Où a-t-elle entendu ces mots: “toute la vie” ? Elle les lâche inopinément dans la conversation pour marquer des points. Toute la vie, ce sera maman qui dormira à ses côtés. Et quand maman lui explique qu’il faudrait qu’elle apprenne à dormir toute seule, elle se tourne du côté du mur comme si elle concédait enfin au sommeil le droit de l’arracher à sa maman puis se retourne et glisse à l’oreille de sa maman : toute la vie, maman !
Toute la vie, nous serons ensemble. Ici ou ailleurs, ensemble. Inséparables. Lisa, elle, n’en demande pas tant mais elle n’est guère insensible aux vertus du divertissement pascalien : avoir toujours quelqu’un dans la même pièce qu’elle et des objets pleins les mains, à balancer à travers la pièce ou avec lesquels marteler la tablette devant elle. Deux dents ont surgi en lever de rideau, sous la ligne qui sépare ses sourires en deux virgules parfaitement symétriques. Quand elle est contente de son sort, elle se frotte les mains à la manière de Charlot. On s’attendrait à la voir se retrousser les manches et lâcher, à son tour : j’ai toute la vie devant moi, allons-y !
L’école est finie pour Marie. Vacances de printemps. On a ramené de l’école ses cahiers et la couverture bleue de ses siestes. La nuit suivante, elle a été prise de maux de ventre mais le lendemain, tout allait bien. Lisa a le nez qui coule comme un robinet intarissable malgré tous nos efforts. On leur donne à chacune du sirop de calcium.
Les bourgeons éclatent. Le jardin est irradié de fleurs blanches surgies en quelques heures. Il a plu pendant trois jours et l’herbe est aussi verte qu’un tapis de billard. Presque chaque jour, Marie enjambe son vélo rouge pour une promenade dans les rues alentour. Elle a repéré un chien blanc qui frétille de joie quand il la voit venir près des grilles derrière lesquels il se morfond. Elle lui jette des pommes de pins qu’il mâchonne quelques instants puis laisse tomber au sol. Marie est emballée. Elle ne vient plus partir. Elle reste là à courir le long de la grille, le chien de même de l’autre côté. Je m’attends à voir surgir d’un instant à l’autre les propriétaires de la villa mais l’endroit semble désert.
Je viens d’avoir quarante trois ans. On a fêté ça comme il se doit. On n’avait pas assez de bougies, alors on s’est contenté d’un « 4 » et d’un « 3 » avec une mèche au-dessus, deux seulement bougies à souffler. A ce compte-là, je ne risque pas l’essoufflement. Centenaire, il ne m’en faudra qu’une de plus et si je vais jusque là, la performance n’aura rien d’inaccessible. En attendant, j’ai toute la vie devant moi.
Toute la vie, nous serons ensemble. Ici ou ailleurs, ensemble. Inséparables. Lisa, elle, n’en demande pas tant mais elle n’est guère insensible aux vertus du divertissement pascalien : avoir toujours quelqu’un dans la même pièce qu’elle et des objets pleins les mains, à balancer à travers la pièce ou avec lesquels marteler la tablette devant elle. Deux dents ont surgi en lever de rideau, sous la ligne qui sépare ses sourires en deux virgules parfaitement symétriques. Quand elle est contente de son sort, elle se frotte les mains à la manière de Charlot. On s’attendrait à la voir se retrousser les manches et lâcher, à son tour : j’ai toute la vie devant moi, allons-y !
L’école est finie pour Marie. Vacances de printemps. On a ramené de l’école ses cahiers et la couverture bleue de ses siestes. La nuit suivante, elle a été prise de maux de ventre mais le lendemain, tout allait bien. Lisa a le nez qui coule comme un robinet intarissable malgré tous nos efforts. On leur donne à chacune du sirop de calcium.
Les bourgeons éclatent. Le jardin est irradié de fleurs blanches surgies en quelques heures. Il a plu pendant trois jours et l’herbe est aussi verte qu’un tapis de billard. Presque chaque jour, Marie enjambe son vélo rouge pour une promenade dans les rues alentour. Elle a repéré un chien blanc qui frétille de joie quand il la voit venir près des grilles derrière lesquels il se morfond. Elle lui jette des pommes de pins qu’il mâchonne quelques instants puis laisse tomber au sol. Marie est emballée. Elle ne vient plus partir. Elle reste là à courir le long de la grille, le chien de même de l’autre côté. Je m’attends à voir surgir d’un instant à l’autre les propriétaires de la villa mais l’endroit semble désert.
Je viens d’avoir quarante trois ans. On a fêté ça comme il se doit. On n’avait pas assez de bougies, alors on s’est contenté d’un « 4 » et d’un « 3 » avec une mèche au-dessus, deux seulement bougies à souffler. A ce compte-là, je ne risque pas l’essoufflement. Centenaire, il ne m’en faudra qu’une de plus et si je vais jusque là, la performance n’aura rien d’inaccessible. En attendant, j’ai toute la vie devant moi.
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