02 janvier 2011

Cendrillons

A minuit tapant, le carosse est redevenu citrouille et Marie-Lisa qui ne s'était pas encore rendu compte que dans sa hâte à s'éclipser, elle avait perdu un soulier sur les marches du château de Voltaire se retrouva bien morose sur le perron de son domicile aux allures et dimensions de coquille de noix. De l'autre côté de la frontière de son rêve, l'horloge de Rousseau n'avait pas arrêté le temps. Levant la tête, les deux soeurs s'interrogèrent: etaient-ce les lumières, là, à toutes les fenêtres, à tous les balcons ? Etait-ce la liesse dans ces chaumières égrenées en lotissements de Moëns à Gex ? On entendait les salves des pétards mouillés, on entendait les voix grêles et rauques des fêtards. Et puis soudain le silence et l'obscurité. Son chat l'attendait sur le seuil. La nuit durant, il avait couru la résidence et ses pattes de velours sentaient le beurre et la boue. Père et mère cuvaient leur champagne et leurs glaces au marc de café. Mona-Lisa se laissa tomber dans le sopha. Filou le chat fila à la cuisine en quête de croquettes de poulet. La vaisselle tanguait dans l'évier. La carcasse d'un chapon acheté l'avant-veille au marché baignait dans son jus ainsi que cardons et marrons hâchés. Le petit jour pointa entre les volets, le premier jour de la nouvelle année, se dit-elle, rêveuse. Son prince saura-t-il la retrouver ? Elle finit par s'endormir, ayant placé son unique soulier sous ses quatre oreilles et deux oreillers.

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