Mercredi, jour des poney shetlands de la Belle Ferme. Je commence à connaître le nom de tous les poneys. Au fil des semaines, Marie a monté chacun d'entre eux, du plus petit au plus grand (Hercule, je crois). Mercredi, jour des devoirs aussi: contrôle de math ce vendredi. Je prends l'avion pour Tunis demain après-midi, donc après l'école, toutes les deux prendront le bus pour le centre de loisirs où Lydia les récupérera deux heures plus tard. Jeudi, il n'y aura donc pas le temps de réviser une dernière fois.
Hier, après l'école, j'ai emmené Lisa dans un photomaton où elle a dû se dresser à genoux sur le tabouret pour caler sa tête dans le cadre en forme ovale. Hors de ce cadre, la photo n'est pas homologuée et ne peut donc être utilisée pour un passeport ou une carte d'identité. On s'y est pris à trois reprises mais en vain: la machine n'a pas homologué les photos. Lisa a fait pourtant de son mieux: ne pas sourire, garder la boucher fermée, maintenir la ligne des yeux au niveau de la ligne des pointillés, tendre la face lisse d'un visage inexpressif, sans aspérités. Mais rien n'y a fait. Nous avons été refoulés de l'ordre biométrique. Je n'ai pas compris pourquoi. Peut-être le foulard. Peut-être se tient-elle légèrement de biais. J'étais juste sur le côté, à la maintenir, lui éviter de tomber tout en veillant à ne pas apparaître sur la photo: une ombre nous aurait invalidés. Mais Lisa ne s'est pas formalisée. Elle était tout excitée par ce que l'expérience avait d'insolite. Les cinq photos, elle les a montrées fièrement à maman. Comme si elles étaient son oeuvre. Aujourd'hui, nous irons à la mairie y déposer le formulaire, y faire de nouvelles photos, des photos homologuées cette fois.
Marie a ramené de l'école de la moutarde dans un petit récipient, fruit de leurs travaux de classe. Elle a insisté pour qu'on y goûte. Au dîner donc, foie de veau assaissonné de moutarde maison ou plutôt école.
Le photomaton a été inventé en 1924 par un Américain d'origine Russe, Anatol Marco Josepho. Brevetée l'année suivante, la première photo cabine apparaît à New York dès 1926. Photomaton, c'est le nom de l'entreprise qui exploita le procédé. En 1941, l'entreprise proposa ses services en France pour photographier les déportés. Elle ne remporta pas le marché. Le dossier qui fut déposé vantait ainsi les mérites du photomaton: « Nous pensons que le rassemblement de certaines catégories d'individus de race juive dans des camps de concentration aura pour conséquence administrative la constitution d'un dossier, d'une fiche ou carte, etc. Spécialiste des questions ayant trait à l'identité, nous nous permettons d'attirer particulièrement votre attention sur l'intérêt que présentent nos machines automatiques Photomaton susceptibles de photographier un millier de personnes en six poses et ce en une journée ordinaire de travail. La qualité très spéciale du papier ne permet ni retouche, ni truquage. »
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