Il y avait un carrousel à l'entrée du Cours Mirabeau et puis, plus haut, la statue du bon Roi René baignant dans le soleil autant que dans l'eau d'une fontaine. L'hôtel où nous étions descendus était situé un peu à l'écart de la ville. Dans la pinède en surplomb de l'hôtel, il y avait des hamacs où les enfants ont fait des moulinets et moi quelques photos. Des arbres avaient été coupés et des tranches de tronc servaient de tabourets. Mais aussi de podiums.
Une petite anglaise a voulu joué avec Lisa. Elle avait une poupée aux bras reproduisant mécaniquement les gestes de la nage. Dans l'eau de la piscine, encore un peu froide pour y nager, elle s'acharnait à tenter d'hasardeuses traversées et invariablement terminait sa course au milieu, là où personne, à moins de descendre dans l'eau, ne pouvait aller la chercher. Mais la mère de l'enfant ne semblait pas ressentir le froid, elle est descendue dans l'eau, elle a ramené la poupée à bon port. Lisa l'a confisquée aussitôt, la fillette qui parlait un peu de Français s'en est plaint mais en vain, je suis intervenu, la mère m'en a aussitôt dissuadé, "ce n'est pas grave", a-t-elle dit.
Finalement, Lisa lui a restitué la poupée pour s'élancer à l'assaut de la colline aux hamacs. La fillette l'y a suivie mais une épine dans le pied l'a bientôt ramenée en pleurs sur le bord de la piscine où père et mère se sont succédé pour tenter d'extirper la cause des pleurs qui n'avaient pas cessé quand Lisa, Marie et moi sommes rentrés dans la chambre d'hôtel.
Nous avons déjeuné sur la place des Cardeurs, nous avons déambulé dans les rues noires de monde, il y avait le marché aux fleurs sur la place de l'hôtel de ville, un autre marché sur la place Richelme où nous avons acheté de petits sachets de lavande et enfin un marché aux fruits et légumes sur la place des prêcheurs, entre l'église de la Madeleine et la Palais de Justice. Il y avait aussi un bouquet de coquelicots surgi aux pieds d'un hôtel particulier sur la fameuse place Albertas.
| Le bon Roi Réné |
Il faisait chaud, des gerbes d'eau fraîche jaillissaient du pavement à la manière d'une source et Lisa qui n'en finit pas de s'émerveiller de l'eau, a longuement marché dans cet élément qui lui va si bien.
Césanne est né à Aix-en-Provence, y a été élève puis étudiant en droit. Son père aurait voulu qu'il soit banquier. Il est devenu peintre. Son atelier était à l'étage de la maison que nous avons visité, qu'il hérita de son père. C'est une grande pièce à plafond haut, sans autre mobilier qu'une petite table, une commode, un escabeau, un haut chevalet, un poêle au long tuyau, un divan et quelques chaises. Dans un coin, des objets modèles de ses natures mortes. Tout est là comme s'il était mort la veille. On pouvait essayer de l'imaginer là, livré, dans la solitude d'une journée maussade d'hiver, à ses mains, à ses pinceaux, à ses couleurs, loin de se douter de l'espèce de culte dont il serait plus tard l'objet et de ses visiteurs du dimanche déambulant sans gêne dans son intérieur avec l'air de dire " ne vous dérangez pas pour moi". Nous n'avons pas eu beaucoup de temps, l'atelier comme le jardin où serpentaient de nombreux sentiers à travers un dédale de feuillages et de buissons, étaient sur le point de fermer. La caissière parlait couramment semble-t-il l'Espagnol et l'Anglais. Elle s'en rengorgeait ostensiblement, forçant son accent et sa voix pour être bien entendue de tous.
Dans le jardin, devant un cabanon où étaient exposés des dessins d'Aragon croquant sur le vif différents personnages ayant traversé sa longue existence, une femme lisait un magazine people, assise sur une chaise pliable en toile kakie. A tous ceux qui passaient devant elle en direction du jardin, elle lançait une avertissement sonore comme quoi le jardin allait fermer. Nous sommes retournés au parking puis avons pris la route, nous fiant aveuglément au GPS pour nous ramener chez nous à quatre heures et demi de là.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire