18 janvier 2013

On dirait que...

Le grand froid comme on dit le grand méchant loup. Lisa va à l'école en combinaison de ski. A la place des gants de ski, Marie voudrait des gants de laine. Elle est à la traîne, elle boude. Olga me demande comment Lisa fait pour marcher, pour courir, pour bouger dans sa combinaison.

Contrôle de mathématiques ce matin. Je me dis que très tôt dans la vie, nous sommes déjà sous "contrôle". Marie n'a pas de bonnes notes depuis la rentrée. Je voudrais, moi, qu'elle fasse comme si tout ça n'était qu'un jeu. Il n'y a pas d'apprentissage sans plaisir. Qui dans la douleur ne perd pas tous ses moyens ?

Le jour se lève tard, pas la peine de relever les stores, je le fais quand la maison est vide, quand tout le monde est parti. Olga et Julia sont en route pour Lausanne. Lydia est sans doute déjà assise à son bureau. Marie, déjà penchée sur son cahier, à aligner des "restes" et vérifier que ceux-ci n'excèdent pas le diviseur. Sans quoi il faut tout recommencer.

La maison - je dis "la maison" parce qu'appartement, ça fait bien moins douillet - n'est pas encore comme on s'imagine qu'elle sera un jour. Les tableaux sont encore emballés, adossés ensemble à la porte-fenêtre du salon. Il n'y a pas de rideaux aux fenêtres et le store de la chambre à coucher n'a pas encore été remplacé. Il faudrait installer des tubes halogènes dans la cuisine mais je ne sais pas comment m'y prendre.

Lisa aimerait que je lui fasse faire ses devoirs. Elle n'en a pas. Elle est jalouse de Marie qui l'envie de ne pas en avoir.

Marie voudrait être botaniste à condition qu'on puisse devenir botaniste sans faire de mathématiques. Je ne peux le lui garantir.

Je lui dis: il faut d'abord apprendre les "bases"; après, tu feras ce que tu voudras. Après, ça commence à dix-huit ans. Dix-huit ans, c'est loin. Et puis ce n'est pas aussi simple, aussi tranchant. Il n'y a pas d'âge pour continuer de faire ce qu'on n'a pas choisi de faire. C'est quoi les "bases" ? Demande-t-elle.

Lydia prend l'avion pour New York la semaine prochaine.

Souvent, même le week-end, c'est Lisa la première éveillée. Elle s'habille toute seule, elle joue seule dans sa chambre. Mais maintenant qu'il y a Julia dans sa chambre, qui dort dans le canapé-lit livré la semaine dernière, elle joue avec elle. Elle a pleuré quand ni Julia ni Olga n'ont pu venir la voir à sa leçon d'équitation mercredi soir. Alors, je l'ai filmée, mains nues (par grand froid), et j'ai rapidement monté le film sur mon ordinateur et hier soir, nous nous sommes tous assis devant la télévision et nous avons regardé le film. Elle était tellement heureuse que ça faisait chaud au coeur.


Chaque soir, après l'histoire que lui raconte Lydia, Olga ou Julia (elle a l'embarras du choix ces derniers temps), elle veut que je vienne la border. Il faut d'abord que je fasse semblant d'aller me coucher et de m'allonger dans son lit comme si elle n'y était pas. Elle, pelotonnée sous sa couette, fait des bruits d'animaux qui doivent me faire bondir. Ensuite, je découvre qu'elle est dans le lit que je crois être le mien. Je proteste, je m'indigne, je fais mine de la renvoyer dans le sien, dans une autre chambre, la sienne. Elle me détrompe, je lui dois des excuses et pour me faire pardonner tout à fait, je dois la gratifier de "bisous mouillés" ce à quoi elle s'oppose de toutes ses forces, en se blotissant sous la couette et surtout en riant aux éclats. Sur ce, je lui dis "bonne nuit", elle aussi et je ferme la porte derrière moi.


Elle écrit le scénario des scènes que nous jouons ainsi. Parfois, elle m'arrête de la main et dit: "on dirait que" tu fais ceci ou cela. "On dirait" comme un "il était une fois".

C'est une façon de dire: laissons ici l'ordre des choses, la réalité, ce qui se passe normalement et imaginons qu'au lieu de cela, tu fasses cela, tu dises cela...

Mais on dirait que pour aujourd'hui, c'est fini.



 

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