| Comme dirait Marie, voici les "sisters" ! C'est la trêve de Noël ! |
Le jour se lève avec la gueule de bois, la neige durcie par le gel craque sous les pas, les voitures roulent au pas, des enfants s'ébrouent dans les champs. Je laisse Marie sur le pas de la porte; la leçon précédente vient de se terminer. Je la récupère une heure plus tard, je manque une marche, je me rattrape in extremis, il faut que je laisse les bottines pour de vraies chaussures de montagne.
Le locataire qui prendra la suite, un jeune Anglais qui ne parle pas le Français (sa femme le parle, elle attend un enfant, leur deuxième; le premier a six ans), est venu prendre des mesures pour les meubles Ikéa que sa femme et lui envisagent d'acheter dans les jours qui viennent. J'étais aussi cordial que possible; lui semblait pressé, posait des questions dont il n'écoutait les réponses que d'un oeil tandis que l'autre, inquisiteur, lorgnait dans tous les coins de la maison, un peu comme une bille dans un jeu de quilles.
Et puis, contre toute attente, nous avons passé la dernière nuit - entre déménagement et emménagement - à l'hôtel, cela parce que le type de la compagnie de gaz avait décidé d'anticiper d'une journée son passage par chez nous et de couper le gaz tout bonnement au lieu d'effectuer un relevé, comme il était convenu. Et puisque le compteur était à l'extérieur, il n'a pas jugé utile de se présenter, de nous avertir: il est passé incognito, a coupé le gaz, a disparu. J'ai cru que la chaudière nous avait lâché, elle ne l'avait pas fait en deux ans et voilà qu'au dernier moment, le dernier jour, elle perdait la flamme. Ne me doutant pas que le gaz avait été coupé, j'appelai pour un dépannage mais comme on ne pouvait nous envoyer personne avant le lendemain, je courrai aussitôt à l'hôtel voisin réserver une chambre. Ensuite seulement, je compris: au téléphone, une voix distraite m'informa que oui, le technicien était passé plus tôt que prévu. Pas d'excuses, pas de remords, juste un constat susurré comme une évidence. "Monsieur, ne haussez pas la voix".
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Faut-il pour autant se fier au père Noël ? Marie n'y croit pas trop; Lisa a la foi et Marie la délicatesse de ne pas la détromper. Un soir, quelques jours avant Noël, Lydia rappela à Lisa qu'elle n'avait pas écrit au père Noël pour lui demander ses cadeaux. "Et comme tu ne sais pas encore écrire, tu peux, tu dois lui parler, il t'entendra". Aussitôt Lisa referma la porte de sa chambre derrière elle et de son lit, adressa de vive voix et de tout son coeur une prière au dieu Noël pour qu'il lui apporte les cadeaux espérés. Et quand elle les eut reçus, elle n'oublia pas de le remercier de vive voix, une fois encore derrière porte close. Je ne crois pas avoir jamais approché de si près la foi, ce que cela veut dire d'avoir la foi, celle des gens simples comme des enfants, celle des enfants. Moi qui ne croit ni en dieu ni au père Noël, non loin de croire que ceux qui croient en dieu n'ont en fait jamais cessé de croire au père Noël, le père Noël des grands en somme. Marie a tout de même un doute: et s'il y avait quelqu'un ? Pas ces types un peu louches qui déambulent dans les centres commerciaux et se font prendre en photo avec des enfants terrorisés. Non, quelqu'un d'autre, qui ne se montre pas, auquel on n'écrit pas, qui ne nous parle pas et avec lequel il n'y a pas de conversation possible. Nous, les parents, on se borne à ne pas la détromper trop brutalement; nous entretenons un semblant de foi car son enfance, c'est aussi un peu la nôtre. Un enfant qui ne croit plus au père Noël n'est plus vraiment un enfant. Alors, comme à sa soeur, on lui cache les paquets et avec elle, on l'entraîne dans la chambre puis on les ramène ensemble au salon où, sous le sapin, scintillent papier doré et bouquets de serpentins argentés.
| Concours de tétines entre Léandre et Lisa |
Il faut lui apprendre à croire en elle-même. C'est très difficile. A cet âge et même plus tard, même si plus tard on sait des moyens de se le dissimuler. Ou de ne plus y penser. Elle, en fait, elle n'y pense pas. La confiance, c'est un mot trop grand pour elle. Elle est dans cet état premier où les choses viennent à soi, où l'on va aux choses sans mettre en elles et soi la moindre distance. Alors, la confiance, je ne sais pas, on ne sait pas de quoi il s'agit tant qu'on ne l'a pas.
Noël est passé. Il y a des photos convenues: on continue d'année en année à se fabriquer des souvenirs. Il reste des cartons dans les salles de bain, sous les lavabos. J'ai sorti tous les livres, je leur ai fait prendre l'air avant de les caser dans les étagères, puis de les empiler quand les étagères ne suffisaient plus. Nous avons eu du monde, Mamie et Dieda, Christophe, Isabelle et les cousin, cousine. Depuis avant-hier, nous avons Olga et sa cousine Julia. Le père Noël n'a pas fait long feu; avec lui, la neige a disparu, elle se maintient dans les hauteurs, au-dessus de nos têtes, sur les cimes du Jura. Nous n'avons pas encore skié. Nos skis sont dans la cave, il faudra penser à les monter. Marie n'ira pas à l'école aujourd'hui, elle tousse, elle ne se sent pas bien, j'ai appelé le cabinet médical, on m'a dit de rappeler à 14h00. Lisa, elle, est à l'école; elle était ravie de s'apercevoir qu'Hannah et elle portaient la même robe.
Au jeu des sept familles, je demande le père et la fille.
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