19 avril 2008

V.I.P


On n’a pas vu l’heure passer, on s’est enroulés dans nos histoires à dormir debout et finalement, on s’est endormis couchés. Enfin, elle oui, moi je faisais semblant, je me suis redressé, je l’ai regardée, j’ai écouté sa respiration, je me suis levé sans faire de bruit ou le moins possible, j’ai enfilé mes savates et me suis éclipsé. Quand maman est là, je ne suis que le conteur et maman l’endormeuse. Je m’en vais avant le dernier acte, souhaitant la bonne nuit à la mère et l’enfant blotties sous la même couette. Maman, elle, s’endort pour de bon elle aussi et ne se réveille qu’aux premiers soubresauts de la cadette qui, en général aux alentours de minuit, se fend de quelques gémissements plus ou moins prolongés. Maman, alors, change de couche, retrouve la conjugale où je fais semblant de lire avant de m’endormir à mon tour, sans faire semblant cette fois.

Je suis ce soir dans les airs, à bord d’un moyen courrier, destination Erevan. La nuit sera longue. Atterrissage prévu à quatre heures du matin. Une voiture dépêchée par les services protocolaires de l’assemble nationale doit me réceptionner à la descente de l’avion pour me déposer à l’hôtel Congress que je connais bien pour y avoir déjà séjourné plusieurs fois. J’ai laissé les miennes seules, livrées à elles-mêmes. L’image de toutes les trois sur le perron me faisant signe – enfin, Lisa exceptée – et moi de même de l’intérieur du taxi, cette image me reste sur la rétine et sur le cœur. J’ai l’impression d’être dans un film tellement la scène est rabâchée. Et je regarde cette scène comme spectateur. Les projecteurs ici et là, la caméra. La voiture coulisse le long de la grille et disparait au bout de la rue. Les séparations font du bien, elles soudent les familles. A trop rester, on se quitte.

Dernièrement, l’histoire préférée de Marie, c’est celle de la navette spatiale. Tous les deux, on passe la tête sous l’oreiller, on compte jusqu’à trois avant de presser le bouton qui nous propulse dans l’espace, destination une autre planète et de là, une autre planète. Une fois qu’on a pressé le bouton, on a la tête qui s’agite, prise de convulsions ; c’est à cause de la poussée des réacteurs. Certaines planètes ne sont pas recommandées ; il faut les quitter au plus vite avant que de maléfiques créatures ne s’en prennent à notre vaisseau. Parfois, on leur échappe d’extrême justesse, d’autres fois, on ne se fait pas prier. La pire de toutes les planètes est très certainement celle où habite un effroyable vampire qui se fait annoncer par une série de coups sourds sur les lattes du lit. A ce bruit, Marie sursaute et presse frénétiquement le bouton de décollage. Ejectés dans l’espace intersidéral, on reste alors longtemps silencieux et puis voilà, une autre planète, d’autres créatures.

La grand-mère maternelle de Lisa et Marie s’en est allée. Nous nous sommes retrouvés tous les quatre dans le salon. Lisa en avait les jambes coupées, elle qui s’était trimballée ainsi par monts, vaux et étages, abusant de la sollicitude grand-maternelle. Lisa nous a retrouvés, nous ses parents qui la voyons déjà grandir : les combinaisons qui ne lui vont plus, une taille de plus pour les chaussettes, une tranche de poids au-dessus pour les couches. C’est étrange mais Lisa m’inquiète moins que Marie. J’ai le pressentiment que je serai toujours après Marie alors que Lisa suivra son chemin, sans tracas inutiles, sans tergiversations. Je la regarde les yeux dans les yeux, je la scrute, je lui touche le front quand je soupçonne un début de fièvre, j’épluche ses états d’âme et y plonge toute mon âme. Lisa, elle, est toute joie, tout sourire. L’amour n’est jamais à court d’incarnations.

Une nuit, on a été réveillés en sursaut par une sonnerie, on a cru que c’était l’alarme dont est équipée la maison mais qui, n’étant pas enclenchée quand nous y sommes, n’aurait pas dû sonner. Ceci dit, le temps qu’on tombe du lit et qu’on s’élance hagards dans le hall, la sonnerie avait cessé et on est retourné se coucher, râlant d’être ainsi privé de sommeil pour une cause sans rapport avec les geignements de la petite. Comme si ce n’était pas assez d’être aux prises avec ce démon de minuit. La nuit suivante, le même phénomène se reproduit ; cette fois, j’ai la présence d’esprit de désamorcer l’alarme en composant le code sur le cadran du premier étage mais la sonnerie ne cesse pas; au contraire, elle redouble et c’est alors qu’on se rend compte que c’est en fait le réveil que la mère de Lydia avait emporté dans sa chambre qui sonne ainsi. Il est dans le grenier. Pour être sûr qu’il ne sonne plus, je retire la pile. On retourne se coucher, furieux contre nous-mêmes et le fantôme de la grand-mère maternelle. Mais le pire est à venir. Comme l’alarme de la maison a sonné, la compagnie de sécurité a immédiatement dépêché sur les lieux l’un de ses vigiles qui maintenant sonne à la porte. Je descends mais trop tard pour lui ouvrir le portail; je le vois déjà enjamber le mur d’enceinte. Il contourne la maison pour vérifier que tout est en ordre côté jardin. J’attends de le voir réapparaître, sachant qu’il faudra me montrer, sans quoi il continuera de sonner et réveillera toute la maisonnée. J’ouvre la porte, il est sur perron et commence à me parler en Polonais. J’essaie de lui faire comprendre que tout va bien, qu’il peut s’en aller mais rien à faire, il a besoin d’une preuve que je ne suis pas un cambrioleur particulièrement retors qui aurait enfilé pyjama et savates de circonstance afin de se faire passer pour le maître de maison. Je comprends qu’il me demande mes papiers. Je suis pris d’un accès de rage que je contiens autant que je peux, sachant pertinemment qu’il ne fait que son boulot et que toute autre attitude de sa part en la circonstance passerait à bon droit pour de la négligence. Cependant, incapable d’imaginer d’avoir à m’en retourner dans la chambre à coucher fourailler dans les poches de mon veston à la recherche de mon passeport, je continue d’insister que tout va bien, merci, maintenant vous pouvez vous en aller. Après beaucoup d’hésitations, il finit par s’en aller mais je sens bien que l’affaire n’est pas close. En effet, dans la minute qui suit, le portable de Lydia se met à sonner dans la cuisine, troisième variante de sonnerie après le réveil de la grand-mère et l’alarme de la maison. Je me rue dans la cuisine et réponds à la voix qui m’interroge toujours en Polonais que je m’appelle denis p. et que je suis bien chez moi. La voix raccroche, la voiture s’éloigne, je me recouche. Pendant ce temps, toujours en délicatesse avec le sommeil au long cours, Lisa s’était réveillée et Lydia avait eu tout le loisir, pendant que je m’escrimais à faire valoir mon droit d’être en ses lieux, de vider tout un biberon dans le gosier de notre noctambule.

Je suis maintenant dans la chambre 311 de l’hôtel Congress. La fenêtre est ouverte. Les voitures roulent au pas dans l’avenue devant l’hôtel et se fraient un chemin à coups de klaxon, parfois un seul mais appuyé et prolongé, parfois deux mais du bout des doigts, en saccade, rarement trois. Je n’ai pas beaucoup dormi. A la descente de l’avion, une jeune femme a brandi mes nom et prénoms inscrits sur une pancarte. Elle a eu l’air surprise un instant, elle m’a demandé si j’avais des bagages à récupérer, je n’en avais qu’un mais que je n’avais pas enregistré, les bagagistes qui s’affairaient déjà au pied de la rampe de débarquement des bagages, l’avaient déjà déposé à quelques mètres de la rampe d’escalier. Un van m’a ensuite déposé devant une bâtisse à l’écart de l’aéroport où m’attendait le chef du Protocole, col mao, yeux bleus, bel homme, qui m’a serré la main et m’a accompagné à l’intérieur dans la salle d’attente pour V.I.P. Je n’y ai attendu que quelques instants, le temps que mon passeport passe de main en main jusqu’au guichet des visas. Exempté de contrôle de police et de contrôle des bagages, j’ai suivi le chef du protocole jusqu’à ce guichet. Une brève conversation avec la femme du guichet s’est ensuivie. On m’a prié de sortir sur le perron où une voiture m’attendait. Ma valise était déjà dans le coffre, le chef du protocole m’avait pris des mains ma serviette et mes dossiers, je les lui ai repris pendant qu’il s’enquérait de mon passeport resté avec la dame du guichet. Une ombre me l’a finalement rapportée pendant que le chef du protocole, sourire en coin, m’a souhaité un bon séjour et à demain. La voiture a filé dans la nuit. Pour moi, il n’était encore que tard dans la nuit alors que trois heures plus loin, Erevan avait déjà basculé de l’autre côté, avec la lune en ligne de mire mais marée basse. Encore une petite heure avant l’aurore.

Pourquoi les enfants veulent-ils qu’on leur raconte des histoires ? Pourquoi ce besoin pressant d’être transporté dans un autre monde juste avant et afin de trouver le sommeil ? Le ravissement de Marie quand, sous ses yeux, passe le cortège de ces personnages de carton-rêve, est tel que l’interruption de ces moments privilégiés lui en coûte beaucoup et que seule maman peut la consoler de cette chute brutale. A travers ses historiettes, souvent sans queue ni tête, elle triture les multiples facettes d’un jeu de rôles comme on démonte et remonte un moteur ou un fusil. Elle met à l’épreuve des enchaînements de causes à effets comme si elle n’était jamais certaine que ces enchaînements soient inéluctables et qu’elle cherchait à la fois à s’en assurer et à s’en libérer.

C’est comme si elle cherchait à tracer une frontière entre des mondes qu’elle ne peut s’empêcher autrement de faire jouer l’un contre et avec l’autre. Cherchant à comprendre cela, je me dis que c’est un peu comme si avant de prendre l’avion pour Erevan, d’atterrir à Erevan, de rejoindre mon hôtel, de prendre mon petit-déjeuner dans la salle vide du restaurant, je m’arrêtais un instant et entreprenais de jouer toutes ces scènes, de les avoir devant mes yeux avant même de les vivre, ceci en m’aidant de toute sorte d’ustensiles, jouets et autres objets dénichés dans mon environnement immédiat, pour reconstituer l’aéroport, l’avion, la salle des VIP, la voiture dans la nuit, la réception de l’hôtel, la chambre de l’hôtel, et toutes les situations et conversations qui tissent ces lieux les uns aux autres.

Tous les jeux sont des jeux de rôles. Une multitude de secrets logent en chaque chose et en chacun de nous. Des secrets de polichinelle donc de comédie, une comédie qui permet d’apprendre à vivre. Par la vertu de ces jeux de rôles, je vois bien que c’est Polichinelle qui est assis dans cet avion, un bandeau sur les yeux, tentant de trouver le sommeil. C’est Polichinelle qui attend dans une salle d’attente pour gens d’importance, exemptés des contrôles, attentes et autorisations auxquels sont sujets les polichinelles ordinaires. C’est Polichinelle qui éteint la lampe de chevet dans un lit assez grand pour contenir plus d’un polichinelle. C’est polichinelle qui se prend pour celui que désignent une carte de visite, un titre, une fonction, un CV.

La journée touche à sa fin. Erevan a changé. Des constructions nouvelles, des chantiers, des nuages de poussière, des nouvelles vitrines. Je suis frappé par la prédilection de ses habitants pour le noir. Leurs cheveux, leurs yeux, leurs habits noirs courent littéralement les rues. Physiquement aussi, ils se ressemblent par leurs nez camus, leurs fronts hauts, leur petite taille. Les femmes ont des chevelures abondantes, noir de geai, taille fine et regards scrutateurs ; les hommes ont des mines patibulaires. N’ayant pas eu le temps de déjeuner, je dîne tôt, en terrasse. En soirée, le restaurant accueille des groupes de jazz. Le nez dans mes dossiers, je commande une salade et des tranches d’aubergine panée. Je rentre à pied. Une rue piétonnière traverse en diagonale un quartier d’habitations dont pas mal d’habitants ont été expropriés ces dernières années. Des immeubles en grès s’élèvent de part et d’autre, inhabités encore, fenêtres sans vitre, rez-de-chaussée barrés de banderoles annonçant l’ouverture prochaine de boutiques de luxe. Les protestations des habitants n’y ont rien fait. Les procès intentés contre la municipalité n’ont rien donné. Dans la partie haute de la rue qui débouche du côté de l’opéra, un attroupement d’hommes, de femmes et d’enfants aussi attirent mon attention. On m’explique que c’est là l’une des derniers résidus des grandes manifestations qui ont eu lieu après les élections. Les enfants se chamaillent, courent et rient à gorges déployées.

Il ne faut pas croire tout ce que l’on nous dit. Les gens s’inventent des histoires. Ils ne sont pas sûrs d’avoir eu le choix. Entre la version officielle et la réalité, il y a bien des mensonges. Mais ce qui me frappe, c’est l’océan d’incompréhension entre les uns et les autres. Dans la salle où je suis, surmonté de lustres et de dorures, l’interprète traduit ce qu’on lui dit de chaque côté de la table. D’abord, il y a eu les caméras, les appareils photos et nous tous, un dossier sous le bras, debout face aux objectifs, sous les flashes des appareils photos. Quelqu’un d’important est entré et tout le monde s’est retourné. De son costume aux reflets mordorés, il a tendu une main, la même, à chacun d’entre nous. Une fois assis, la discussion s’est engagée. Les caméras ont quitté les lieux. Sont restés les lustres et les dorures. Pendant que nous commencions à parler, un serveur s’affairait à une table basse dans un coin de la vaste pièce d’apparat. Fruits secs, jus de fruit, chocolats. Plusieurs fois, nous avons demandé une interruption de séance pour nous concerter dans un autre coin de la pièce. L’interprète traduit mais ce ne sont pas les mots employés qui expliquent les malentendus mais le fond sur lequel ils se détachent qui leur confère un tout autre sens. Des mots que nous employons ne leur disent rien ; d’autres que nous prononçons à la légère les exaspèrent. Je flaire le quiproquo mais ne peux toujours me l’expliquer. C’est la part d’implicite qui mine le dialogue, ce qu’on croit ne pas avoir besoin d’expliciter. C’est ce que l’on se croit autorisé à penser de son interlocuteur, du monde dans lequel il vit, de la pente de son esprit façonné au contact des mêmes idées, des années durant. C’est aussi cette faculté que nous avons à prendre nos discours pour la réalité qu’ils cherchent à atteindre ou à fuir. Les gens se font des idées, se racontent des histoires, se bercent du son de la langue contre le palais. De leurs manières, de leurs non-dits comme de leurs palabres, ils font un monde à part entière. A force, la langue est piégée: faux amis, comme on dit. Le jugement en est obscurci. C’est comme si à la place des mains pour toucher la peau du monde, on n’avait plus que des idées, des idées de main et que soi-même, on ne serait plus qu’une idée de soi. Pour clôturer la séance, on s’accorde sur le texte d’un mémorandum. Une journaliste m’aborde dans l’escalier. «Rien à dire pour le moment». VIP oblige.

C’est moi qui chaque matin prépare le petit-déjeuner de Marie. A quelques variations prés, c’est toujours le même menu: kiwis, jus d’orange, un œuf à la coque, une tartine et du lait au chocolat. Et presque toujours, Marie n’en vient pas à bout. Je dois la presser, hausser la voix. Parfois, ça se termine dans les larmes mais à force d’insister, je parviens à lui faire manger un peu plus chaque jour. Maintenant que je suis absent, elle se demande bien si sa mère saura lui préparer son petit-déjeuner. Inquiète, elle explique sentencieusement à sa mère quelles en sont les composantes. C’est ma plus grande victoire. C’est sa mère qui m’en rapporte les fruits et levant le nez de mon ordinateur après avoir lu le message de Lydia qui me raconte cela, je surprends dans le miroir le sourire du père ému.

Je me suis allongé dans le lit, face à l’écran de télévision qui égrène les nouvelles du jour. On y parle de V.I.P, des people comme on dit désormais. Non pas le peuple, les gens ordinaires mais au contraire, les gens d’importance, pas les gens d’importance-occasionnelle-et-toute-relative comme moi ces jours-ci mais les habitués des V.I.P lounges. Ces gens si importants, qui sont-ils ? que font-ils dans la vie ? Ils font ce que je fais chaque soir dans la chambre de Marie : ils racontent des histoires. Qu’ils jouent au ballon, fassent des films, chantent sur scène, animent des émissions de télévision ou remportent des élections, ils nous racontent des histoires à dormir debout. Je me dis - sans rancune - que leur talent est d’être les premiers à y croire.

Un minibus nous ramène à l’aéroport. Dans l’avion, je ne suis sûr pas d’avoir dormi et quand je me réveille, c’est encore la nuit, l’avion entame sa descente sur Munich. La piste est détrempée. Le jour s’est levé. Un bus puis un autre puis un autre avion. A Varsovie, il pleut aussi. Pendant la nuit, j’ai avalé une barre chocolatée qui m’est depuis restée sur l’estomac. Les crampes s’accentuent. Le taxi me dépose devant chez nous. Marie est à l’école et Lydia sans doute sur le chemin du bureau. Seule la nounou et Lisa sont à la maison. Je vais me coucher. Je ne me sens pas bien du tout.

Lisa me sourit. Sa drôlerie coutumière, ses petites mains qui se joignent dans la prière vers le dieu objet à saisir de toute urgence, ses raclements de gorge quand quelque chose la turlupine. Les sons commencent à lui dire quelque chose. C’est « di di » pour voiture – je demande pourquoi, on me répond que c’est en Russe, le bruit que font les voitures quand elles passent devant chez nous – c’est « lampa » pour le lustre de la chambre à coucher, c’est « mama » pour maman et « papa » (l’intonation sur le premier pas) pour « papa » (l’intonation sur le second pas). Elle tend les bras pour que je la prenne et gigote frénétiquement en direction du tricycle dans le salon pour que je l’y juche et promène triomphalement du salon à la cuisine et vice versa. Marie n’aimait pas être secouée ; elle, elle adore.

Marie, au téléphone, quand j’étais encore à Erevan, m’avait commandé un « bébé ». Maintenant qu’elle voit Lydia occupée avec sa petite sœur, elle s’est piquée au jeu, elle veut l’imiter. Je lui ai acheté une poupée « made in Poland » (l’autre branche de l’alternative étant une poupée « made in china ») et son couffin. Jusqu’ici, Marie ne s’était jamais intéressée aux poupées. Elle l’a baignée, elle l’a coiffée, elle l’a couchée et à présent, elles dorment ensemble, la poupée, Marie et Lydia.

D'Erevan, j’ai rapporté un tapis dont le motif est une croix arménienne ainsi qu’une bouteille de cognac de vingt ans d’âge. Chaque membre de notre Délégation a reçu les mêmes cadeaux. Ils nous attendaient dans le minibus qui nous a ramené du restaurant où nous avions dîné copieusement avec notre hôte à l’hôtel. Les dernières heures qui nous séparaient du départ vers l’aéroport, je les ai passées éveillé, la fenêtre grande ouverte, à l’écoute du flot des voitures qui allait se tarissant au fil des heures. L’enseigne de l’hôtel éclairait la fenêtre. Une lumière orangée. Il faisait chaud. Je pouvais entendre au loin les sons étouffés d’une mélodie. J’ai finalement reconnu la voix d’Aznavourian.

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