Hier, dans
les écoles comme dans tous les bâtiments publics, une minute de silence a été
observée.
Marie me
demande si j’ai respecté la minute de silence. J’étais seul à la maison, lui
ai-je répondu, comment aurais-je pu ? Elle n’est pas satisfaite de ma
réponse. Alors au diner, à l’initiative de Lydia, avant de commencer à manger -
comme pour les prières -, nous avons observé une minute de silence. Nous le
faisons debout autour de la table. Lisa ferme les yeux. Lydia les baisse. Marie
regarde vers le réveil au-dessus du frigo. Défilent devant moi les visages
montrés à la télévision des dessinateurs assassinés. Quand nous nous rasseyons,
Marie n’est pas convaincue qu’une minute a passé.
A l’école,
il faut aussi les convaincre que l’Islam n’est pas une mauvaise religion, une
religion violente, que les musulmans – et il y en a parmi eux – ne sont pas
tous « mauvais ». Certains enfants trouvent que les caricatures sont des
insultes à leur religion. Jamais on ne les a tant vues que ces deux derniers
jours. Alors, ils ont pu en juger par eux-mêmes. Quelle ironie !
Il y a des
pays où ces caricaturistes auraient été jetés en prison. Il y a des pays où ces
caricaturistes auraient été condamnés à mort et exécutés.
La liberté d’expression,
entend-on un peu partout. Elle recule. Les religions avancent. Elles regagnent
le terrain perdu. Et pas seulement l’Islam.
Lisa était
chez une amie quand la nouvelle du carnage a commencé à se répandre. La mère de
son amie a pleuré, m’a-t-elle dit, troublée.
A l’école, Marie
a dessiné une affiche avec ces mots de son cru (m'assure-t-elle): "l'encre doit couler à la place du sang".
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