05 janvier 2008

Panne de chaudière



A Varsovie, c’est à peine s’il y a de la neige, tout juste de la poussière de neige saupoudrée ici et là, sans souci d’uniformité. Parce que cette fois l’avion s’est approché au plus près des bâtiments de l’aéoroport, on a cru un moment que l’on aurait droit à la passerelle. On a vite déchanté : un bus nous attendait au pied de l’avion. Il a fallu alors revêtir manteaux, bonnets et écharpes, se tasser dans un coin du bus et se ruer dans le hall de l’aéroport par l’étroite porte vitrée. Je croyais que la Pologne ayant rejoint depuis le 1er janvier l’espace Schengen, nous serions dispensés de contrôle des passeports mais il n’en fut rien.

Une surprise de taille nous attendait. Pendant notre absence, la chaudière s’était éteinte et dans la maison, il faisait si froid qu’on faisait de la buée en respirant. Je ne suis pas parvenu à remettre en route la chaudière. La veilleuse se mettait en marche mais s’éteignait sitôt que je relâchais l’enclencheur. J’ai appelé le propriétaire qui est venu aussitôt, suivi de Darek le chauffagiste. Tous les deux se sont affairés pendant une bonne heure et sont finalement parvenus à remettre en route la chaudière mais une heure plus tard, alors qu’ils étaient déjà repartis, elle s’est éteinte à nouveau. C’est à ce moment-là qu’on a décidé qu’il valait mieux que Lydia et les enfants aillent passer la nuit chez des amis. Il commençait à se faire tard et dans la maison, la température ne dépassait pas les 3 degrés. Toutes les trois n’avaient jusque là pas quitté la cuisine où le four et les quatre plaques chauffantes tenaient lieu de chauffage. Marie avait enfilé ses moon boots et son anorak le plus épais pendant que Lisa dormait sur la table de la cuisine, enroulée dans une triple épaisseur de couvertures et calée entre deux coussins. Un taxi les a emmenées. Je suis resté à surveiller les travaux.

Le propriétaire a trouvé le moyen de se procurer une pièce de rechange. Ce n’est que vers neuf heures que tous les deux s’en sont allés. La température n’avait augmenté que de quelques degrés et j’étais frigorifié. Je me suis changé en hâte dans la chambre à coucher et n’ai trouvé le sommeil que tard dans la nuit, guettant le souffle rauque de la chaudière, craignant qu’elle se s’arrête à nouveau, auquel cas je n’aurais plus eu qu’à rejoindre les miens. A deux heures du matin, la température avait péniblement atteint les 8 degrés. Les chambres étaient de vraies chambres froides ; le sol dans la cuisine, le parquet dans les autres pièces, tous les murs étaient comme gelés et j’entendais venant du grenier des craquèlements comme si toute la maison était sur le point de se fendre de haut en bas. Je me suis couché en doudoune et genouillère, deux paires de chaussettes en dessous, deux pulls de laine, deux couches de sous-vêtements.

Le lendemain, les progrès furent désespérément lents. Le chauffagiste est réapparu comme convenu en début d’après-midi. Il a remplacé d’autres pièces et a nettoyé la chaudière. Pour ce faire, il a dû l’éteindre, provoquant une nouvelle chute de la température; il n’a pas fallu plus d’une demi-heure pour perdre ce qui avait été acquis de haute luètte en pas moins de quatre heures. Le soir même, devant le peu de progrès accompli, j’ai rejoint Lydia et les enfants et nous avons passé une seconde nuit hors de chez nous. Samedi matin enfin, nous avons repris possession des lieux.

A présent, la chaudière tourne à plein gaz et la température avoisinne les dix neuf degrés, davantage dans la chambre de Marie qui est la pièce la plus chaude. Ceci dit, les murs et le sol n’ont pas encore retrouvé leur tiédeur ordinaire et les deux radiateurs d’appoint achetés hier ne sont pas de trop. Marie est ravie de retrouver enfin ses peluches, ses jouets et ses habitudes. Lisa [ici sur la photo, le jour du départ], elle, s’en fout mais elle a le bout du nez rouge et les mains froides et son humeur s’en ressent.

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