02 novembre 2011

La lune et l'avion


Hier, fin d'après midi, quelque part sur le parking d'un supermarché ouvert un jour de congé, Lisa et moi, séparés par un caddie que je viens de vider. Au-dessus de nous, un avion survole le lotissement, la ville, le lac, la cime des montagnes. Il y a la lune, elle est là, devant l'avion, en ligne de mire. Le bolide, éructant de rage, va droit sur elle. Lisa s'écrie: "papa, il va casser la lune !". Médusés, nous nous immobilisons parmi les voitures, le coffre de la voiture est ouvert, il est plein. L'engin poursuit sa course folle au-dessus des nuages qui se sont écartés pour laisser voir l'inéluctable collision. Il est maintenant tout près, la lune, fragile, n'est qu'un croissant, une virgule accrochée à des mots indéchiffrables qu'un dieu songeur essaime sous forme de nuages bosselés, rebondis, hâchés. Une bande dessinée à ciel ouvert mais il ne voit rien, le dieu songeur ne voit rien venir, il laisse la lune en plan face à son destin. L'avion n'est maintenant qu'à deux doigts du drame, Lisa ne veut plus regarder, elle cache son visage dans ses mains mais voilà que le miracle se produit, l'avion traverse la lune sans la briser, le voilà qui reparaît de l'autre côté du miroir puis disparaît aussitôt sous la nappe verbeuse dont le dieu songeur, décidément en verve, saupoudre des pans entiers de ciel. Lisa lâche un "ouf!" de soulagement, je ferme le coffre, lui ouvre la porte de son carosse, l'attache à son piedestal en forme de coussin qui la hisse à hauteur de vue adulte d'où elle peut jauger, toiser les embouteillages du destin, ceux des étoiles comme ceux des engins qui se croisent et se décroisent sur des bandes de goudron ou des sentiers d'éther. Dans le rétroviseur, elle sourit à mes yeux qui croisent les siens. Malicieuse, espiègle, fière de son mauvais coup. A peine garé devant chez nous, le carosse se transforme en citrouille. Lisa maintenant cendrillonne à coups de feutre sur des papiers de soie.

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