18 janvier 2008

Sorcellerie



Marie s’est déguisée en sorcière. J’ai servi des tapas et débouché une demi-bouteille de mousseux pour célébrer la demi-année de Lisa. Marie en a pris un peu mais ce qui lui plaît plus que tout, c’est d’entrechoquer les verres et de répéter la chose sans fin. Puis, on a dansé sur un air celtique de Manau, « le renard, le loup et la belette ». Lisa se tenait coi, impressionnée par tout ce remue-ménage. J’ai demandé à Marie de la prendre dans ses bras pour quelques photos sous l’oeil jaune d’une bougie. Marie a un sourire forcé et bouge sans cesse, Lisa ne répond pas encore à son prénom mais la photo est réussi. Puis une autre encore. Pendant ce temps, maman essaie un nouveau pyjama puis un manteau et finalement le chapeau de sorcière. La sarabande se poursuit jusqu’à ce que ce soit l’heure du bain de Lisa. Elle a les yeux vifs, la petite Lisa. Biberon dans une pièce, lait au miel dans l’autre. L’histoire d’un pélican qui invite ses amis pour son anniversaire. Tout le monde doit venir déguisé et tout le monde se déguise en un autre que soit. Il n’y a pas de personnages imaginaires mais tout un bestiaire qui passe par les vestiaires de nos imaginations débridées. Demain, nous prendrons la route de Gdansk. Nicolas a réservé un appartement pour nous tous dans un centre de spa.

Les enseignants ont manifesté aujourd’hui, bloquant la circulation sur l’avenue Ujazdowskie. Ils sont passés une première fois vers onze heures puis sont revenus sur leurs pas en début d’après-midi pour se rendre devant le parlement. La Pologne perd sa main d’oeuvre qualifiée, les manifestations se multiplient; après les infirmières et les médecins, les enseignants auxquels se mêlaient de nombreux élèves. Mais si infirmières et médecins peuvent espèrer trouver du travail à l’étranger, les enseignants, eux, sont condamnés à végéter ici. Les gouvernements passent et rien ne change. A cause des manifestations, nous sommes arrivés à l’école en retard. Marie attendait dans la classe, elle n’était pas la seule.

De Macédoine, j’ai ramené une girafe en peluche à laquelle Marie a aussitôt trouvé une famille, un papa et une maman. Tous les trois dorment en ce moment avec elle dans son lit. Lydia dort aussi et je vais aller la rejoindre. Le chapeau de la sorcière gît par terre, au milieu du salon. Il ne reste qu’une seule bougie allumée. Je l’éteins d’un souffle. Quand la fumée retombe, le chapeau a disparu. Je me déguise à mon tour en un autre moi tout ensommeillé qui n’ira pas plus loin que quelques pages et des poussières d’un livre de chevet.

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