01 avril 2011

Quand même

Marie "quandmême", c'est le surnom que je devrais lui donner tant et tant elle abuse de la formule. Je les entends de sa bouche depuis si longtemps que je me demande s'ils ne font pas partie de ses premiers mots, ces deux mots-là. Ils dénotent son goût de la contradiction, sa prédilection pour les versos aux dépens des rectos: toujours voir ailleurs quand il nous est demandé de regarder ici, chercher la petit bête dans l'herbe toujours plus verte du voisin. Quand même, ce serait mieux si...on dirait un "pourquoi pas" aux oreilles duquel on aurait suspendu des cerises. La réalité va par pairs, il y a toujours une autre facette, un non-lieu inexploré, le double d'une évidence qui rend celle-ci caduque ou du moins, l'égratigne. Marie doute comme elle respire, elle hésite, elle ne choisit pas, elle examine, suppute, envisage, décante, balance. Laissera-t-elle passer sa chance ? Tous les jours, ses yeux disent: aimez-moi quand m'aime ! 

Hier, coup de fil de l'école vers 17h 10. C'est son maître. Normalement, de 16h30 à 17h30, elle est en cours de récupération ou de rattrapage mais son maître m'appelle pour me demander si je l'ai ramenée à la maison car il ne la voit pas en classe. Affolement: non, elle n'est pas à la maison. Le maître raccroche pour aussitôt se précipiter dehors. Dix minutes d'angoisse. Il ne rappelle pas. Je me décide à prendre illico le chemin de l'école. Je bouscule Lisa pour qu'elle enfile chaussures et anorak. Au moment où nous franchissons le seuil de la maison, le téléphone sonne. Le maître l'a retrouvée, elle était dans la cour de récréation, toute seule, perdue, blottie dans un coin, ne sachant que faire, pensant avoir été oubliée là. Le maître la ramène en classe. Un quart d'heure plus tard, je suis devant le portail de l'école. Marie porte sous sa robe un pantalon bleu. Le maître vient vers moi pour m'expliquer qu'il lui a prêté ce pantalon parce qu'elle a fait pipi dans sa culotte quand elle était seule dehors. Me disant cela, il fait un geste pour m'inviter à m'éloigner d'elle de façon à ce qu'elle n'entende pas. Sur le moment, je ne saisis pas ce geste et Marie, de toute façon, me tient par la main. Une fois le maître parti, elle e dit qu'elle a fait pipi parce qu'elle avait trop envie, ne pouvait plus se retenir. J'essaie de ne pas paraître inquiet, d'être tout à fait calme et posé, sans la presser de questions, encore moins de reproches. Le maître lui a expliqué que si elle se trouve toute seule dans la cour, il lui suffit de presser le bouton de la sonnerie qui se trouve sur le mur, à gauche de la porte d'entrée de l'école et quelqu'un lui ouvrira. Marie parle aussitôt d'autre chose, d'un anniversaire fêté aujourd'hui en classe. Seulement plus tard, avant de s'endormir, elle confessera à sa mère avoir pleuré dans la cour quand elle attendait et ne savait que faire. Elle se rappelait ce que sa mère lui avait dit un jour, que si elle se retrouve toute seule, il ne faut jamais suivre personne, même si on lui promet de la ramener à son père ou à sa mère. Jamais. Elle s'est souvenu de la consigne et pour que personne ne vienne lui proposer cela, elle a préféré se blottir dans un coin pour qu'on ne la voit pas.

A propos d'anniversaires, on a - quand même - fêté mon anniversaire. On a - quand même - trouvé les chiffres 4 et 6 et on les a plantés dans un gâteau au chocolat confectionné le jour même par Marie et papa avec le soutien moral de la cadette plongée dans ses rêveries barbapapesques. Et quand maman est rentrée du bureau, on a - quand même - ouvert une bouteille de champagne, en fait deux, une pour les enfants et une pour les grands. Et papa a ainsi commencé une nouvelle année sous les meilleures auspices.

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