Aujourd’hui, jour de Noël, je suis passé chez le pâtissier retirer la bûche de Noël commandée deux jours plus tôt. De l’autre côté de la rue, on vendait des oranges par sacs de dix kilos. J’en ai ramené un qui s’est renversé dans le coffre pendant le trajet du retour. Un homme mendiait au feu rouge, un autre vendait des fleurs plus très fraîches, un autre des mouchoirs et d’autres encore s’attaquaient aux pare-brises avec des éponges. Les rues étaient désertes, les poubelles pleines et le ciel gris. L’après-midi, on est allé marcher le long de la mer, sur la même plage où l’été on se baigne. Et les mêmes chiots que ceux de la veille gambadaient dans un vague enclos, en retrait de la plage, mais cette fois, ils s’étaient roulés en boule contre les flancs de leur mère et nous jetaient des regards distraits. On s’est mis en quête de pierres plates à faire ricocher à la surface de l’eau au risque d’éborgner des mouettes qui s’étaient posées là et semblaient somnoler et puis quand les deux petites, après un somme, ont pointé le minois hors de leurs combinaisons hivernales, on est rentré.
Le sapin de Noël tangue un peu au milieu du salon et les jours passant, il penche de plus en plus. C’est le premier Noël de Mélina et Lisa mais seule Marie est en âge de recevoir la visite du père Noël. Quand il a fait irruption dans le salon, elle est restée interdite. Elle a reçu des mains tremblotantes du vieil homme un paquet qu’elle n’a pas même tenté d’ouvrir, auquel elle s’est cramponnée comme à une bouée. Comme il y avait un feu dans la cheminée, il s’est éclipsé par la porte d’entrée. Cette année, il portait des lunettes noires. Parmi les cadeaux, une robe pourpre de princesse russe, bordée de fourrure blanche, cadeau de son oncle et de sa tante. Elle l’a enfilée sur place ainsi qu’une paire de gants rouges montant jusqu’au dessus des poignets. Ainsi parée, elle a accepté de bonne grâce de poser pour les paparazzis. L’un d’entre eux n’était autre que le père Noël en personne. Marie s’est seulement demandée où il avait garé son attelage de rennes mais à part ce détail, elle n’a plus fait une seule allusion au père Noël.
J’ai lu quelque part que c’est Coca Cola dans une publicité des années trente qui habilla le père Noël de rouge et de blanc et le gratifia de l’embonpoint qu’on lui connait aujourd’hui. Autrefois, on le représentait le plus souvent en habits verts, maigre et le visage glabre. Son histoire varie d’un pays à l’autre mais commence pour tous en Asie Mineure au IVème siècle après Jésus-Christ avec un certain Nicolas de Myre. Le père Noël que l’on connait aujourd’hui n’a pas plus de soixante dix-sept ans. En Russie, il a une fille habillée en bleu qui l’accompagne. En Grèce, le père Noël s’est aujourd’hui imposé comme presque partout en Europe et en Amérique et les sapins de Noël font désormais partie du paysage, remplaçant les maquettes de bateaux-voiliers en bois spécialement décorées de loupiotes scintillantes qui tenaient lieu autrefois de seule décoration de Noël. Aujourd’hui, les enfants Grecs aussi reçoivent des cadeaux à Noël ; ce n’était pas le cas autrefois ; les enfants en recevaient le 1er janvier, fête de saint Basile. Cette période de fêtes s’achève aujourd’hui encore par la cérémonie du baptême de Jésus le 6 janvier (ta fota), l’une des plus belles fêtes orthodoxes symbolisant le jaillissement de la lumière. Au cours de la liturgie, le prêtre purifie l’eau en chassant les fées imaginaires porteuses de malédiction ; il bénit l’eau, et plus encore l’eau de la mer ou d’une rivière qui se trouve généralement à proximité ; un crucifix est jeté dans l’eau et des jeunes gens chercheront alors à le rattraper en plongeant dans une eau très fraîche. Celui qui ramènera le crucifix recevra alors la bénédiction du prêtre et de toute l’assemblée.
Couchée sur le dos, Lisa parvient maintenant à basculer sur le ventre mais ne peut exécuter la même manoeuvre en sens inverse. Il lui faut toujours une trentaine de secondes pour s’en apercevoir et s’en plaindre avec force geignements et convulsions. Dans son sommeil, il lui arrive de plus en plus fréquemment d’opérer le même basculement ce qui la réveille aussitôt et provoque de sa part la même réaction que pendant la journée. Ceci mis à part, elle dort mieux depuis que pendant la journée, elle est passée au biberon, ne disposant de sa mère que la nuit durant (et les nuits durent parfois plus qu’elles ne devraient). C’est un bébé joyeux, souriant, alerte. La frimousse de Marie la met en joie. Marie qui s’en aperçoit en abuse et se vexe quand on la réprimande. L’attention qui va vers Lisa l’irrite, elle se braque pour des broutilles, multiplie les insolences, cherche par des moyens détournées à regagner un peu de l’attention perdue. Chaque repas est un long jeu de conciliabules et de tractations. Nous n’avons pas toujours la patience de mieux nous partager.
Après deux jours gris et immobiles, un jour bleu et venteux. Lisa s’en offusque et nous quittons la plage un peu trop tôt pour Marie qui n’en avait pas encore fini avec le capitaine crochet. On fait des courses, on déjeune, on dîne, on dort, on refait des courses. Dans le cours de ces journées banales, certains moments semblent lire entre les lignes d’une main distraite, désinvolte, caressante. Entre deux bains, entre deux biberons, entre deux repas, entre deux promenades digestives, quelque chose remonte à la surface. Le souvenir le plus insignifiant, l’observation d’un grain de poussière. Un moment de grâce et de dérision, même si c’est déjà trop en dire (les mots forcent toujours la mise et le trait). La banalité mérite mieux que le constat qu’on en fait.
Le sapin de Noël tangue un peu au milieu du salon et les jours passant, il penche de plus en plus. C’est le premier Noël de Mélina et Lisa mais seule Marie est en âge de recevoir la visite du père Noël. Quand il a fait irruption dans le salon, elle est restée interdite. Elle a reçu des mains tremblotantes du vieil homme un paquet qu’elle n’a pas même tenté d’ouvrir, auquel elle s’est cramponnée comme à une bouée. Comme il y avait un feu dans la cheminée, il s’est éclipsé par la porte d’entrée. Cette année, il portait des lunettes noires. Parmi les cadeaux, une robe pourpre de princesse russe, bordée de fourrure blanche, cadeau de son oncle et de sa tante. Elle l’a enfilée sur place ainsi qu’une paire de gants rouges montant jusqu’au dessus des poignets. Ainsi parée, elle a accepté de bonne grâce de poser pour les paparazzis. L’un d’entre eux n’était autre que le père Noël en personne. Marie s’est seulement demandée où il avait garé son attelage de rennes mais à part ce détail, elle n’a plus fait une seule allusion au père Noël.
J’ai lu quelque part que c’est Coca Cola dans une publicité des années trente qui habilla le père Noël de rouge et de blanc et le gratifia de l’embonpoint qu’on lui connait aujourd’hui. Autrefois, on le représentait le plus souvent en habits verts, maigre et le visage glabre. Son histoire varie d’un pays à l’autre mais commence pour tous en Asie Mineure au IVème siècle après Jésus-Christ avec un certain Nicolas de Myre. Le père Noël que l’on connait aujourd’hui n’a pas plus de soixante dix-sept ans. En Russie, il a une fille habillée en bleu qui l’accompagne. En Grèce, le père Noël s’est aujourd’hui imposé comme presque partout en Europe et en Amérique et les sapins de Noël font désormais partie du paysage, remplaçant les maquettes de bateaux-voiliers en bois spécialement décorées de loupiotes scintillantes qui tenaient lieu autrefois de seule décoration de Noël. Aujourd’hui, les enfants Grecs aussi reçoivent des cadeaux à Noël ; ce n’était pas le cas autrefois ; les enfants en recevaient le 1er janvier, fête de saint Basile. Cette période de fêtes s’achève aujourd’hui encore par la cérémonie du baptême de Jésus le 6 janvier (ta fota), l’une des plus belles fêtes orthodoxes symbolisant le jaillissement de la lumière. Au cours de la liturgie, le prêtre purifie l’eau en chassant les fées imaginaires porteuses de malédiction ; il bénit l’eau, et plus encore l’eau de la mer ou d’une rivière qui se trouve généralement à proximité ; un crucifix est jeté dans l’eau et des jeunes gens chercheront alors à le rattraper en plongeant dans une eau très fraîche. Celui qui ramènera le crucifix recevra alors la bénédiction du prêtre et de toute l’assemblée.
Couchée sur le dos, Lisa parvient maintenant à basculer sur le ventre mais ne peut exécuter la même manoeuvre en sens inverse. Il lui faut toujours une trentaine de secondes pour s’en apercevoir et s’en plaindre avec force geignements et convulsions. Dans son sommeil, il lui arrive de plus en plus fréquemment d’opérer le même basculement ce qui la réveille aussitôt et provoque de sa part la même réaction que pendant la journée. Ceci mis à part, elle dort mieux depuis que pendant la journée, elle est passée au biberon, ne disposant de sa mère que la nuit durant (et les nuits durent parfois plus qu’elles ne devraient). C’est un bébé joyeux, souriant, alerte. La frimousse de Marie la met en joie. Marie qui s’en aperçoit en abuse et se vexe quand on la réprimande. L’attention qui va vers Lisa l’irrite, elle se braque pour des broutilles, multiplie les insolences, cherche par des moyens détournées à regagner un peu de l’attention perdue. Chaque repas est un long jeu de conciliabules et de tractations. Nous n’avons pas toujours la patience de mieux nous partager.
Après deux jours gris et immobiles, un jour bleu et venteux. Lisa s’en offusque et nous quittons la plage un peu trop tôt pour Marie qui n’en avait pas encore fini avec le capitaine crochet. On fait des courses, on déjeune, on dîne, on dort, on refait des courses. Dans le cours de ces journées banales, certains moments semblent lire entre les lignes d’une main distraite, désinvolte, caressante. Entre deux bains, entre deux biberons, entre deux repas, entre deux promenades digestives, quelque chose remonte à la surface. Le souvenir le plus insignifiant, l’observation d’un grain de poussière. Un moment de grâce et de dérision, même si c’est déjà trop en dire (les mots forcent toujours la mise et le trait). La banalité mérite mieux que le constat qu’on en fait.
La rue Karagiorgias descend vers la mer. Aujourd’hui, elle a mauvaise mine la mer, du courant, de l’écume, des vagues ; du haut de la rue, le soleil dans les yeux, on la voit, découpée en losange entre les immeubles. Les voitures filent à plus de quatre-vingt kilomètres heures. Avec Marie, on prend la direction de Phalère. Sur le bord de mer, un parc d’attractions, des cafés, un jardin d’enfants. A la nuit tombée, on reprend la route. Marie glisse contre mon bras. Elle s’endort mais se réveille sitôt le moteur éteint. Il n’y plus de sapin de Noël ; les boules et les guirlandes ont retrouvé leurs caisses en carton jusqu’à l’année prochaine. On a retiré la couronne en forme d’étoile qui scintillait contre la porte fenêtre ainsi que la guirlande électrique qui illuminait la terrasse. Le père Noël entre en hibernation. C’est notre dernière nuit à Glyfada. A Varsovie où nous atterrirons demain en fin d’après-midi, la température avoisine les huit degrés sous le zéro.
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