Hier, à la dite Belle-ferme, Idriss, le maître des chevaux qui apprend à Marie des rudiments d'équitation emmène enfants et poneys au près. On les voit sur la photo, longeant l'une des serres qui sert d'entrepôt pour l'avoine.C'est une journée de pluie. Marie n'a pas sa capuche; Idriss, s'en apercevant, la refoule ainsi que toutes celles venues, comme elle, têtes nues sous la pluie battante.
Lisa s'est endormie dans la voiture. Quand elle se réveille sur le parking du Carrefour où je suis allé dégotter une ampoule de lampe halogène, elle demande un pain au chocolat. J'en ai justement pleins le coffre, des pains au chocolat. Sur la boîte en plastique, il est précisé que l'huile utilisée est une huile de tournesol.
Le poney shetland qu'a monté Marie s'appelle Kazimir. Il est bas sur pattes et les a si courtes que lorsqu'il va au trot, Marie est secouée comme un prunier (pourquoi "comme un prunier", demande-t-elle). La prochaine fois, dit-elle, je monterai Hercule. Tu peux choisir ? Lui demandé-je. Oui ! Répond-elle avec assurance. Alors va pour Hercule !
Je n'y connais rien aux chevaux. Jamais jusqu'à septembre, je n'avais mis les pieds dans une écurie. Ou je n'en ai pas le souvenir. Tous ces adorateurs du dieu Cheval me laissent perplexe. J'ai lu que Léonard de Vinci en faisait partie mais à l'époque, c'était commun, le cheval étant omniprésent dans la vie de tous les jours. A Milan, Léonard reçut du duc de Sforza la commande d'une statue équestre. Il en fit une maquette en argile dont les proportions surpassaient tout ce qui s'était fait jusqu'alors. Sans son piédestal, elle faisait sept mètres de haut et nécessitait plus de cent vingt tonnes de bronze à couler, prévoyait-il, en une seule fois ce qui ne s'était jamais fait auparavant. Il n'en vînt jamais à bout; la guerre détourna son commanditaire de ce projet; le bronze servit à faire des canons et une maquette de plâtre de le statue servit de cible d'entraînement à la soldatesque Française qui occupait la ville. Il reste aujourd'hui deux copies grandeur nature de la maquette: une aux Etats-Unis, l'autre devant l'hippodrome de Milan.
J'ai dans un bocal des cornichons de Pologne. Lisa ne se souvient déjà plus de la Pologne, Marie oui. Lydia rapportera de Lithuanie du caviar rouge et Marie qui en raffole, s'en lèche déjà les babines. Nous sommes des snobs certes mais en Russie, le caviar est un luxe ordinaire. Lydia et Marie en tartinent du pain, scrupuleusement, sur une couche de beurre qui épouse tout aussi scrupuleusement toute l'étendue de la tartine jusqu'à ses bords les plus extrèmes et lui font une semelle de beurre (mais à l'envers, précise Marie).
Aujourd'hui, changement radical: ciel bleu, dégagé et l'on peut voir d'un côté la ligne des cimes alpines d'un blanc qui tire sur le mauve, soleil du matin oblige, et de l'autre, plus proche de nous, le Jura lui aussi blanchi, avec son armée de conifères avalanchies. On respire l'air de décembre, la neige est là, dans l'air, invisible encore, et je n'ai pas encore changé de pneus de neige à ma picasso dont le tableau de bord hoquète un avertissement de saison qu'on avait pas vu depuis bien longtemps: "attention risque de verglas !".
Les petites sont à l'école. Lisa y est à son aise. Quand je viens la chercher, vers quatre heures vingt, la salle de classe est depuis quelques jours plongée dans la pénombre, seulement illuminée par des guirlandes d'ampoules multicolores. A peine s'est-elle approchée de moi, après m'avoir tendu ses dessins, Lisa réclame sa pomme. C'est un rituel. J'en ai toujours une dans la poche de mon anorak. Marie, l'assistante, s'en amuse et Lisa qui l'a bien vu, s'arrange toujours pour passer tout près d'elle, croquant ostensiblement sa pomme.
Nous roulons sur le route blanche, c'est son nom, laissant Gex derrière nous, traversant Ornex. J'avais pensé acheter aujourd'hui le sapin de Noël mais je vais plutôt attendre le retour de Lydia vendredi. Marie a ses bottes toutes crottées, Lisa aurait bien aimé avoir les mêmes, je l'ai stoppée net quand elle s'apprêtait à courir deriière Marie sur le chemin des près. Elle en est encore dépitée. A peine rentrée, je leur prépare un bain qu'elles savourent, de la baignoire au plafond, puis elles enfilent leurs pyjamas et terminent leur mercredi par une séance télé tandis que je m'escrime à mettre un point final à mon rapport sur la Tunisie.

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