09 novembre 2010

N'oublie pas le chat !


Seuls l’hiver et l’été sont des saisons fortes, marquées tandis que l’automne et le printemps sont des saisons de transition qui remplissent le vide entre les deux. Marie m'a confié que c'est l'hiver qu'elle préférait mais Marie ne préfére rien pour longtemps. Elle change d'avis comme de saison. Elle ne connait pas les faits, elle ne connait que les fées. Elle n'a pas la patience des répétitions, elle va droit aux réalisations. Sur la photo, c’est encore novembre, quelques jours avant que tout soit emporté dans un nuage de feuilles et de pluie. Et maintenant, la neige mise à part qui retient encore ses larmes de givre, c’est déjà l’hiver. Sans doute est-ce là le sort des citadins de perdre le goût de la nature et de ses mille et une nuances d’arôme, de couleur, d’atmosphère. Des magasins spécialisés se font une spécialité de nous rappeler les bruits et odeurs de la nature sous la forme de diffuseurs de printemps, de réveils au son de l'appel des coucous, de chutes d'eau, du chant de grillons ou de la brise dans un feuillage. Il y a même des sites qui proposent en téléchargement des milliers de sons de la nature. Les êtres humains sont devenus des autistes de la nature.


Chaque matin, la course pour habiller, nourrir les enfants, les emmener à l'école. Marie a scotché des feuilles A4 sur la porte du bureau et sur celle de la chambre à coucher où il est écrit: « n’oublie pas le chat ! » ce qui a été l’occasion d’une petite leçon d’orthographe. « Ou bli », c’est un verbe en un seul mot : « oublie » avec le « e » à la fin et sans espace entre « ou » et « bli ». Tout cela pour confesser que oui, nous avons fini par céder : Marie nous a extorqué la promesse qu’elle deviendra d’ici mercredi la maîtresse d’un chaton. Elle est persuadée que j'oublierai cette promesse, alors il ne se passe pas cinq minutes sans qu'elle ne me la rappelle. Au début, c'était drôle; maintenant beaucoup moins et je la rabroue dès qu'elle ouvre la bouche. D'où, à la place de la parole, les mots griffonnés sur des feuilles volantes qui finiront par former un tas, un nid et si les chats ne naissent pas dans des nids, celui-là qui existe déjà quelque part fera exception. L'automne en emportant ces feuilles, ce nid, l'aménera au perron de notre porte où, à l'unisson des paroles de Marie, il milaulera ces mots: papa, ne m'oublie pas ! 

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