face de Marie. Je lui lis les énoncés, je lui explique et la voici qui s'y met.
C'est un peu au-dessus de ses capacités (enfants de 5 ans, indique la couverture) mais elle s'escrime à comprendre, ne se décourage pas. Elle comprend que les additions, c'est mettre des choses ensemble. Quoiqu'elle se demande pourquoi on a éprouvé le besoin de les séparer pour ensuite les réunir à nouveau. Partir du tout pour aller au rien, non plutôt au un. Elle commence à faire le lien entre les caractères des chiffres et le nombre de choses. Je me rendais pas compte à quel point tout de cela avait une dimension philosophique.
Papa: tu as pleuré ? Lisa: non, je n'ai pas pleuré, je suis seulement tombé, papa. Réfléchissant quelques secondes au sens de ma question: et puis je ne suis plus un bébé.
Quelques minutes plus tard: toi, tu es un grand, moi un bébé moyen et maman une grande moyenne.
Nous avons skié déjà par deux fois sur les pentes du Crozet. Marie se débrouille bien. Lisa confond encore chassé-croisé et chasse-neige. Ce qui lui plait, c'est la corde qu'il faut saisir pour être tiré vers le haut de la pente. Fatiguée de tomber, une fois arrivée en haut de la pente, elle déchausse ses skis, descend, les skis dans les bras, les rechausse une fois en bas, se resaisit de la corde et se laisse une nouvelle fois aspirée vers le haut de la pente. Pendant qu'elles ont leurs leçons de ski (chez les "piu piu" pour Lisa, chez les "flocons" pour Marie), je me hisse, grâce au télésiège, au sommet de la station d'où la vue est saisissante: le Jura d'un côté, tâcheté de neige; les cimes des Alpes de l'autre, d'un blanc immaculé, qui tendent le cou au-dessus des nuages.
Grâce aux devoirs de Marie, je réapprends des choses oubliées, enfouies. Je suis étonné de voir à quel point, dès le CE2, on se plonge dans le nuit des temps préhistoriques avec un tel luxe de détails que parfois, je ne réapprends pas, j'apprends tout simplement.
Marie: papa, je peux inviter Alicia samedi. Est-ce qu'elle pourra rester dormir chez nous ?
Sous ma dictée, elle griffonne des mots d'invitation sur une carte d'invitation. Je lui fais écrire notre numéro de téléphone. Il faut que je parle aux parents.
Lundi, sortie de l'école. Dès qu'elle m'aperçoit, Marie me tend une carte d'invitation reçue de sa copine Alicia. Elle est invitée à son anniversaire. Pas ce samedi, le samedi de la semaine d'après. Donc, notre invitation pour ce samedi tient toujours.
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