| Léa, Nicolas, Noah, Lisa et Marie dans les gradins de l'arène d'Oudhna |
Lisa a dormi
quatre nuits de suite sans tétine. A peine de retour, au moment d’aller se
coucher, je lui demande si elle se sent capable de s’en passer pour de bon.
Elle l’a retrouvée sur le bord du lavabo dans la salle de bain. Bon, va pour
cette nuit. On verra pour toutes les autres. L’année ne fait que commencer.
Nous avons
passé les trois derniers et trois premiers jours de l’année en Tunisie chez
Gabi, Nicolas, Léa et Noah. Je veux dire : les derniers de 2014, les
premiers de 2015.
Leur terrasse donne sur la mer qui, trois jours durant, était
démontée, balayée qu’elle était par des guirlandes d’écume dévalant de biais
jusqu’à la plage. Le vent soufflait sans discontinuer, faisant trembler les
vitres, claquer les portes, semblant tout prêt d’arracher les perruques des
palmiers (on dirait des perruques, non Lisa ?). Sur la corniche où nous
avons fait le marché la veille du nouvel an, peu de voitures étaient garées le
long du trottoir de crainte sans doute que l’un des palmiers qui scandent la
promenade d’un bout à l’autre de la plage ne s’abatte sur elles.
| vue de la terrasse un jour de tempête |
Le
jour de notre départ, le temps s’était remis au beau. Grand soleil, mer calme.
La voisine qui devait prendre le ferry avec sa fille de 12 ans pour rentrer à
Marseille était soulagée. Nicolas nous a emmenés à l’aéroport. Escale à Rome. A
Rome, on nous a fait attendre deux heures dans l’avion, pour cause de contrôles
techniques. Le survol des Alpes fut tout en secousses.
Mille deux cent cinquante neuf
kilomètres plus au nord, il n’y avait plus de neige. Le chauffeur de taxi
suisse parlait de douceur.
Ce sera donc
le premier texte de l’année 2015. Chaque année qui bascule dans le passé, les
souvenirs, chaque année qui s’ouvre. Le deuil de l’une et l’accueil d’une
nouvelle. On sait très bien que la distance qui les sépare est si mince qu’elle
tiendrait dans un album de photos digitales. C’est le temps des photos de famille et
d’amis (facebook en regorge jusqu’à la nausée), des "selfies", des souhaits et des
résolutions. Gabi en a pris note dans un carnet. Pour elle, pour Nicolas, pour
moi. Les enfants, eux, n’y voient que du feu. Leur sens du rite se limite à
l’horizon de chaque jour qui passe.
| thermes d'Antonin à Carthage/Tunis |
Demain, il
fera beau, et c’était vrai. On s’était presque habitué à vivre avec le bruit du
vent dans la tête. La tempête est passée. L'air a un arrière-goût de printemps.
Maria a un
exposé sur Alexandre le Grand à préparer aujourd’hui, dernier jour avant la
rentrée.
| capitole d'Oudhna |
Lisa a déjà
fait ses devoirs. Il fallait lire les mots de Motordu.
Lydia est à
Tachkent chez sa mère qui ne l’attendait pas. Elle lui a fait la surprise.
Arrivée tôt le matin devant sa porte pour voir la tête qu’elle ferait - et
qu’elle a faite - de la voir là, plantée devant elle, bagage au pied (boîte de
caviar précieusement enroulée dans des vêtements), alors qu’elle la pensait si
loin d’ici. C’était le premier noël et le premier nouvel an depuis la mort de son
mari, du père de Lydia.
Lydia rentre
demain soir. Je ne sais pas encore quand. Je vais lui écrire un mot.
Lisa, ce matin: "c'est quoi le métier de maman ?".
Réveil la nuit à 7h00 du matin. Après tant de grasses matinées. Le thermomètre de la voiture affiche -4°C. Les vitres n'ont pas encore entièrement dégivré. Sur le parking du collège, je descends de voiture pour gratter les derniers halos de givre.
Lisa me demande de faire le grand écart. Ada qui a passé quelques nuits chez nous le lui a appris. Elle en est fière. Je prends une pose de crabe, bien éloigné de toute horizontalité. Elle se moque de moi.
| Grâce à Ada, Lisa a appris à faire le grand écart. |
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