Lisa est désormais plus grande que Lucy, la première femme connue de l'humanité. Celle-ci mesurait un peu plus d'un mètre, Lisa mesure un mètre et trois centimètres. Cette photo a été prise dans le musée d'histoire naturelle de Genève où Lisa a passé de nombreuses heures l'année dernière quand Lydia habitait Genève. Cette petit bout de femme la fascinait littéralement et elle venait s'y suspendre, faisant le singe au cou de la première femme.
Lucy n'était pas un singe, elle était une australopithèque dite gracile qui a vécu il y a plus de trois millions d'années. A l'époque de sa découverte, en 1974, c'était la plus ancienne trace d'ominien jamais exhumée. Depuis, on est allé plus loin en arrière, si loin qu'il est parfois difficile de savoir si les ossements découverts appartiennent déjà à des hommes ou des femmes ou bien encore à des singes. La ligne de partage entre les deux est floue.
Lucy vivait dans la savane, au milieu de sa famille, de sa tribu. Il était loin le temps où la forêt recouvrait toutes les terres de la vallée de l’Awash. A cause de la sécheresse, la plupart des grands arbres avaient disparu et les habitants de la région avaient dû adapter leur mode de vie à ce nouvel environnement. Lentement, de génération en génération, il leur avait fallu modifier leur alimentation. Maintenant Lucy cherchait les graines, les tubercules et les racines qui, avec les fruits constituaient sa nourriture quotidienne. Pour survivre, ses ancêtres avaient dû faire fonctionner leur cerveau. « Quand il n’y a plus d’arbres, il n’y a plus de singes », dit un proverbe chinois que rappelle Yves Coppens, l'un des découvreurs de Lucy. Dans la savane, on ne peut se cacher dans les arbres en s'britant sous les feuillages. Dès lors, on se redresse sur ses deux pattes arrière, sur ses pieds donc et on commence à marcher. Lucy est bipède mais elle a encore la souplesse de ses ancêtres et la force musculaire de ses longs bras lui permet de se hisser sur une branche si besoin est. De là-haut elle peut observer le paysage et l’arrivée des intrus. On est pas encore outillé en ce temps-là; la sagesse de l'homo sapiens n'a pas encore rendu ses premières armes, alors on ne mange pas beaucoup de viande dans la famille de Lucy. Seulement quelque petits gibiers qui courent dans la savane, parfois un animal blessé qui vient mourir à proximité mais ce n’est pas le quotidien. A quel moment cela s'est-il produit mais il n'en demeure pas moins que l'un d’entre eux – le plus paresseux ou plus délicat – eut l’idée d’utiliser les objets de son environnement pour dégager ses mains des tâches pénibles. Il inventa l’outil, l'Homme était devenu sage puis un autre découvrit le feu, l'Homme était devenu écran de fumée.
Les découvreurs de la vallée de l’Awash ont pu reconstituer l'âge de Lucy à partir de ses dents de sagesse, sa féminité à partir de son bassin, et son appartenance à la catégorie des Australopithèques graciles, grâce à son squelette bien conservé dans la grande déchirure du Rift africain. L'équipe qui découvrit les pièces de ce puzzle humain passaient leurs journées à gratter le sol en écoutant la chanson des Beatles "Lucy in the sky with diamonds". Alors, il baptisèrent la plus ancienne femme jamais découverte Lucy.
Dans le musée de Genève, en pressant un bouton placée derrière la statue permet, on peut entendre la chanson des Beatles. Je ne sais combien de fois Lisa a a pu écouter cette chanson tout en enlaçant Lucy que ses effusions laissaient pourtant de marbre. Le petit bout de femme à l'abdomen proéminent, aux traits encore simiesques, aux seins tombants laisse son regard flotter dans la pénombre du musée. Dans les vitrines derrière et devant elles sont exposées ses ossements parmi d'autres ainsi que des moulages de bustes d'homo sapiens apparus à sa suite, des milliers, voire des millions d'années plus tard. Ce n'est que la promesse de l'aube, une graine dans le ciel de l'avenir humain. Lucy ne marche plus, elle vole, elle plane au-dessus de nous. Au devant de nous, combien d'années restent-ils ? Bien moins que du temps de Lucy. Il règne comme un air de fin du monde, de crépuscule. Le matin, je me réveille Lucy et le soir, je suis Lisa. Le matin, Lucy que l'on recouvre de diamants, le soir Lisa, triste Lisa, chante Cat Stevens (cliquer sur le titre du message ci-dessus).
Mais tout cela n'est qu'un faux-semblant. Lisa n'est pas triste. Lisa et Lucy sont toute proches. Leur humanité est leur innocence. Il n'y a pas plus de Lucy sapiens que de Lisa sapiens. Nous quittons le musée après bien des atermoiements. Dieda (grand-père en Russe) est avec nous. Nous rentrons. Mamie est malade. Un méchant virus. Dans quelques jours, mamie et dieda prendront l'avion pour Athènes. A l'instigation de mamie, Marie fait du collage qui raconte tout ce qui lui passe par la tête. Jéröme Bosch coexiste avec Salvador Dali, le cubisme avec le lettrisme. Tandis que Lucy continue de nous regarder de tout en haut du ciel, d'une telle hauteur qu'elle demeure invisible à l'oeil nu. Seul Lisa cligne des yeux. La sagesse lui vient. Tout doucement.
Lucy n'était pas un singe, elle était une australopithèque dite gracile qui a vécu il y a plus de trois millions d'années. A l'époque de sa découverte, en 1974, c'était la plus ancienne trace d'ominien jamais exhumée. Depuis, on est allé plus loin en arrière, si loin qu'il est parfois difficile de savoir si les ossements découverts appartiennent déjà à des hommes ou des femmes ou bien encore à des singes. La ligne de partage entre les deux est floue.
Lucy vivait dans la savane, au milieu de sa famille, de sa tribu. Il était loin le temps où la forêt recouvrait toutes les terres de la vallée de l’Awash. A cause de la sécheresse, la plupart des grands arbres avaient disparu et les habitants de la région avaient dû adapter leur mode de vie à ce nouvel environnement. Lentement, de génération en génération, il leur avait fallu modifier leur alimentation. Maintenant Lucy cherchait les graines, les tubercules et les racines qui, avec les fruits constituaient sa nourriture quotidienne. Pour survivre, ses ancêtres avaient dû faire fonctionner leur cerveau. « Quand il n’y a plus d’arbres, il n’y a plus de singes », dit un proverbe chinois que rappelle Yves Coppens, l'un des découvreurs de Lucy. Dans la savane, on ne peut se cacher dans les arbres en s'britant sous les feuillages. Dès lors, on se redresse sur ses deux pattes arrière, sur ses pieds donc et on commence à marcher. Lucy est bipède mais elle a encore la souplesse de ses ancêtres et la force musculaire de ses longs bras lui permet de se hisser sur une branche si besoin est. De là-haut elle peut observer le paysage et l’arrivée des intrus. On est pas encore outillé en ce temps-là; la sagesse de l'homo sapiens n'a pas encore rendu ses premières armes, alors on ne mange pas beaucoup de viande dans la famille de Lucy. Seulement quelque petits gibiers qui courent dans la savane, parfois un animal blessé qui vient mourir à proximité mais ce n’est pas le quotidien. A quel moment cela s'est-il produit mais il n'en demeure pas moins que l'un d’entre eux – le plus paresseux ou plus délicat – eut l’idée d’utiliser les objets de son environnement pour dégager ses mains des tâches pénibles. Il inventa l’outil, l'Homme était devenu sage puis un autre découvrit le feu, l'Homme était devenu écran de fumée.
Les découvreurs de la vallée de l’Awash ont pu reconstituer l'âge de Lucy à partir de ses dents de sagesse, sa féminité à partir de son bassin, et son appartenance à la catégorie des Australopithèques graciles, grâce à son squelette bien conservé dans la grande déchirure du Rift africain. L'équipe qui découvrit les pièces de ce puzzle humain passaient leurs journées à gratter le sol en écoutant la chanson des Beatles "Lucy in the sky with diamonds". Alors, il baptisèrent la plus ancienne femme jamais découverte Lucy.
Dans le musée de Genève, en pressant un bouton placée derrière la statue permet, on peut entendre la chanson des Beatles. Je ne sais combien de fois Lisa a a pu écouter cette chanson tout en enlaçant Lucy que ses effusions laissaient pourtant de marbre. Le petit bout de femme à l'abdomen proéminent, aux traits encore simiesques, aux seins tombants laisse son regard flotter dans la pénombre du musée. Dans les vitrines derrière et devant elles sont exposées ses ossements parmi d'autres ainsi que des moulages de bustes d'homo sapiens apparus à sa suite, des milliers, voire des millions d'années plus tard. Ce n'est que la promesse de l'aube, une graine dans le ciel de l'avenir humain. Lucy ne marche plus, elle vole, elle plane au-dessus de nous. Au devant de nous, combien d'années restent-ils ? Bien moins que du temps de Lucy. Il règne comme un air de fin du monde, de crépuscule. Le matin, je me réveille Lucy et le soir, je suis Lisa. Le matin, Lucy que l'on recouvre de diamants, le soir Lisa, triste Lisa, chante Cat Stevens (cliquer sur le titre du message ci-dessus).
Mais tout cela n'est qu'un faux-semblant. Lisa n'est pas triste. Lisa et Lucy sont toute proches. Leur humanité est leur innocence. Il n'y a pas plus de Lucy sapiens que de Lisa sapiens. Nous quittons le musée après bien des atermoiements. Dieda (grand-père en Russe) est avec nous. Nous rentrons. Mamie est malade. Un méchant virus. Dans quelques jours, mamie et dieda prendront l'avion pour Athènes. A l'instigation de mamie, Marie fait du collage qui raconte tout ce qui lui passe par la tête. Jéröme Bosch coexiste avec Salvador Dali, le cubisme avec le lettrisme. Tandis que Lucy continue de nous regarder de tout en haut du ciel, d'une telle hauteur qu'elle demeure invisible à l'oeil nu. Seul Lisa cligne des yeux. La sagesse lui vient. Tout doucement.

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