Et la neige vînt. Comme un navire chargé de grelots. Les enfants font des bonhommes de neige. Les bonhommes de neige font des enfants. Au loin, les vaches gambadent en chaussons de neige. Les voitures soudain semblent incongrus sous ce manteau blanc. Un état de grâce où la nature n'a plus cet air désossé, métallique, grillagé, emmurée vivante. La neige est une coiffe, un coussin, un mouchoir, un manteau, un manchon où l'on fourre les mains gourdes des enfants, une voilure derrière laquelle glissent les montagnes comme les bosses de chameaux gargantuesques. La neige est le ciel aussi car rien, pas une ligne, pas un cil ne les départage. L'horizon n'est qu'une plume qui se balance, invisible.
Sur ce tableau, seul jure le chat. Noir de geai où les yeux scintillent, deux émeraudes. Lisa lui tirebouchonne la queue, lui donne le biberon, le transbahute, le fanfreluche, le déplie, le dépose, le bichonne, le chiffonne. Nous autres, au premier chef Marie qui se rengorge, s'indigne, s'égosille vainement, nous le plaignons. Oui, nous le plaignons. Alors, on lui découpe des morceaux de jambon et on le laisse dormir où bon lui semble, refermant soigneusement la porte de Lisa derrière nous. Derrière lui qui virevolte, les pattes en feux follets. Lisa, sa bête noire. Et pourtant, de temps à autre, c'est lui qui vient à elle. Elle s'en émerveille et s'en empare aussitôt, impitoyable et lui, au balcon des bras de sa protégée, nous fait des yeux affligés que nous ne savons s'il faut les croire sur parole. Finalement, indécis ou bien résignés, nous donnons notre langue au chat.
La varicelle a fait long feu. Lundi, c'est la rentrée. Et pour moi, les vacances. Avec toute cette neige, il va falloir se mettre des skis aux pieds. On guette les foires au ski pour s'équiper. En attendant, la voiture a retrouvé des enjoliveurs et là maintenant, dehors, ronronne sous son pelage blanc comme un matou aux griffes d'acier dans des gants de chrome.
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