08 mars 2011

Arche de Noë

A peine avais-je éteint la lumière que le vent a commencé à cogner contre les stores, à faire crisser la balustrade, à tourbillonner, siffler, s'époumoner de la mer aux collines qui surplombent Glyfada. Le matin, nous avons trouvé l'armoire étalé de tout son long sur le balcon, portes arrachées, et l'auvent du voisin d'en face arraché sur toute la longueur. La montagne que l'on voit du balcon qui donne sur le jardin est saupoudrée de neige et la télévision montre des images de neige, de routes bloquées, d'écoles fermées et de grèves annulées pour cause de mauvais temps. Lisa s'est réveillée la première et Marie, à l'heure où j'écris ces lignes, dort encore. Dans la cuisine, Mamie applique une lampe à infra-rouge d'une épaule à l'autre, onde tiède qui la soulage de ses douleurs lombaires.

C'est la journée internationale de la femme. Journalistes bon teint et hauts fonctionnaires internationaux brodent sur le motif de la femme égyptienne et tunisienne aux avant-postes de la révolution, à la pointe du mouvement de libération des peuples. Dans les officines droits-de-l'hommistes, les archétypes sont des armes idéologiques et aujourd'hui, dans leur abécédère, la femme est une icône. Je ne saurai exprimer cela précisément mais j'ai cessé de croire en tout ce langage, ces postures et discours bouffis de bonnes intentions, cette logorrhée de la générosité proclamée depuis que je crois avoir compris (je reste prudent tout de même) que la forme de nos pensées pouvait pouvoir en dire long sur le fond de nos actes. Mais ce n'est pas qu'une question d'agir, c'est aussi une question de lucidité et de vision des faits au-delà des apparences du droit.

Hier, c'était un de ces lundis purs ("katharo") dont raffole la religion Orthodoxe. Ces jours-là, manger de la viande est proscrit. Les gens se retrouvent dans les restaurants de la côte pour manger des fruits de mer. Autre rite en ce jour post-carnavalesque: les cerf-volants qui, par bandes, grimpent au ciel. Il y avait encore peu de vent. Le ciel était sombre, les nuages comme siphonnés du fond du ciel, avec des teintes violacées pour souligner l'effet d'aspiration. Nous ne sommes pas sortis. Lisa a dormi et Marie dessiné toute l'après-midi. Nous avons joué ensuite au jeu du corbeau, regardé un film, chahuté un peu, comme il se doit, pris un bain, nouvelle occasion de chahut. Et quand la lumière fut éteinte, c'est le ciel qui a chahuté et pour trouver le sommeil, nous comptions les animaux que nous emmènerions avec nous dans notre arche de Noë.

L'appareil de photo s'est envolé, donc pas de photo aujourd'hui.

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