Hier, on a joué à se jeter des doudous à la tête. Marie ne fait pas d’exclusiveté en fait de doudou. Elle n’en a aucun car elle les a tous, devrait-on dire. Un jour celui-ci, un autre celui-là. Du jour au lendemain, le petit chien qu’elle dorlotait est oublié dans un coin, le kangourou remonte sur son piédestal, le chat tombe dans l’oubliette d’un entre-deux-meubles, là où personne n’ira chercher, pas même la femme de ménage. Elle aime organiser des réunions de doudous, des processions de doudous, des aéropages de doudous qui, dans son lit, lui font un nid au milieu duquel elle s’endormira. Chez le docteur, elle en emporte un qu’elle abandonne dans la voiture sur le chemin du retour. Pour voyager, il lui en faut toute une compagnie qu’elle tassera dans un sac à dos. Elle leur fera faire une sortie dans l’avion puis arrivée chez mamie, elle les répartira, un par pièce. Les psychologues pour enfants ont sans doute leur interprétation. L’un d’entre eux que je lisais il y a quelques jours – cherchant alors à comprendre comment stimuler son appétit - écrivait qu’il faut bien lire entre les lignes des dessins d’enfants, qu’il y avait là, niché entre les coups de crayons ou de feutre, un “message”. Quel message ? J’ai bien regardé. Les couleurs sont gaies, les lignes douces ou aussi peu heurtées que le permet son manque de dextérité. Lisa est bien là, d’ailleurs plus grande qu’elle ne l’est en réalité, en fait aussi grande que Marie, quasi-symétrique, l’une à côté de l’autre entre les parents, avec deux bras, deux mains, une tête chacune, deux yeux, une bouche par visage. Sous un soleil en dents de scie, Papa et maman sont bien là eux aussi, papa un peu plus grand que maman et avec plus de cheveux, et des cheveux noirs tandis que ceux de maman sont jaunes. Sans doute nous dit-elle sans le dire que Lisa prend un peu plus de place qu’elle ne devrait vu sa taille mais que cela n’empêche pas le soleil de briller dans le ciel de Varsovie. C’est vrai qu’aujourd’hui fut une belle journée, courte mais radieuse, quasi-printanière, la neige fondant sous les yeux. En riant, Marie soulève son maillot de corps pour donner la têtée à un chiot puis elle le place dans un panier, le recouvre d’un mouchoir tigrouesque et nous fait “chut”, il dort, il ne faut pas le réveiller…Lisa, elle, se marre.
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