21 avril 2013

Un dimanche sans soleil

Aujourd'hui, ce n'est pas lundi. Le ciel est couvert. Pas de soleil donc. Et puis Cloclo est mort il y a plus de trente ans. Lisa a tout de même décidé de l'adopter. Car les morts, ça s'adopte.
 
Avec ses costumes à paillette, de toutes les couleurs, ses cheveux blonds, son visage lisse, sa voix électrique, il lui a fait de l'effet, Cloclo. Elle l'a vu dans un film mais ce n'était pas lui dans ce film, c'était un acteur qui n'est pas mort pour de vrai, lui. Il fait semblant d'être dans sa salle de bain, de toucher l'applique, de s'électrocuter, de mourir. Et tout le monde fait semblant de pleurer.
 
Il n'est pas mort un lundi, Cloclo, mais un dimanche. Et il n'est pas enterré au cimetière d'à côté mais dans un autre cimetière à plus de cinq cents kilomètres d'ici. Elle aimerait aller y voir s'il y est. Elle aurait aimé qu'il soit enterré ici, tout près. Elle voudrait l'avoir sous la main. En attendant, elle chante.
 
Marie, en son temps, avait eu de manière soudaine, inattendue, la révélation de la mort et en avait été horrifiée (dans un cimetière de Varsovie, à la Toussaint). Lisa, à son tour, jette un oeil à cet abîme. Elle est intriguée, elle pose des questions mais elle ne croit pas, semble-t-il, qu'il y ait là deux mondes rigoureusement délimités et fermés l'un à l'autre. Cloclo, après tout, ne serait qu'une sorte d'Orphée parti outre-tombe et qui en reviendra (ne chantait-il pas "ça s'en vient et ça revient" ?). Ce serait plutôt deux mondes inversés.
 
Reste une chanson. C'est une chanson très gaie. Les paroles sont toutes simples. Marie les a notées sur une grande feuille à carreaux et c'est sans doute elle qui a aidé sa soeur à les apprendre par coeur. Mais maintenant que Lisa la chante à tout bout de champ cette chanson, elle ne veut plus l'entendre, elle est devenue "allergique" comme el dit, elle se bouche les oreilles. Et Lisa évidemment de se pavaner avec les mots de la chanson à la bouche...
 

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