12 janvier 2015

#JeSuisVoltaire



 
Les enfants ont peint sur de grandes feuilles cartonnées les mots de ralliement « je suis Charlie ». Mais Lisa, ayant mal apprécié la place que prendraient ces mots sur la page, n’en a pas eu assez pour la lettre « e », muette soit dit en passant (nous en avons brièvement discuté), de Charlie. Alors, vexée, elle a dû en refaire une autre. Marie a badigeonné de noir sa feuille blanche pour y écrire en lettres blanches son « Je suis Charlie ».

 
Elle espérait au défilé retrouver Camille. Elle avait bon espoir jusqu’à ce que nous sortions de chez nous. Il y avait des voitures parquées tout le long des rues, des routes, dans le moindre recoin. C'était jour de foule. Aucune chance de retrouver Camille qui, nous l’apprendrions plus tard, étaient en tête de défilé. Nous avons marché dans les rues familières mais qui, avec ce monde, l’étaient beaucoup moins. La rue allait descendant et on aurait dit que le Mont Blanc, à l’horizon, surplombait la foule. Pancartes, écriteaux ou simples feuilles de papier, crayons glissés dans un chignon, crayons brandis au-dessus des têtes, chiens transformés en homme-sandwich, et puis, au bout de la foule, après un long détour à travers la ville, la statue du commandeur local, Voltaire, dans toutes sa majesté, avec à ses pieds un parterre de bougies formant les lettres « je suis charlie » et des crayons (Marie y a laissé le sien) en vrac.
 
 
Lisa pensait que ce serait amusant.  A un moment ou à un autre. Tout le long du parcours, elle a consciencieusement brandi sa pancarte dans l’attente de quelque chose qui n’est pas venu, assez impressionnée tout de même par cette foule.
 
 
La marche était silencieuse mais les conversations allaient bon train, en français mais aussi en anglais, en italien, en espagnol. Il y avait du soleil mais nous avions pris des parapluies, échaudés par une petite averse survenue à peine avions nous franchi le seuil de l’immeuble. Nous avons croisé l’un des instituteurs de l’école, celui de Marie quand elle était en CE1, mais à part lui, nous n’avons rencontré aucune connaissance, pas plus Camille et ses parents que qui que ce soit d’autre.

Après avoir fait un grand tour, nous avons bifurqué une fois au moment même où la foule, rassemblée autour de Voltaire, se mit à applaudir.

Tout le monde n'a que les mots "liberté d'expression" à la bouche. Je me demande ce qu'il en aurait été si les journalistes tués avaient appartenu à la rédaction de Minute. Auraient-ils été des héros eux aussi ? Les gens se seraient-ils mobilisés de manière aussi massive ? J'en doute. Au fond, il y a toujours quelque chose d'ambigu, voire de faussé, dans quelque engagement que ce soit. En tout cas, il faut se méfier des mots d'ordre et de ralliement. "Je suis Charlie" a fait mouche mais ce n'est guère qu'un prête-nom pour hashtagistes.
 
 

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