07 janvier 2011

Complots d'anges

Noël est derrière nous. Anges, guirlandes et petits coeurs pourrissent dans le jardin. J'ai sorti le coffre où ils iront attendre Noël prochain. Avec retard, Marie a eu son appareil photo et Lisa son garage et ses petites voitures.

Le mardi et le jeudi, Marie reste une heure de plus à l'école. Une heure de rattrapage en mathématiques. Il fait nuit quand je vais la chercher. Lisa attend dans la voiture. Marie sort par l'autre sortie, celle des maîtres. Elle a pleurniché la première fois où je l'ai convoquée pour ses devoirs dans la pièce qui nous sert de studio. Je m'attelle à la tache avec la conviction du bon père de famille.

J'ai enfin reçu le certificat de conformité attestant que notre voiture n'est pas une contrefaçon polonaise. A la sous-préfecture, il y avait du monde. Mais curieusement pour les voitures importées, c'était plus rapide. L'employée a enregistré les données dans l'ordinateur. J'ai encore attendu avant d'être appelé à la caisse pour y déposer mon chèque et retirer le certificat d'immatriculation provisoire. Ensuite, je suis passé au garage. Il a fallu encore débourser une trentaine d'euros pour substituer les plaques frrançaises aux plaques de transit. Finalement, la compagnie d'assurance où chèque à l'appui, j'ai obtenu le petit médaillon vert et sa pochette surprise à coller sur le pare-brise. Faute de documents de la compagnie d'assurance polonaise attestant que le véhicule a été assuré tout au long de mes années polonaises, j'ai été gratifié du tarif maximum. Je vais écrire à qui je sais à Varsovie pour qu'il m'obtienne une attestation en bonne et due forme, histoire de rétablir le juste équilibre entre bonus et malus et réduire mes mensualités de deux tiers du montant actuel.

Dans une heure, j'irai chercher Marie et Lisa à l'école. C'est une belle journée. Il ne fait pas froid. L'eau s'évapore et forme des bruines qui se déchirent à la cime des forêts et des montagnes. Il y a presque un arrière-goût de printemps dans l'air. Pendant une demi-seconde, en sortant de la sous-préfecture et passant devant la fontaine que des employées municipaux venaient de nettoyer de fond en comble, j'ai humé sa fragrance. Le sapin de Noël a vieilli en une nuit. Ses rides, ce sont ses épines qui lui font une couronne d'enterrement à son pied bot. Les guirlandes lui tombent des épaules comme des guenilles. Les boules ont l'air de pendus et lui d'un gibet. Les angelots qui jasent dans les branches retroussées de leurs manchons d'épines ont des airs de comploteurs. L'air de se chuchoter des choses comme: et maintenant? Qu'est-ce qu'on fait, où on va? Et avec tous ces airs, on oublie tout et on recommence à zéro, histoire de faire semblant de ne pas avoir vu l'hiver passer.

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